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NOMME "AE

Sur les indigènes et la convention internationale de Londres pour la protection des animaux sauvages en Afrique

On sait qu'une convention internationale a été signée à Londres, en 1900, pour assurer la protection des animaux sauvages en Afrique, et ce, dans le but, soit d'assurer la conservation des espèces utiles, soit d'empêcher la destruction totale de certaines espèces dont la science a intérêt à garder le plus longtemps possible des spécimens vivants.

N'est-1l pas curieux que l’on ait pu retrouver dans le centre africain un exemplaire vivant de la faune antédiluvienne, l’helladothérion, et faut-il que les progrès de la civilisation blanche dans

(1) STRACHAN. — Philos. trans., À. D. 1701, XXIII, p. 1052. (2) E. TENNENT, — Natural History of Ceylon, p. 216.

le continent noir soient une menace directe et prochaine à l’existence de certaines espèces éminemment utiles, (commen exemple, l'Éléphant ?

Une convention internationale a été signée ; elle porte, pour la France, la signature de M. Binger, directeur de l’Afrique au munistère des colonies. Comment expliquer que son texte n’ait pas encore été promulgué dans toutes nos colonies d'Afrique ? Dans celles de nos colonies qui ont inséré ce texte dans leurs journaux officiels, par exemple le Dahomey, des coupures ont été faites, dont le principe pouvait, sans doute, être trouvé dans la non existence ae certaines espèces dans les territoires de la colonie, à la condition toutefois que l'inventaire des espèces animales fût exact. Or, précisément, au Dahomey, où l’on a supprimé lEléphant, 1l est à remarquer que cet animal fréquente toujours les hauts territoires de la colonie, ce qui l’expose formellement à une destruction totale dans un avenir très prochain, puisque rien n’est tenté pour retarder cette destruction, pas même des essais de capture et de domestication.

Il est inutile de prouver ici, une fois de plus, la possibilité de cette domestication ou les services qu'on en pourrait attendre: la preuve en est faite par les expériences du Congo francais, du Congo belge, du Congo portugais et du Cameroun allemand.

Ce fut peut-être un tort de vouloir établir une convention englobant une longue série d'animaux variés, qui se trouvaient, du reste, inégalement menacés dans leur existence spécifique. L’énumération se divise en un certain nombre de tableaux, comportant chacun une liste d'espèces animales — disposition qui rend évidemment plus difhicile l'application des intentions de protection.

Est-ce à dire que cette application soit impossible ? Non certes. On va le voir plus loin.

Mais il est coutume, parmi certains coloniaux de France, de rechercher de préférence les raisons du non agir. Le seul fait qu’une difficulté d'exécution se présente les conduit aisément à s'abstenir. Et ce n’est pas seulement parmi le personnel moyen ou petit que se rencontre cet état d'esprit que le manque de moyens, ou la cra nte de l’insuccès, pourrait souvent expliquer. On le rencontre aussi dans le haut personnel, là où l'esprit d'initiative et la vision des intérêts généraux devraient être permanents: cela s'est vu lorsque fut posée en France la question de la domestication de l'Eléphant d'Afrique. Il se trouva un gouverneur pour formuler d'emblée des objections aussi puériles qu'entachées d’ignorance.

Si l’on envisage, pour le moment, que cette question de la conservation des Eléphants, voici les objections les plus communes, en ce qui concerne application de la conférence de Londres : +

Il est impossible d’exercer sur les indigènes une surveillance assez forte pour empêcher la destruction, par eux, des Eléphants ;

L'on ne peut songer raisonnablement à instituer au Congo français un corps de garde-chasse ;

Même l'institution d'un permis de chasse à l'usage des Européens est d’une application des plus difficiles, etc., etc.

L'on serait porté tout de suite à opposer à ces objections le fait que dans l’Inde anglaise fonctionne merveilleusement tout un service compliqué, et particulièrement estimé, qui n'a d'autre but que d’assurer la conservation de l’espèce des Eléphants asiatiques. la capture régulière de ces animaux, leur dressage, et leur emploi jusque dans l’armée d’occupation. Mais, comme les partisans de l'abstention pourraient nous répondre que cela se passe en Asie, grâce à une organisation administrative très puissante, et parmi une population indigène qui a la pratique multi-séculaire et le culte religieux de ces animaux — toutes conditions favorables qui ne se trouvent pas réunies au Congo français, par exemple — nous préférons tirer argument de ce que le gouvernement angloégyptien a su établir au Soudan, où se retrouvent les conditions de pays, de climat et de populations à peu près semblables à celles de notre Congo. Ainsi toute objection devra tomber d’elle-même et 1l ne sera plus permis au gouvernement colonial de s'abstenir, comme 1l a cru pouvoir le faire jusqu'ici, au grand danger de l'existence de certaines espèces animales également utiles à la science et à la colonisation moderne.

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