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PAPIERS

que du papier de provenance française. Ce papier jouissait à l’étranger d’un légitime renom. Aussi bien que Paris, Lyon(,) en exportait des quantités considérables. Mais, comme on l’avait grevé en France même de lourds impôts, il ne laissait pas que de coûter fort cher. Saumaise écrit en 1635 à J. Gronovius que les nouveaux droits en ont triplé le prix, et il ajoute que les libraires hollandais qui en font usage profiteront du prétexte pour se montrer d’autant plus intraitables*2*. Onze ans plus tard, Gui Patin se plaint à son tour de ce que « le nouvel impôt que l’on veut mettre sur le papier a morfondu tous nos libraires*3*. » Que si l’on tient compte en outre des frais de transport, qui à cette époque étaient très élevés, il faudra supposer que ce papier était réservé pour des tirages spéciaux ou des impressions de luxe ; et c’est ainsi que l’entendait Daniel Elzevier, lorsqu’il écrivait à Ménage la lettre que nous venons de citer.

Au surplus la France n’était pas seule à fournir du papier à la Hollande. Chose certaine, quoiqu’elle paraisse aujourd’hui invraisemblable, les Elzevier en faisaient venir même d’Allemagne. Ainsi, en 1649, ils sont obligés de ralentir l’impression du Sénèque , parce que le papier qu’ils ont commandé à Francfort se fait attendre *4*. En avril 1674, les libraires d’Amsterdam se lamentent de ce que la navigation entravée dans la partie du pays occupée par l’ennemi, empêche le papier d’Allemagne de leur parvenir*5*. Il faut interpréter dans le même sens une lettre inédite de D. Elzevier à Nie. Heinsius, en date du 6 août 1678, où il s’excuse de n’avoir pas commencé l’impression des notes d’Holstenius sur Etienne de Byzance, parce que « si la guerre avec la

a tout remis en question. Et voilà les Elzevier redevenus jusqu’à nouvel ordre ce qu’ils étaient par le passé, de simples imprimeurs néerlandais. Mais il ne s’en est fallu que d’un cheveu, et la Hollande peut se flatter de l’avoir échappé belle.

(r> Voir une lettre de Balthasar Moretus, datée d’Anvers, 21 mai 1633, dans le Spicilége d'histoire littéraire de Le Glay {Lille, 1859, 2e fasc., p. 6.).

(2) Cl. Salmasii epistolœ. Lugd. Bat., 1656, in-4, p. 153.

(3) Lettres , t. I, p. 124.

(4) Burmanni Syll. , t. III, p. 214.

(5) Ibid., t. V, p. 556.

LES ÉDITIONS ELZEVIRIENNES.

France devait continuer, il serait impossible de se procurer le papier nécessaire. » En effet, depuis longtemps on n’introduisait plus de papier français dans les Pays-Bas. Un édit des Etats-Généraux du 2 novembre 1671 (renouvelé le 12 février 1674) avait interdit d’une manière absolue l’importation, la vente, l’achat ou la consommation de cet article, sous peine de 600 florins d’amende et de confiscation de la marchandise^.

De tout ce qui précède il résulte que le papier des Elzevier provenait de différentes sources. Mais ils ont fait aussi un emploi très fréquent du papier fabriqué dans les Pays-Bas. C’est une erreur de croire que le « papier de Hollande » n’ait dû sa renommée qu’à un abus de langage. Celui dont ils se sont servis, .chacun peut le vérifier, était de très belle qualité. Il faut croire que Ménage lui-même partageait cet avis, vu que, par le plus piquant des hasards, le recueil de ses poésies, dont il était question tout à l’heure (n° 1311), a été imprimé sur du papier de cette espèce, ce qui se reconnaît facilement au filigrane représentant les armoiries d’Amsterdam.

O) Groot Placaet-Boeck, ’s Gravenhage, 1683, in-fol., t. III, pp. 272 et 288.

Cette prohibition n’était pas nouvelle. Du moins existe-t-il dans les œuvres de Vondel une pièce de vers datée 1654, et commençant de la sorte :

Men riep, de druckkunst en de schrijfkunst z al verwildren,

Nu Hollandt ons verbiedt ’t gebruick van fransch papier.

(De werkcn van Vondel , édit, de J. van Lennep, t. VI, p. 617.)

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