AMSTERDAM
Mais il n’en va pas de même pour les elzeviers. Les vignettes de Leyde et d’Amsterdam ne diffèrent pas seulement par d’insignifiants détails, elles sont essentiellement dissemblables. Il existe du reste un moyen fort simple d’éviter toute confusion. Les typographes ont coutume, comme on sait, de mettre un chiffre ou une lettre au bas des premiers feuillets de chaque cahier, pour faire connaître au brocheur dans quel ordre ils doivent les assembler et les plier. Ces chiffres ou lettres s’appellent signatures. Or dans les publications in-douze des Elzevier de Leyde les cahiers ont toujours cinq signatures(1), tandis qu’à Amsterdam il était de règle de mettra sept signatures par cahier.
§ 2. Emplacement de l'officine.
Deux des nombreuses publications de L. Elzevier portent son adresse, le Vignole de 1638 (n° 962) et le Zangh-bloemzel de J. A. Ban de 1642 (n° 982). Nous voyons par la souscription de ces volumes que la maison de Louis Elzevier à Amsterdam était située sur l'Eau (op ’t Water), à l’enseigne de Y Orme (in den Olm-boom). Cette singulière dénomination, 't Water , l’Eau, s’appliquait à l’un des principaux quais d’Amsterdam, celui qui, partant de la place du Dam (à côté de la Bourse actuelle), longe le large canal appelé le Damrak et vient déboucher sur le port. Ce quai, que recommande sa situation toute centrale, était, paraît-il, spécialement affecté au commerce des livres. C’était là qu’avait élu domicile le célèbre Willem Jansz Blaeu et son fils Jean Blaeu, à l’enseigne du Cadran doré (in de Vergulde Sonnewijzer) ; là aussi, et dans leur voisinage immédiat, à la Carte marine .(in de Pascaert), que s’était fixé leur rival Jean Jansson, celui qui s’appliquait à contrefaire leurs publications, et qui y a si bien réussi que (*)
(*) Je ne me rappelle avoir rencontré d’exception à cette règle que les deux volumes suivants, l’un et l’autre signés en 6 : Le Corps politique par Hobbes , Leyde, 1653 (n° 725), et Du droict usage de la philosophie morale , par' P. de la Place , Leyde, 1658 (n° 826). Pour les elzeviers d’Amsterdam les exceptions sont plus fréquentes, surtout dans les premiers temps.
LES OFFICINES ELZEVIRIENNES.
bon nombre de bibliographes, entre autres Adry, se sont imaginé que Jean Jansz était un pseudonyme de Jean Blaeu; là encore, non loin de la Oudebragsteeg , que l’éditeur Jacob Aertsz Colom avait son officine, dont l’enseigne formait une sorte de rébus : la Colonne flamboyante (de vyerighe Colom). A la Presse blanche (in de Witte Perse), au coin de la Vrouwensteeg , habitait le libraire poete Dirck Pietersz, plus connu sous le nom de Pers, que, suivant un usage assez répandu, il avait emprunté à la maison même qu’il occupait. Sur le même quai devait venir également s’établir, au Laurier (in de Laurier), Jean van Waesberge, gendre, puis successeur de Jansson. Enfin le Livre d'écriture (in ’t Schrijfboek) allait bientôt servir d’enseigne à Jean van Ravesteyn, l’imprimeur en titre de l’Athénée Illustre. Nous nous bornons aux noms les plus connus; car il nous serait facile d’étendre cette liste. On voit que l’officine elzevirienne, dont on ignorait jusqu’ici l’emplacement, était située de la manière la plus avantageuse, au cœur de la cité, au centre même des affaires.
Par un singulier hasard, la dernière production de la maison, le catalogue de l’œuvre de Christophe van Dyck (n° 19), porte également l’adresse : op H Water, in den Olmboom (voir aussi le n° 1543) ; en outre elle indique que l’officine était située bij de Papenbrug (près du Pont des Prêtres). On aurait tort néanmoins de conclure de là que les Elzevier n’aient eu à Amsterdam qu’une seule installation. En réalité ils ont demeuré de tout temps sur l’Eau, mais ils y ont habité successivement trois maisons différentes. Voici ce qui le prouve.
Les biens-fonds à Amsterdam étaient soumis à l’impôt connu sous le nom de huitième denier, c’est-à-dire à un droit annuel de 12 x/2 pour cent sur la valeur locative. Le plus ancien registre de la contribution foncière (V er pouding s registers) que l’on ait conservé remonte à l’année 1647. On y voit qu’à cette date Louis Elzevier occupait la cinquième maison au sud de la Vrouwensteeg , celle qui porte aujourd’hui le n° 64; elle avait dans ses dépendances un corps de logis (probablement l’imprimerie), avec issue sur la ruelle voisine.