VICTOR HUGO
Dinothberium. — Mastodonte. — Elepbas Antiquus. — Elepbas
Meridionalis. — Elephbas Primigenius ou Mammoatb.
C'est seulement pendant l'Epoque Tertiaire que les premiers ancêtres de l’Éléphant font leur apparition.
À ce moment, la faune, en grande partie constituée, comprenait déjà plus de 30.000 espèces, tandis que la flore, ayant acquis une ampleur sans pareille, était à son apogée.
Tous ces animaux et toutes ces plantes se rapprochent de ceux de notre époque. Nous sommes loin des Temps Primaires où la flore ne comprenait pour toute variété que des plantes sans fleurs et la faune quelques poissons et crustacés ! Nous voici arrivés à une ère de bouleversements de toutes sortes, où de nombreux climats se manifestent à la surface du globe, où la nature prend une forme définitive, où la vie semble jaillir de toutes parts.
Au début de cette période, il existait en Patagonie des ongulés de grande taille dont Florentino Ameglino a fait le genre Pyrotherium. Ces animaux avaient des mâchoires allongées, à molaires nombreuses, et terminées en avant par deux défenses assez courtes; 1ls n'avaient pas encore de trompes. On en connaît une
dizaine d'espèces que l’on peut considérer comme la souche primitive des Eléphants.
Ameglino suppose que l’une ou l'autre, ou plusieurs de ces espèces, émigrèrent en Afrique par le pont continental que la géologie nous apprend avoir existé, à un certain moment du Tertiaire, entre le Brésil et la côte de‘Guinée. C'est parmlaquenss édentés et certains rongeurs de type américain (1) passèrent également dans le continent noir.
À l'Epoque Eocène nous retrouvons en Afrique, &) d’autres grands ongulés, assez voisins du Pyrotherium, et qui semblent, eux aussi, appartenir à la ligne ancestrale des Proboscidiens, qu'ils descendent ou non des Pyrotheres américains MePiespie genre Mærtilherium décrit par le D' Andrews. Il avait également de petites défenses aux deux mâchoires et peut-être une courte trompe comme les tapirs.
Avec le genre Palæomaslodon, nous abordons la famille des véritables Proboscidiens. La mâchoire inférieure très allongée (comme celle du Telrabelodon) portait de courtes défenses. Celles de la mâchoire supérieure étaient plus longues, et 1l y avait certainement Une courte thompe,
Le Dinotherium ou. Dinotherion (du grec deinos, terrible, e; therion, bête fauve) constitue un type collatéral. Il n’a été connu qu'assez tard, puisque ce n’est qu’en 1836 qu’une tête entière découverte dans les sablières d'Eppelsheim (Hesse-Darmstadt) permit de déterminer approximativement l'organisation complète et les affinités de cet animal. Cette tête fut du reste apportée à Paris en 1837 et exposée rue Vivienne. Sa longueur était de 1 mètre 30 et sa largeur d’un mètre.
La taille du Dinotherium était monstrueuse, puisqu'elle pouvait atteindre la hauteur de trois hommes. De la mâchoire inférieure recourbée en bas, sortaient deux longues défenses dont la pointe se dirigeait vers le sol. Les maxillaires et les intermaxiliaires étaient
d'une largeur démesurée et la cavité nasale pourvue d'os très
(1) Ctenodactylus, Pectinator, Petromys.
(2) Fayoum, dans la Basse-Egypte.
petits présentait une large ouverture antérieure. 4) Parces diverses particularités, qui ne se rencontrent chez aucune des espèces vivantes, actuellement connues, la tête du Dinotherium offre un curieux mélange de caractères dissemblables appartenant tant à l'Eléphant qu'à l’hippopotame, au tapir et au lamentin. Ausei, n'est-ce pas sans raison, que les naturalistes les plus exercés mirent longtemps à déterminer la place réelle que doit occuper ce genre si complexe. Le grand Cuvier, lui-même, n'ayant pu juger cet animal que d’après quelques ossements. n’hésita pas à le classer dans le groupe des tapirs.
