CCX LES BIOGRAPHIES
marque plusieurs années plus tard qu'on ne le croit communément, » et conclut que peut-être il n'eut de presses à lui que lorsqu'il signa typis Lud. Elzevirii (c'est-à-dire en 164g), « car, ajoute-t-il, j'avoue que jusqu'ici le mot typis est pour moi le seul indice certain de la possession d'une imprimerie. » M. Pieters se serait sans doute ravisé, s'il avait jeté les yeux sur l'épître dédicatoire placée en tête des Institutiones aulicœ de 1642. L'auteur de cet épître, Eusèbe Meisnerus, s'applaudit d'avoir confié son manuscrit à son ami Louis Elzevier, « tj^ographe à Amsterdam et libraire des plus intelligents et des plus intègres, » Ludovico Elzevirio^ typographe in Amsterodamo et bibliopolœ solertissimo et integerrinto j amico meo faventissimo. Correcteur de la maison elzevirienne de Leyde, Meisnerus était mieux à même que personne d'être exactement renseigné. On reconnaîtra que son témoignage fournit un indice non moins certain que celui qui résulte de l'emploi du mot typis. Nous y attachons d'autant plus de prix qu'il remonte au mois de février 1642, c'est-à-dire à l'époque où Louis ne faisait encore que débuter dans la carrière d'éditeur.
Mais si décisif que soit cet argument, il Test moins à nos yeux que celui qu'on tire de la confrontation matérielle des lettres grises et autres ornements typographiques. Or l'examen minutieux que nous avons fait de ce genre de preuves nous a pleinement convaincu que, si les quelques volumes publiés durant les années 1638, 1639 et 1640 ont été exécutés par d'autres imprimeurs, \g Lapis lydius de Boccalini, paru en 1640, est ce qu'on est convenu d'appeler un elzevier véritable, et qu'à partir de l'année 1641 la plupart des ouvrages qui portent le nom de Louis Elzevier sont sortis de ses propres presses. C'est le cas notamment pour tous ceux qui sont ornés de la vignette désignée par nous sous le nom de cul-de-Iampe ML masque.
Les débuts de L. Elzevier comme imprimeur furent modestes, beaucoup plus qu'on ne serait tenté de le supposer d'après l'énorme quantité de livres qu'il a mis en circulation. II suffit de comparer entre eux les fleurons, lettres grises,
signatures, etc., pour s'assurer de la diversité de leur provenance. Ainsi que nous l'expliquions tout à Theure, son matériel était loin d'être suffisant pour une moyenne de douze a quatorze éditions qu'il publiait par an, et il était obligé souvent de recourir à ses confrères.
Parmi ceux-ci il en est un auquel nous devons une mention spéciale. Nous voulons parler de Fr. Hackius, l'imprimeur de Leyde. De tout temps il a existé d'étroites relations d'affaires entre les Hackius et les Elzevier d'Amsterdam. Nous décrivons dans nos Annales bon nombre de livres portant l'adresse de L. Elzevier, bien qu'imprimés par Fr. Hackius (le Jacchœus de 1644, ^^ Pacius de 1647, le Descartes et le Schedius de 1648, le Lucain de 1658, etc.). Certains autres, exécutés par Hackius, portent alternativement l'adresse de ce dernier et celle d'Elzevier (le Cartwright de 1647, le Bacon de 1648, le Mercerus de 165 1, le Gôlnitz de 1655, V Homère de 1656 et le Lucain de 1669). D'autres portent à la fois les deux noms réunis (le Conringius et le Justinien de 1646, le Piso de 1648, le Cicéron in-quarto de 1661, le Corpus juris de 1663 et de 1664, le Septime Sévère de 1665, les Ciceronis Epistolœ ad familiares de 1677). Enfin il en est qui, publiés une première fois par Hackius, ont été reproduits ensuite par les presses elzeviriennes (les Lettres de Baudius de 1654 et les divers volumes du Bacon, à l'exception des Scripta in naturali et universali philosophia) . Une autre preuve que les deux éditeurs agissaient souvent de concert, se tire d'une lettre de J. Fr. Gronovius, du 25 janv. 1647 : ^ Nunc reversas sum ad Senecam et spicilegium meum compono, quod certiore spe Hackio et Ludovico Elzevirio promisi^^\ »
Une alliance de famille vint cimenter cet accord fondé sur une communauté de vues et d'intérêts. Fr. Hackius avait trois fils, Pierre, Jacob et Corneille^*\ Ce dernier épousa, le 15 avril 1666, Marguerite Elzevier, sœur de Pierre, le libraire d'Utrecht, et nièce de Louis Elzevier ^^^ Les relations entre
u> Burmanni SylL, tom. II, p. 614.
(») Voir ci-après, p. 425.
(3> Rammelman Elsevier, UilkomsteH^ p. 33, not. 3.