MARQUES TYPOGRAPHIQUES. XCI
marque elle-même date de cette époque ? A première vue cette explication paraît la plus plausible. Cependant aucun des volumes parus durant les années 1595 et 1596 ne porte cet insigne, lequel figure pour la première fois sur le Meursius, ad Theocriti idyllia spicilegium de 1597. Y a-t-il lieu de supposer avec M. Pieters que le millésime 1595 indique la date de l'admission de Louis Elzevier dans la corporation des libraires ? Pas davantage. Si les libraires et imprimeurs de Leyde eussent été pour lors organisés en corporation, comme ils le furent au siècle suivant, défense eût été faite à toute personne étrangère à la gilde d'exercer la librairie. Or nous savons que Louis Elzevier s'était établi marchand de livres moins de deux ans après son arrivée à Leyde, et qu'il tenait boutique ouverte sur le Rapenburg, avant même qu'il n'eût acquis le droit de bourgeoisie. D'où il résulte que la profession de libraire était libre, et que Louis Elzevier n'a pas eu à se faire admettre dans une corporation qui de son temps n'existait pas encore. Le motif qui lui a fait adopter la date de 1595 reste donc énigmatique, et comme la chose est de peu d'importance, nous ne nous mettrons pas en frais de conjectures pour l'expliquer.
En 1612, L. Elzevier fit faire une réduction de la marque de l'Aigle. Elle reproduit exactement le type original, sauf que le millésime a été supprimé. Nous la désignons sous le nom de l'Aigle et la devise simple.
Dans les premiers temps de son établissement Isaac Elzevier continua à se servir de l'insigne de son grand-père. Même après 1620, lorsqu'il eut fait choix de la marque nouvelle du Solitaire, il ne le répudia pas complètement. Quant à Bonaventure et Abraham, ils n'en firent plus usage qu'en de rares occasions^'^ : ils semblent l'avoir réservé presqu'exclusivement pour leurs catalogues de ventes publiques.
IL La nouvelle marque qu'Isaac Elzevier adopta en 1620 est connue sous le nom du Solitaire. Elle représente un Orme embrassé par un cep chargé de raisins, avec le solitaire, et la
'*J Voir les n*» 273 et 480, et ci- dessus pp. LVir et lviii.