CLXXXII LES BIOGRAPHIES
été pénétré comme eux de la dignité et de Texcellence de sa profession. Ils reviennent volontiers sur ce thème dans les avertissements placés en tête de leurs publications, et chaque fois en des termes empreints d'une dignité grave et qui commandent le respect. Ils sont fiers de leurs travaux et s'en font gloire. Ils ont la conscience d'avoir bien mérité de leurs contemporains, mais ils attendent et invoquent le jugement de la postérité : libenter^ quicquid ejus est , judicio doctorum ac posteritatis maxime remittimus^'K Ceci mérite considération : l'homme qui songe à la postérité peut être accessible à des vues intéressées, mais à travers toutes ses défaillances un principe supérieur dirige et règle sa conduite. Si donc Bonaventure (car on aura compris qu'il est ici seul en cause et responsable), si Bonaventure nous apparaît dans certaines circonstances de sa vie comme une personnalité sans relief et vouée à un rôle secondaire et presque passif; si le croyant, humblement soumis à l'étroite discipline de l'orthodoxie calviniste ; si l'éditeur, obligé par manque de culture à ne s'aventurer que sur la foi d'autrui; si l'homme enfin, avec ses habitudes mesquines, rebute l'intérêt et déconcerte la sympathie, l'imprimeur du moins a fait preuve d'initiative, il a eu l'étincelle sacrée, il s'est révélé artiste, et c'est par là qu'il est digne de survivre.
Nous n'avons que peu de chose à ajouter pour compléter la biographie de Bonaventure. Il n'y a guère d'événements dans cette vie paisiblement consacrée à la pratique de la typographie. En 1638 son petit-neveu Jean, le fils de son associé, alla s'établir pour quelques années à Paris, afin d'achever son éducation. Les bibliophiles français, comme on pouvait s'y attendre, se montrèrent pleins d'attentions et de prévenances envers l'héritier du nom déjà illustre des Elzevier. Ceux-ci furent pénétrés de cet accueil, et leur reconnaissance se traduisit, comme d'habitude, en une belle dédicace, adressée au premier d'entre eux, le chancelier Seguier. Cette épître, qui se lit en tête du Séneque de 1640, est curieuse en
(0 Epistola dôdU. M. Z. Boxhornio, en tète du Sallusic de 1634.