JEAN ELZEVIER. CXCIII
Jean se le tint-il pour dit? ou bien fit-il entendre raison à l'auteur? On l'ignore; mais le volume ne parut qu'en 1653 (n*'724). Saumaise était mort dans l'intervalle, et Heinsius, au témoignage de Gui Patin, eut le bon goût de retrancher une élégie spécialement dirigée contre le grand érudit^'^ Seulement il n'en garda pas moins rancune à son éditeur, car depuis lors il semble avoir cessé avec lui toute relation.
Abraham mourut le 14 août 1652, léguant à son fils aîné la moitié de l'imprimerie et de tout ce qu'il possédait en commun avec son associé. Bonaventure, qui ne survécut qu'un mois, suivit cet exemple, et la veille de sa mort il légua à son fils Daniel, indépendamment de sa maison, la moitié de l'imprimerie et de tous les biens de la communauté, « de la même manière, est-il stipulé, qu'Abraham avait légué l'autre moitié à son fils Jean. » Une association entre les deux cousins devait résulter de ce double legs. Elle fut contractée immédiatement.
C'était un rude fardeau à porter qu'une aussi brillante renommée pour deux jeunes gens, dont l'aîné n'avait pas plus de trente ans, et dont l'autre venait à peine d'entrer dans sa vingt-septième année. Néanmoins ils se mirent à l'œuvre résolument, et il est juste de reconnaître que l'établissement de Leyde n'a pas déchu entre leurs mains : plusieurs de leurs éditions, entre autres V Imitation sans date et le Psautier de 1653, se rangent parmi les plus belles productions elzeviriennes.
Mais s'ils se sentaient à la hauteur de leur tâche aussi longtemps qu'ils avaient à accomplir des desseins conçus en partie par leurs habiles prédécesseurs, et qui peut-être avaient reçu de leur vivant un commencement d'exécution, l'avenir se présentait à eux sous de moins favorables auspices. Presqu'en même temps que Bonaventure et Abraham, avait disparu de la scène la glorieuse génération des Saumaise, des Daniel Heinsius, des Rivet, des Fréd. Spanheim, des Const. L'Empereur, dont la parole et les écrits avaient jeté
(») Lettres de Gui Patin^ t. II, p. 78.