JEAN ELZEVIER. CXCVII
brochés » de son officine. Cette première vente eut lieu le lo février 1659 (voir le n° 8). Le i' avril suivant, son ancien aide, Charles Gerstecoren, qui depuis le 31 janvier avait été admis officiellement dans la corporation des libraires, sollicitait auprès des curateurs l'autorisation de reprendre la boutique de Jean, « construite sur le terrain de l'Université, » et à l'occuper aux mêmes conditions que lui^'^ Cette requête ne visait-elle que la boutique proprement dite, et Jean s'était-il réservé les ateliers? ou bien s'agissait-il d'une cession totale? Nous l'ignorons. Nous ignorons également comment le conseil accueillit ces ouvertures. La seule chose certaine, c'est qu'après la mort de Jean, sa veuve continua à occuper ce local.
Quoi qu'il en soit, Jean persévéra dans le dessein de se défaire de sa librairie. Car le 31 mai 1660 il fit une nouvelle vente publique, beaucoup plus importante que la première, puisqu'elle comprenait « ses assortiments imprimés par lui, ainsi qu'une grande quantité de paquets considérables de livres complets. » (Voir le n° 9.) Cette vente eut lieu seulement entre libraires. Le 12 juin suivant, il céda encore une partie de livres à Jean Maire pour la somme de 600 florins^*^
Quant au projet d'agrandir son imprimerie et de publier la série des classiques anciens, il ne paraît plus en être question. Attendait-il pour l'effectuer des circonstances plus favorables? Comptait-il réaliser d'abord des capitaux ? Etait-il décidé à se retirer entièrement des affaires? Toutes ces hypothèses sont admissibles, et peut-être chacune exprime-t-elle la situation vraie à un moment donné. Nous avons cherché un enchaînement logique dans les faits qui le concernent, alors que rien ne prouve que la logique entrât pour quelque chose dans ses combinaisons. Nie. Heinsius, qui le connaissait de longue date, nous le dépeint comme un homme irrésolu, sur lequel il était imprudent de faire fond. Nous ne voyons pas qu'il y ait lieu d'en appeler de ce jugement^^^
(>) Rammelman Elsevier, Uitkomsten, p. 30 des Bijlagen. U) Renseignement communiqué à M. Pieters par M. Rammelman Elsevier. (3) c Si persistet in proposito, recte sibi consulet : nam solebat fluctuare, nec esse, cui tuto multo crederes. » N. Heinsius Gronovio. (Burm. SyU.y t. III, p. 393.)
CXCVm LES BIOGRAPHIES.
Quels que fussent ses projets, il n'eut pas le temps de les mettre à exécution. Il mourut à Leyde, le 8 juin 1661, âgé seulement de trente-neuf ans, après une carrière mêlée, comme nous l'avons vu, de bien des mécomptes.
Sa veuve Éva van Alphen se décida à continuer les affaires, sous la raison : la veuve et les héritiers de Jean Elzevier. Elle fit immédiatement des démarches pour succéder à la charge d'imprimeur de l'Université; ce privilège lui fut octroyé le 12 novembre 1661, à condition qu'elle achèverait les ouvrages commencés par son mari, et notamment VAthenœ Batavœ^^K
Les raisons qui avaient porté Jean à liquider sa librairie s'imposaient avec bien plus d'évidence à sa veuve. Aussi s'occupa-t-elle sans retard à se défaire de ce qui subsistait encore de cette librairie après les deux grandes ventes de 1659 et 1660. Avant la fin de 1661 elle livra aux enchères les livres qui garnissaient la succursale de La Haye. (Voir le n° 10.) Il appert par les registres de la corporation qu'elle fit encore une vente en mai 1665 ^*^
Pour ce qui est de ses travaux typographiques, à part la grande Bible néerlandaise, commencée du temps de l'association avec Daniel, et dans laquelle celui-ci était resté intéressé, elle semble avoir borné son activité à l'exploitation du privilège de l'Université et à des impressions faites pour le compte d'autrui. De là le nombre assez restreint de ses productions. A celles. que nous énumérons dans le chapitre de nos Annales qui lui est consacré, il convient pourtant d'ajouter une dizaine de volumes qu'elle a exécutés pour les Elzevier d'Amsterdam.
(I) Rammelman Elsevier, Uithomsten^ p. 31 des Bijlagen. — On lit dans le Mémorandum j de la main d'Ëva van Alphen : « Au mois de mai 1662, je suis allée demeurer à l'Université, et j*ai été continuée, à la place de mon mari défunt, typographe de l'Université de Leyde. »
(*) Rammelman Elsevier, Uitkomsten, p. 32. — Cette vente ne fut probablement pas la dernière, car Daniel Elzevier écrit à Balth. Moretus, sous la date du 20 août i666 : « Wat de weduwe van Johan Elsevier belanght deselve heeft myn versocht nochmaels aen UE. haer catalogue te senden twelck hier nevens gaet; sy wenste UE. haer in korten UE. begeerte liet toekomen, dewyl sy daerom alleen haer verkopinge uytstelt. Wenste oock te weten wat UE. voor de Augustini Confcssiones soudt willen geven, die sy anders mede soude moeten verkopen. • (Archives de la Maison Plantin, à Anvers).
JEAN ELZEVIER. CXCIX
On conçoit sans peine que, livrée aux mains d'une femme, et d'une femme aussi peu préparée par son éducation première à une pareille tâche, Timprimerie de Leyde n'ait pas tardé à dégénérer ; toutefois elle ne déchut pas si complètement, qu'elle ne mît encore au jour de temps à autre quelque production élégante et digne des meilleurs temps, telle que le Tacite variorum de 1672 et les Confessions de St Augustin de 1675.
Vers le milieu de l'année 1681, Éva van Alphen prit le parti de se retirer et de transmettre l'imprimerie à son fils Abraham^'\ Elle mourut en 1695, ainsi que le prouve l'annotation suivante, de la main de son fils, dans le Mémorandum de la famille :
« Le samedi, 18 mars 1695, entre cinq heures et demie et six heures du matin, est décédée ma digne mère Éva van Alphen, veuve de Jean Elzevier, mon père, âgée de 75 ans moins 9 jours. Elle a été inhumée le 23 mars au soir en l'église St-Pierre, dans le caveau de feu mon frère Daniel, en son vivant capitaine sur mer. »
De son mariage avec Jean sont issus quatre enfants, dont deux fils. Daniel, l'aîné, né le 14 avril 1648, ne suivit pas la carrière paternelle. Il entra dans la marine, où il s'éleva jusqu'au grade de vice-amiral. C'est à lui et à sa femme, Emmerentia van Swaneveld, que Corneille Blessebois a dédié en 1676 le Lion d*Angélie (n° 920). Il mourut à Leyde, le 26 février 1688.
Abraham, le second fils de Jean, fait l'objet de la notice suivante.
(') La dernière thèse qui porte son nom est du 30 juin. Elle est intitulée : DispuTATio philosophica inauguralis de systemate mundi quam... ex authoritate Magnif. D. Rectoris D. Johannis Voet, J. U. D. publico examini subjicit Samuel Koleseri, Ungarus. Ad diem 30 junii. Lugduni Batavorum, apud viduatn et haredes Johannis Elsevirii, Acad. typogr,, 1681, iD-4, de 24 pp.
ABRAHAM ELZEVIER