‹ Les Elzevier; histoire et annales typographiquesChapitre 119 sur 368 · BONAVENTURE ELZEVIER. CLXXV · texte numérisé non relu

BONAVENTURE ELZEVIER. CLXXV

envoyé à Paris pour en assurer Texécution. Il y arriva quand déjà la fameuse Lettre était tirée et quelques exemplaires mis en circulation^'^ Heinsius porta plainte et prétendit que les Elzevier en avaient vendu sous main. Bonaventure, mandé devant les curateurs, n'eut pas de peine à se disculper. De ses explications il résulte que Jean avait racheté trois cents exemplaires à la veuve Dupuis. Le conseil se fit livrer la totalité de l'édition, et ordonnança le paiement de 225 florins, déboursés pour cet achat. Heinsius fut invité à ne point se formaliser au sujet des exemplaires distribués, la chose ayant eu lieu avant la passation de l'accord et sans manquement de la part de Saumaise^*^

Ainsi prit fin cette querelle qui forme l'un des épisodes les plus curieux de l'histoire de l'Université. Nous sommes loin d'avoir épuisé le chapitre des menées et intrigues de Heinsius; mais plus de détails sortiraient de notre cadre. De tout ce qu'on vient de lire il résulte suffisamment, ce semble, que si ce savant a bien mérité des Elzevier en mettant à leur service les ressources de son érudition et de son expérience, il leur a fait payer chèrement le prix de sa complaisance. En les obligeant à épouser ses rancunes et ses préventions, il leur a aliéné la sympathie de quantité d'honnêtes gens et d'esprits d'élite, il a fait d'eux les complices inconscients et dociles des petita calculs de sa vanité, et pour tout dire, il n'a pas tenu à lui que l'imprimerie elzevirienne ne devînt l'instrument et l'organe d'une coterie.

Pour ce qui est de Bonaventure, il n'y a pas lieu, suivant nous, de lui imputer à blâme cet excès de confiance, résultat d'une amitié fondée sur d'honorables motifs, que nous avons

{>) L'édition originale, devenue naturellement fort rare, est intitulée : Clavdii Salmasii ad Mgidivm Menagivm Epistola^ super Herode infanticida Heinsii tragœdia^ et censvra Balsacii^ Parisiis, apud viduam Mathvrini Dvpvis, via lacobaea, sub signo Coronse, 1644, cum privilegio Régis Christ., in-8, de 2 ff. lim., 234 pp. (la dern. ch. par erreur 236) et i f. d'errata.

A. Clément a reproduit cet opuscule à la suite du recueil des lettres de Saumaise, Lugd, Batav., ex iyp. Ad, Wyngaerden^ 1656, in-4.

(2) Le texte de cette résolution du conseil académique se lit dans la Dietsche Warandc, t. VI, p. 448.

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