D’après Buckland, le Dinotherium était un mammifère aquatique habitant les rivières et les lacs. Kaup le classait parmi les édentés et Blainville près des dugongs et des lamantins. Le nom d'animal terrible donné à ce mammifère était donc fort peu exact d'après les considérations et les opinions de ces auteurs. Il est vrai qu'avec les quelques débris qu’on possédait alors on ne souveiteuètre obtenir une reconstitution Juste et entière de la bête. L’arrière-train en particulier faisait complètement défaut et la partie postérieure du corps resta longtemps d'une détermination incertaine.
D’après les naturalistes qui voyaient dans le Dinotherium un animal aquatique offrant de nombreuses analogies avec nos mammifères pisciformes herbivores, ces animaux auraient habité principalement les eaux douces et fréquenté de préférence les embouchures des fleuves, ainsi que le voisinage des lagunes.
Quant à leur nourriture, elle se serait composée des branches qui bordent les ruisseaux, des herbes qui flottent à la surface des eaux et des racines ligneuses ou féculentes qui se trouvent dans le fond des ondes, la trompe et la forme des défenses semblant se prêter assez bien à ces ingénieuses hypothèses.
Ces auteurs ont même été jusqu'à affirmer que le Dinotherium ne venait que très rarement à terre et qu’à l’aide de ses défenses il s’ancrait près des rivages et, les narines hors de l'eau, reposait ainsi en toute sécurité.
(1) P. Earousse. — Grand Dictionnaire Universel du XIX° siècle, tom. VI. p. 871 (éd. de 1870).
Aujourd’hui, grâce à de récentes découvertes, on est parvenu à reconstituer le Dinotherium d’une facon exacte et à lui donner la place quildont occuper Ah | au bord des ruisseaux, mais, pas plus du reste que l’Éléphant actuel, 1] n'était pour cette raison essentiellement aquatique. Sa
nourriture se composait de racines, d’herbes et de feuilles: et la grande force des Re
muscles destinés à mouvoir les mâchoires, GIGANTEUM (Grandeur : 7 X ()
(Muséum de Paris).
ainsi que la disposition et la forme des molaires font penser que cet appareil dentaire était capable de broyer des substances extrêmement diverses et dures. |
Le Dinotherium devait errer en troupes assez nombreuses. Ses restes se trouvent dans tous les Terrains Tertiaires.
Outre Eppelsheim déjà cité, on rencontre des fragments-du squelette de cet animal dans l'Isère, le Loiret, la Haute-Garonne, l'Ariège, le Puy-de-Dôme, le Gers, ainsi qu'en Bamerenee Moravie et même en Asie.
Le Mastodonte (du grec 7#7aslos, mamelon, et odons, odontos, dent) est le contemporain du Dinotherium. Comme pour ce «dernier, sa: détermination fut longue et “difreuiemenses Daubenton pensa longtemps que les défenses du Mastodonte appartenaient à l'hippopotame Gi). Buffon, qui avait fait cet amimal six à sept fois plus grand que l’Éléphant actuel, déclara à son tour que « tout porte à croire que cette ancienne espèce, qu’on doit regarder comme la première et la plus grande de tous les amimaux terrestres, n’a subsisté que dans les premiers temps et n’est point parvenue jusqu’à nous. » (2) [Il n’étendit point cependant son assertion au-delà des grosses dents postérieures et continua à regarder les dents moyennes et à demi-usées comme étant des dents d'hippopotame. ()
Du reste, Lamanon, qui n'avait sans doute pu étudier que des
(1) DaAUBENTON. — Histoire Naturelle, tom. XII, p. 73. (2) Burron. — Epoques de la Nature, note 0.
(5) Burron. — Epoques de la Nature, note 0.