‹ Les Elzevier; histoire et annales typographiquesChapitre 122 sur 368 · BONAVENTURE ELZEVIER. CLXXIX · texte numérisé non relu

BONAVENTURE ELZEVIER. CLXXIX

présent du premier et un peu moins pour Tautre. Telle est la libéralité de ces gens-là ^'^ » Ce que Gronovius n'ajoute pas, c'est que ces exemplaires lui avaient été remboursés avec usure par les personnages à qui il les avait offerts ; il en fait la confidence dans une autre lettre ^% et tel est le secret de sa longanimité, mais le procédé des Elzevier n'en est pas moins inexcusable.

Nicolas Heinsius, le fils de Daniel, témoin d'autant moins suspect qu'il était ami de la famille, ne les traite pas plus favorablement. Écrivant en leur nom à Gronovius pour le presser de terminer la préface du Tite-Live, il ajoute : « Quant à la dédicace, les avares- qu'ils sont veulent, paraît-il, se la réserver^^^ » Pour saisir l'à-propos de cette boutade, il faut se rappeler que dans l'usage du temps toute personne honorée d'une épître dédicatoire était tenue d'y répondre par un don d'argent plus ou moins considérable; ce qui faisait dire à Furetière que le premier inventeur des dédicaces était un mendiant^*^ L'hommage ne cessait d'être onéreux pour celui qui en était l'objet, que lorsqu'il était le prix d'un service rendu. Les Elzevier constatent quelque part, non sans malice, que l'art qu'ils exercent leur confère un privilège, en leur facilitant les moyens de se montrer reconnaissants envers ceux qui les ont obligés : hoc proprium ars nostra habetj ut ex occasione gratis esse liceat^ ac publiée id profiteri^^K Dans l'une et l'autre hypothèse, soit qu'ils comptassent sur une rémunération en espèces, soit qu'ils eussent à s'acquitter envers leurs protecteurs, on suppose bien qu'avec leurs instincts de parcimonie ils devaient se montrer peu disposés à se désister en faveur d'autrui d'un si appréciable privilège. Cela pouvait ne pas faire le compte de l'auteur ou de l'éditeur du livre, frustré de la sorte d'un bénéfice légitime qui le plus souvent constituait tout son salaire. Or nous venons de voir que Gronovius

(') Gronovius Nie. Blancardo, ii Kal. Cet. 1654. Burmanni Syllog,, t. II, p. 630.

(2) Gronovius Nie. Heinsio, 5 Id. Maj. 1658. Ihid,, t. III, p. 391.

(3) Nie. Heinsius J. Fr. Gronovio, 13 nov. 1643. l^i^-y t. III, p. 119. U) MéfMgiana. Paris, 1715, in-i2, t. II, p. 110.

<5) Epistola dedicat. Hieronymo de Bàckeri^ en tète des Erasmi CoUoquia de 1636.

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