CLXXX LES BIOGRAPHIES
se trouvait précisément dans ce cas, et c'est ce qui provoque l'indignation de son ami^'^
Heinsius eut bientôt une nouvelle occasion de manifester les mêmes sentiments envers les Elzevier. Il s'agissait encore du Tite-Live de Gronovius. Les frères Dupuy, qui avaient coopéré à l'édition en fournissant un excellent manuscrit, avaient été froissés à bon droit de ce qu'on ne leur eût pas même offert l'ouvrage pour prix de leur complaisance. Un jour que Heinsius, se trouvant de passage à Paris, était allé les voir, en compagnie de Jean Elzevier, « ils demandèrent à celui-ci, en souriant d'un certain air, si l'auteur n'avait pas donné ordre de distribuer des exemplaires à ses amis. » La réponse étant négative, ils qualifièrent ce procédé en termes sévères, « Alors, ajoute Heinsius, je crus de mon devoir d'intervenir; j'accusai nettement les Elzevier, dont l'avarice était cause que l'auteur n'avait pu se montrer plus libéral. Jean se mit à rougir et promit d'envoyer un exemplaires*^ » C'est un ami, remarquez-le bien, qui s'exprime de la sorte; jugez de ce que devaient dire les indifférents ou les adversaires. Aussi perdrait-on sa peine à vouloir relever les épithètes peu flatteuses dont on a gratifié les Elzevier {homines avari, astutissimi mortalesy etc.). En général, il faut le reconnaître, leur personne inspirait peu de sympathie. Parmi toutes les lettres où leur nom figure , on serait empêché de citer un seul passage où il soit parlé d'eux en termes affectueux ou simplement bienveillants. Car l'expression de suavissimi Elzevirii dont se sert
(!) II n'était pas d'usage en effet de donner des honoraires aux auteurs. Le plus souvent ceux-ci ne recevaient pour toute rétribution qu'un certain nombre d'exemplaires de leur livre. Les témoignages sont formels et unanimes sur ce point. Ainsi, lorsque Reinesius pense à faire imprimer à Amsterdam son recueil d'inscriptions, Gronovius s'étonne qu'il veuille faire un contrat avec le libraire : « nescio quid de contractu loquitur, et scis horum Hbrariorum non esse, ut ab auctoribus quidquam redimant, • (1652). De même Nie. Heinsius écrit à J. Schefifer, en 1668 : « Soient scriptores apud nos cum typographis pacisci de nonnullis exemplaribus suijuris faciendis horum operum, quae luci adornant. Atque hîc puto non iniquum Elzevirium experiemur. An de aliis quibuscunque libris conditionem sit amplexurus dubito; quod id aut nunquam, aut raro apud nosfieri soleat. » Cf. Burmanni SyUog.f t. III, p. 290, et t. V, p. 112.
(2) Nie. Heinsius Gronovio, prid. Kal. Aprii, 1646. Burmanni Syllog,, t. III, p. 169.