‹ Les Ellobiopsidae des crevettes bathypélagiquesChapitre 2 sur 5 · H. COUT1ÈRE · texte numérisé non relu

H. COUT1ÈRE

toujours cylindrique sur une longueur variable ; elle s’atténue un peu pour s’insérer sur une hampe irrégulière, commune à tous les corps en chapelet, et qui envoie d’autre part à travers les téguments de l’hôte une tige cylindrique creuse assez grêle, terminée en cône mousse. La moitié externe de cette tige, transparente, porte à sa base un anneau pigmenté et mesure environ 1 mm. La moitié interne plonge dans le tissu conjonctif sous-jacent à la chaîne nerveuse laquelle n’est ni atteinte, ni déviée. Le spécimen étant unique, je n’ai étudié ni cette tige creuse, ni le confluent des rameaux, et ne sais rien de leur rôle absorbant éventuel. L’anneau pigmenté de la tige a la teinte enfumée qui caractérise les cicatrices des membres chez les Crustacés ; cet indice permettrait de supposer qu’il s’agit d’un véritable parasite, empruntant du sang à son hôte.

Sur une coupe longitudinale, chacun des articles se montre séparé du précédent par une cloison, d’autant plus marquée que l’article est plus distal. La cloison manque souvent dans la région proximale, les constrietions sont peu profondes. En même temps que la forme, la structure des articles se modifie de la base à l’extrémité du rameau. Chaque article est un plasmode, rempli d’une masse très uniforme de protoplasme dense, friable, très finement granuleux. Une coloration au bleu polychrome y différencie d’innombrables granulations qui se teignent en mauve.

D’abord très homogène, le contenu des articles se vacuolise de plus en plus de la base à l’extrémité (fig. 1, pi. VIII). Les grands espaces clairs ainsi produits sont vides de tout contenu, soit qu’ils résultent de la rétraction du protoplasme dans l’alcool, soit, plus vraisemblablement, qu’il s’agisse de vrais «organes», vacuoles remplies d’une substance de réserve, laquelle s’est dissoute dans le liquide de conservation.

Dans certains articles les granulations du protoplasme sont plus volumineuses, plus irrégulièrement distribuées, elles paraissent faire place à la périphérie aux structures nucléaires qui manquent au centre de l’article. J’avais d’abord pensé qu’il pouvait s’agir de «chromidies» analogues à celles qui parsèment le protoplasme de VE. Chattoni, mais l’examen des préparations que M. Càullery a bjen voulu me confier, m’a montré qu’il n’en était rien. Comme le parasite a été fixé simplement par immersion dans l’alcool, ou il est conservé depuis 1906, que cet aspect ne porte que sur des articles isolés, il est probable qu’il s’agit là d’une fixation défectueuse,

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n’ayant pas atteint le centre. J’ai essayé de représenter ce piqueté sur la fîg. 6 de la planche dont le grossissement à cette échelle représente au moins 500 I). On voit que ces granulations sont beaucoup plus fines que les « ehromidies », beaucoup plus nombreuses également ; elles n’ont sans doute rien de commun avec les structures et les substances nucléaires.

Celles-ci consistent en «systèmes binaires» comprenant deux grains associés de volume très inégal. Dans la région proximale atténuée du rameau, le plus petit de ces grains n’est pas visible, le plus grand ne mesurant guère que 0 tx 75, et même moins. Le diamètre de ce dernier augmente insensiblement, et, vers l’extrémité distale de cet article, pour peu qu’il s’allonge avant de se cloisonner, ces grains ont presque doublé de volume et beaucoup d’entre eux s’accompagnent du plus petit. Enfin, dans les articles terminaux, les deux grains mesurent respectivement 2 fx à 2 p. 5, et 0 fx 5 environ.

