LXII LES OFFICINES ELZEVIRIENNES
passer pour des chefs-d'œuvre, notamment le Corpus juris in-folio, qui parut en 1663, et la Bible française de Desmarets, qui ne fut achevée qu'en 1669.
Louis se retira le i" mai 1665. Demeuré seul, Daniel ne se montra pas au-dessous de sa tâche. Durant quinze années il maintint et accrut, en dépit des circonstances les plus critiques, la haute renommée de la maison. Malheureusement il succomba aux atteintes d'une fièvre maligne, le 13 octobre 1680, à peine âgé de cinquante-quatre ans. Sa veuve, Anna Beerninck, lui succéda, mais ne survécut que cinq mois. Comme elle ne laissait pas d'enfant en âge de continuer les affaires, les tuteurs furent obligés de liquider.
On a dit qu'en quittant Leyde Daniel avait emporté la moitié du matériel. Cette assertion ne repose sur rien, et se réfute par le simple bon sens. Un fonds de librairie peut se partager, mais non pas une imprimerie. Un matériel typographique n'est pas un assemblage de pièces hétérogènes qu'on puisse dépareiller à volonté. C'est une sorte d'organisme, dont chaque partie a sa fonction spéciale et ne conserve de valeur que par sa relation avec l'ensemble. Qui n'a que la moitié d'une imprimerie n'a rien. Les quatre presses qui fonctionnaient à Leyde en 1651 (voir p. 422) y sont demeurées jusqu'à la fin (voir le n° 11); de même les poinçons et matrices d'Erpenius, et à plus forte raison les caractères, fleurons et ornements.
Il est vrai que certains ouvrages publiés avec l'adresse d'Amsterdam contiennent les ornements typiques de l'autre officine. Mais jamais on ne trouvera confondu dans le même volume le matériel des deux ateliers. Louis et Daniel ont fait imprimer à Leyde quelques livres de leur fonds : telle est la cause toute naturelle de cette anomalie.
Pour s'être abusé sur ce point, M. Pieters prétend qu'il est difficile de faire la répartition des éditions elzeviriennes parues de 1655 à 1660. Rien au contraire n'est plus aisé. Les productions de certains imprimeurs du temps vous laissent dans le doute : ainsi le même type de tête de buffle était commun aux Hackius, à Phil. de Croy et à Van der Marse.