FORMATS. — TIRAGES SPÉCIAUX
Les Elzevier ont imprimé des ouvrages dans tous les formats, depuis le grand in-folio jusque l’in-24. On ne recherche généralement que les volumes pet. in-douze, bien que, suivant la remarque de Brunet, les in-8, les in-4 et les in-folio, non seulement ne le cèdent en rien aux premiers, mais ont une importance typographique peut-être plus réelle, à cause de la variété de caractères qu’ils présentent.
Ces divers formats sont faciles à déterminer, à l’exception de l’in-16 et de l’in-24 qu’on a souvent confondus. Quelques mots d’explication ne seront donc pas inutiles. Pour leurs impressions en très petit format les Elzevier faisaient usage d’un papier qui mesurait en moyenne 47 centim. de largeur sur 36 en hauteur. Si l’on plie cette feuille en seize, on obtiendra un volume très large relativement à sa hauteur, et c’est justement le cas pour les quelques volumes in-16 exécutés par les Elzevier. Au contraire, de quelque manière qu’on s’y prenne pour arriver à l’in-24, le volume aura toujours une forme légèrement allongée, celle qui distingue entre autres les Républiques de Leyde et les petits classiques latins d’Amsterdam. Faute d’avoir fait cette remarque, M. Pieters a souvent confondu les deux formats, confusion qu’il aurait évitée s’il s’en était rapporté aux catalogues officinaux.
Nous avons encore un mot à ajouter au sujet des éditions pet. in-12, les seules dont les curieux réunissent la collection. Comme le prix des exemplaires dépend en majeure partie du plus ou moins de conservation des marges, il importe de
LES ÉDITIONS ELZEVIRIENNES.
savoir ce qu’il faut entendre par de belles marges(I). Dans le principe et jusqu’en 163g environ, Bonaventure et Abraham Elzevier ont fait usage d’un papier plus petit que celui qu’ils ont employé plus tard, de sorte qu’il est très rare que les exemplaires dépassent 130 millimètres. Telle est, par exemple, la plus haute taille connue du César de 1635. A partir du Sénèque daté 1640, on peut donner comme règle que les elzeviers bien conservés doivent porter de 133 à 138 millim., et cette taille va même jusque 145 millim. pour quelques volumes d’Amsterdam, tels que les Baudii epistolœ de 1654, le M alebr anche et le St-Disdier de 1680.
Quant aux quelques volumes grand in-12 qui rentrent dans la collection, tels que le Boccace de 1665 et le Tite-Live de 1678, les beaux exemplaires doivent mesurer au moins 150 millim.
Pour certaines de leurs publications les Elzevier ont fait exécuter un tirage spécial, toujours limité à quelques exemplaires. Plusieurs volumes de la collection pet. in-12 ont été tirés sur différents papiers : mais comme le tirage ordinaire est très beau, la différence est peu sensible et passe le plus souvent inaperçue. Pourtant elle est très appréciable en certains cas, surtout si l’on procède par voie de comparaison. Ainsi l’on connaît des exemplaires en papier fin du Claudien de 1650, d’autres en papier fort du Commines de 1648 et du Rabelais de 1663. Mais jusqu’ici on n’a pas signalé de grands papiers pour les volumes de cette catégorie, à l’exception du Virgile de 1676, dont il a été fait un tirage en grand papier, à 48 exemplaires.
Il n en va pas de même pour les volumes en grand format. Bon nombre d’éditions in-8, in-4 et in-folio ont été jugées
(1) La préférence des amateurs pour les exemplaires dont les marges sont restées intactes remonte beaucoup plus haut qu’on ne serait tenté de le supposer. A l’inventaire de M. de La Gallissonnière , vers 1725, le Cicéron de 1642, en blanc (c’est-à-dire broché), fut vendu 200 1rs. Brunet, qui nous fournit ce détail, ajoute :
« Cela se trouve noté comme une chose remarquable sous le n° 17183 de mon exemplaire du catal. Colbert, à l’occasion du même Cicéron rel. en mar. rouge, annoncé sous ce numéro, et vendu seulement 75 frs. »