Quant à leurs rapports avec le protoplasme ambiant, ils sont variables aussi suivant l’article considéré, et sans doute la fixation plus ou moins parfaite. La fig. 3, pi. III les montre sous leur aspect le plus normal : ils sont entourés d’un espace clair que limite un contour net. Une telle figure est tout à fait analogue à celle que Chatton a donnée du noyau de Pelomyxa pcihtstris (10, p. 323, fig. 12, 5) avec centrosome inclus dans la membrane nucléaire, et c’est sans doute de cette façon qu’il convient d’interpréter ces structures. Dans la fig. 4, et dans la fig. 5, pi. III qui en est une portion plus grossie, la membrane nucléaire est moins bien délimitée et renferme plusieurs grains, le plus souvent d’inégale chromophilie. Dans la fig. 2, très fréquente, il n’y a plus d’indication de nucléoplasme, les 2 grains êtaiit entourés isolément et complètement de protoplasme. On observe encore d’autres aspects, en particulier celui d’un nucléoplasme limité par un contour losangique étroit, et se teignant en bleu clair par le bleu polychrome. D’autres fois, l’un des deux chromosomes est seul entouré d’un halo clair, auquel l’autre est extérieur. Des fixations bien faites, lorsque ce parasite sera retrouvé dans des conditions favorables, montreront quelle est la structure la plus réelle de ces noyaux, mais je crois qu’il n’y a aucun doute à conserver sur leur nature. J’ajoute pour terminer que chacun des deux grains se teint avec la meme intensité par les diverses couleurs basiques, et se montre parfaitement homogène.

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La présence d’une tige de fixation et d’absorption (?), celle de cloisons transverses, l’aspect du protoplasme dense et colorable, rapprochent beaucoup Staphylocystis raccmosus d 'Ellobiopsis Chattoni. Il est à noter que les noyaux, dans la partie basale des rameaux, ne sont guère plus volumineux que les. « chromidies » de cette dernière espèce, et ne sont pas accompagnés d’un second grain plus petit. Mais Ellobiopsis paraît évoluer dans le sens d’une fragmentation chromidiale de la chromatine nucléaire, alors que Staphylocystis évolue précisément dans le sens opposé, les articles les plus « mûrs » étant aussi les plus achevés au point de vue des dimensions et delà forme du noyau, comme aussi des vacuoles.

D’autre part, la situation du parasite, qui paraît constante, sa spécificité relative, — les deux espèces qu’il parasite étant très voisines —, sa grande taille et son aspect rameux, enfin la structure des noyaux de son plasmode, sont autant de caractères qui me paraissent nécessiter la création du genre Staphylocystis . On va voir qu’il y a au moins autant de raisons de créer le genre suivant :

Genre Ellobiocystis II. C.

Les espèces qui sont rangées dans ce genre sont toujours de simples commensaux, se fixant sur le tégument de l’hôte à l’aide d une partie un peu élargie de leur membrane d'enveloppe. A l’exception de ceux des Scrgestes , ces commensaux se rencontrent toujours à proximité de la bouche, et le plus près possible de cet orifice. En l’absence de tout organe d’absorption, ils s’alimentent, en saprophytes, dans le milieu où ils se trouvent placés, grâce aux résidus alimentaires qui macèrent parmi les pièces buccales, débris de proie ou régurgitations de l’hôte. Quant à. la façon dont ils y parviennent, elle est active ou passive. Active s’ils possèdent un « tactisme » positif pour la région buccale et son atmosphère alimentaire, passive s’ils sont simplement entraînés par le courant d’eau dû à la progression de l’hôte. Ce courant, augmenté de celui que déterminent les seaphognathites, est canalisé sous les plans antennaires et doit forcément lécher les pièces buccales, mais il ne

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suffirait pas, semble-t-il, à expliquer la prédilec tion des commensaux pour les pièces les plus profondément situées, telles que les laeinies des maxillules (fig. IV du texte). Par ordre de fréquence, les appendices portant des commensaux se rangent de la façon suivante : article distal du 2 e maxillipède, lacinie inférieure des maxillules, laeinies des maxilles, labre et paragnathes, palpe mandibulaire, 1 er et 3 e maxillipèdes, pinces de la l rc paire. Je n’ai jamais vu ( YEllobio cystis sur les antennules, les antennes, les ophtalmopodes, les branchies, ni sur aucun des appendices en dehors de la l rc paire. Il faut faire exception, comme on le verra, pour les Scnjcsfes , où les commensaux se trouvent, semble-t-il, exclusivement sur les pereicpodes de la 4 e et 5 e paires frangés de longues soies plumeuses, et silices soies elles-mêmes.

