PRÉFACE
l'Afrique. Tous diffèrent de l’Eléphant d'Asie par un même ensemble de caractère, et on s’est basé sur ces différences pour prétendre que l’Eléphant d'Afrique n’était pas susceptible de rendre les mêmes services que celui d'Asie. C'était là une affirmation a priori que les faits sont venus absolument contredire. Si l’Eléphant d'Afrique diffère de celui d'Asie par la forme de son front, le mode de terminaison de sa trompe, la constitution de ses dents, le nombre de ses sabots, il semble avoir le même degré d'intelligence et c’est là l'essentiel ; entre des mains patientes et délicates, il s’est prêté à un dressage aussi complet que son similaire asiatique. Si, jusqu'ici, ce dressage n’a pas eu lieu c’est simplement que J’Eléphant d’Asie s’est trouvé en contact avec une race humaine supérieure qui a su en tirer parti, tandis qu’en Afrique il ne s’est rencontré qu'avec des hommes qui n’ont pas su opérer sur eux-même cette sorte de dressage réciproque qu’on appelle Ja civilisation. Si les blancs veulent bien ne pas imiter les noirs et s'occuper autrement que pour le tuer d’un animal qui peut lui rendre les plus grands services, la question irritante du portage, contre lequel les nègres pourraient bien un jour se syndiquer, sera résolue facilement et un instrument précieux de mise en valeur de l'Afrique aura été acquis.
Quant à la prétendue férocité des vieux Eléphants d'Afrique, je tiens à déclarer ici que les accidents qui se sont produits au Jardin des Plantes ne sauraient fournir aucun argument à cette thèse. Les animaux de ménagerie, constamment harcelés par le public, ne se comportent pas comme des animaux qui vivent dans le calme d’un travail régulier.
Toute l’histoire des deux espèces d’Eléphants est traitée dans le livre de M. Gaston Tournier. 1] n’a pas oublié même l'anatomie — secondaire pourtant dans le cas actuel — et tous les chapitres de cet ouvrage forment, en faveur de l’Eléphant, un éloquent plaidoyer dont la lecture ne saurait être trop recommandée.
Epmonp PERRIER
Membre de l'Académie des Sciences et de l'Académie de Médecine, Directeur du Muséum National d'Histoire Naturelle.
NOM NCD'ENE AUTEUR
L’Eléphant, quoique jouissant d’une célébrité très ancienne et umiverselle est, dans son ensemble, fort mal connu. IT est vrai que depuis des siècles on débite sur son compte tant d'énormités que le grand public, qui n'a pas le temps m les moyens de vérifier ce que des auteurs mal documentés lui racontent, retient tout, les erreurs bien neux que les vérités. De là les opinions, très inexactes, que beaucoup d'esprits conservent encore sur les mœurs et la sauvagerie de la race africaine. Il faut dire que bien peu d'auteurs ont étudié avec soin et détails cet intéressant mammifère. Depuis Buffon, Daubenton, Lacépède, Perrault et Houel, dont les récits fourmillent d'erreurs et de contradichons, l'Eléphant n'a pas eu, à proprement par ler, d'historien véritable. Certains, comme le chevalier Armandi, se sont plu à retracer l'histoire nuülitaire des Eléphants ; d'autres, comme le major Evans, se sont spécialisés dans l'étude de ses maladies ; quelques-uns ont publié des anecdotes de chasses (très fantaisistes pour la plupart) ; d'autres enfin, comme Paul Bourdarie, se sont faits les apôtres de la domeshication de l’Eléphant d'Afrique ; aucun auteur moderne n'a traité tous ces sujets à la fois avec assez de documentation et de méthode.
Mon ambition est donc grande aujourd'hui en voulant combler cette lacune. Mais je tiens à déclarer, dès le début de cet ouvrage, que le seul but que j'ai cherché à atteindre en publiant ce volume est de faire connaître à la masse, à cette Joule dans laquelle l'Eléphant compte déja tant d'amis, ce qu'est en réalité cet étre si colossal par ses dimensions et par sa force, cet étre si intelligent et si doux qui ne demande qu'à devenir l'ami de l’homme, à le servir docilement et à lui épargner du temps, de l'argent et de la peine alors qu'on continue à le massacrer stupidement, là-bas, dans tout le continent noir en général et dans nos possessions africaines en particulier. C’est une œuvre de vulgarisation et rien de plus. Quiconque y voudrait chercher un monument scientifique définitif se méprendrait sur mes intentions.
IT est temps, grand temps même, que l'on s'occupe enfin d’une façon efficace de Sauver ce précieux auxiliaire d’une destruction systématique, criminelle, imminente, irréparable. Les services qu'il peut rendre, lorsqw'il sera enfin convenablement éduqué, sont assez dignes d'intérêt pour qu'on n'hésite pas à leur sacrifier les quelques bénéfices momentanés que l'on retire de l'ivoire, seule