DES SAVANTS
Indépendamment de leur habileté typographique, il est un autre mérite dont il faut tenir compte aux Elzevier. Non contents de reproduire avec un luxe intelligent les principaux classiques latins et français, ils voulurent que la modicité du format et du prix les mît à la portée de toutes les catégories de lecteurs. Avant eux il était d’usage d’imprimer les classiques anciens en des dimensions qui allaient de l’in-octavo à l’in-folio. De même que les artistes de la Renaissance, quand ils traitaient un sujet religieux, cherchaient à exprimer par l’ampleur des contours la sublimité de la scène, les savants, imbus du culte de l’antiquité, auraient cru profaner ces augustes reliques en les traitant comme des objets sans conséquence, en leur déniant le décor et le cadre propres à leur assurer la considération et le respect. Non pas que l’entreprise des Elzevier fût sans précédents. Déjà dans le courant du seizième siècle, les Simon de Colines à Paris, les Gryphius à Lyon, les Plantin à Anvers, avaient publié en petit format la série presqu’entière des classiques. Mais ces réimpressions, quand elles n’étaient pas destinées aux écoles, ne visaient qu’un public spécial, et pouvaient être considérées comme de simples réductions d’après des modèles connus et généralement appréciés. Avec les Elzevier l’exception devient la règle. Les textes, revus et annotés par les premiers critiques de l’époque, paraissent d’emblée dans ce format petit in-douze qui est demeuré typique, et s’adressent non plus seulement au vulgaire des lecteurs, mais aussi et surtout à