Le nombre des commensaux est excessivement variable, do quelques-uns à une centaine et plus. Ce nombre ne peut du reste être apprécié exactement que par la dissection des pièces buccales, car si les Ellobiocystis sont très visibles sur des surfaces glabres, on peut aisément les méconnaître au milieu des épines et des poils qui bordent les articles ou leurs prolongements ; il en résulte que la fréquence de ces commensaux dépasse certainement le chiffre de 1/10, établi plus haut.

Ellobiocystis caridarum H. C. = Ellobiopsis caridarum II. C. (loc. cit.).

Cette espèce est de beaucoup la plus répandue. Son caractère extérieur principal est que les individus sont fixés par l’extrémité atténuée de la coque, sans présenter do col filifora e. Cette coque est notablement épaissie à la base ; elle s’étale au point de fixation comme le montre la fig. 11, pi. VIII) et le pied ainsi constitué ne présente pas de réactions colorantes spéciales. Mais souvent, surtout chez les individus très petits, le pied est beaucoup plus épais et plus colorable (fig. 19, pl. VIII), il rappelle alors celui des Amœbidium tel que l’a décrit Ciiatton. Au point d’insertion, la chitine de Photo n’a subi aucun changement.

La forme du commensal est assez variable, comme le montrent les figures II, III, IV du texte. C’est tantôt un ovoïde régulier, un ovoïde allongé en massue, tantôt un cylindre grêle terminé en pointe mousse. Parfois, comme dans la figure IV, il y a eu croissance inégale, les parties exposées au courant étant mieux nourries, et les

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ovoïdes sont arqués dans un sens uniforme, leur insertion se courbant en crosse. De tels aspects font penser aux Amœbidium des Daphnies, qui sont, eux aussi, épais ou filamenteux et, dans le cas de VA. recticola, courbés en crosse (OG, n° 2).

Dans la meme figure, deux des tubes, parmi les plus grêles, se sont vidés dans leur moitié distale, réduite à la membrane

Fig. II. — Ellobiocystis caridarum il. gen. n. sp. Article distal du 2 e mxp. d'Ac. purpurea A. M. Edw. avec 37 commensaux.

chiffonnée, et il paraît exister une cloison isolant cette partie de la région proximale intacte.

Les dimensions ne varient pas moins. Les individus les plus massifs ont 1mm de grand axe, sur 0 mm., 75; mais ils mesurent plus couramment la moitié ou le tiers de ces dimensions. Les tubes les plus longs atteignent 1mm. 5. Les plus petits Ellobiocystis ont de 50 à 60 p de longueur.

l/insertion se fait soit sur le tégument de l’appendice soit sur les poils, soies ou épines que porto ce dernier à son bord libre. Je n’ai jamais vu d'Ellobiocystis volumineux dans ce dernier cas. Comme le commensal, fixé ici ou là, n’emprunte aucune nourriture à son hôte, il faudrait chercher la raison de ce fait dans la nature plus précaire de la surface d'adhérence, insuffisante pour maintenir les individus massifs, lesquels s’élimineraient ainsi automatiquement à partir d’une taille critique. C’est surtout sur les poils que l’on remarque un « pied » distinct ; on peut aussi noter

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que la surface d’insertion est plus largo sur un tégument glabre (fîg. Il, pl. VIII) que dans les intervalles des soies et des épines où le commensal risque moins d’être détaché.

Fig. III. — Ellobiocystis caridarum n. n. n. sp. Sur Ac. pulchra A. M. Edw.

(St. 1349) A. 2 e mxp. ; B. I er mxp. ; G. labre ; D. maxille.

Des Yorticelles, appartenant au moins à deux espèces, accompagnent fréquemment les Ellobiocystis caridarum . Elles sont même beaucoup plus nombreuses que ces derniers sur les deux exemplaires de Systellaspis debilis.

Morphologie interne. —Les Ellobiocystis caridarum se divisent à ce point de vue en cinq catégories : ils sont vides «), renferment un kyste b ), sont remplis d’un plasmode plurinucléé c), sont sporulés c/), ou sont très jeunes et en voie d’accroissement e).

a) J’ai dit déjà que les individus réduits à leur coque sont la grande majorité. Sur des coupes, on voit que l’aspect très finement granuleux de la coque est dû à un mince revêtement interne de protoplasme. Ils ne présentent dans leur membrane aucune solution de continuité, ni aucune altération de forme rappellant les tubes chiffonnés de la fig. III, lesquels n’ont été rencontrés que là. Dans

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