CXCII LES BIOGRAPHIES
d'un Ovide variorum; par la même occasion il lui annonce qu'il s'est entendu avec Hackius pour mettre au jour un Horace augmenté des anciennes scholies et d'un choix de commentaires ^'^ Ni l'un ni l'autre projet ne fut exécuté. Nous verrons que c'était chez Jean un trait dominant de concevoir des plans et ne pas y donner suite.
Ici se place un épisode dans lequel il joue un rôlt prépondérant, et qui, futile en apparence, a eu peut-être pour son avenir les plus sérieuses conséquences. Avant de partir pour l'Italie, en 1651, N. Heinsius avait remis aux Elzevier le manuscrit de ses poésies latines. Jean, à qui son père et son oncle, vu leur grand âge, s'en remettaient volontiers de la direction de leur officine, s'était engagé à les faire paraître dans un bref délai. Elles contenaient bon nombre d'épigrammes à l'adresse de Saumaise , qui y était désigné sous le nom d'Alastpr, Informé de cette circonstance lorsque déjà le volume était sous presse, Jean fit immédiatement suspendre le tirage. Heinsius fut outré de ce qu'il considérait à la fois comme un manque d'égards et un acte d'ingratitude : de Rome, où il se trouvait, il fit part de son indignation à un parent de l'imprimeur qui habitait La Haye :
fl Mieux que personne vous savez tout ce que les Elzevier doivent à mon père; la mémoire de ses bienfaits devrait leur être toujours présente; loin de là, ils n'ont pas craint d'imprimer les odieux libelles où ce scélérat de Saumaise cherchait à nous déshonorer, mon père et moi. Ils Pont fait, non pas une fois, mais fort souvent. Sur les plaintes que nous en fîmes, ils répondirent qu'ils étaient de simples typographes, cherchant leur gain, nullement au fait des lettres, et partant irresponsables de ce qu'ils mettaient en lumière. Que si à notre tour nous attaquions Saumaise, ils s'offraient volontiers comme éditeurs. Jugez maintenant de leur bonne foi... Que les Elzevier sachent donc et qu'ils apprennent par vous que, tant je leur ai voulu et fait de bien jusqu'ici, tant je leur ferai du tort à l'avenir, si par leur lenteur ils laissent la priorité de l'attaque à mon adversaire. Ils ont assez d'ennemis pour qu'il me soit aisé de trouver quelqu'un à élever à leurs dépens. J'ai chargé un de mes parents de chercher un autre éditeur, si les Elzevier ne veulent pas revenir à de meilleurs sentiments. Mon honneur m'est plus cher que la vie, etc. («). •
'0 Burmanni SylL, t. III, p. 258.
(2) Cette lettre, datée du 15 mars 1652, se lit tout au long dans la SyUoge de Burman, t. V, p. 810. Je ne sais comment Burman a pu s'imaginer qu'elle était adressée à Isaac Vossius.