‹ Les Elzevier; histoire et annales typographiquesChapitre 59 sur 368 · LES PSEUDONYMES ELZEVI RIENS. CI · texte numérisé non relu

LES PSEUDONYMES ELZEVI RIENS. CI

Ce n'est pas pour échapper aux voies de justice que les Elzevier ont usé si souvent de l'anonyme. De libelles diffamatoires, ils n'en ont pas publié un seul, non plus que des écrits irréligieux ou obscènes, à part VArétin qu'ils n'ont certes pas imprimé pour leur compte ^'^ Restent les écrits offensants pour les souverains ou gouvernements alliés de la République. C'est le seul cas où l'on puisse admettre qu'il y ait eu pour eux obligation de ne pas se faire connaître. D'abord parce qu'ils violaient ouvertement un édit des Etats- Généraux. En second lieu parce qu'ils s'exposaient à des représailles, les princes lésés pouvant consigner leurs livres à la frontière et en interdire la vente dans leurs Etats ^^^ Bonaventure et Abraham avouent dans la préface d'un opuscule imprimé en 1637 et qui traite de l'administration de Tempereur Ferdinand II (n° 461), qu'ils ont eu des raisons pour ne faire connaître ni l'auteur ni l'éditeur. Ces raisons, il est facile de le deviner, ne peuvent être que politiques. De même la Defensio regia de Saumaise a paru sans nom de lieu ni de libraire. Elle était de nature à froisser la susceptibilité du gouvernement anglais, et de fait les États de Hollande firent un édit spécial pour en prohiber la vente^^^ ce qui, pour

De vera rcligione^ avait été réimprimé en 1642 par J. Blaeu, en un volume in «4. Le magistrat d'Amsterdam fit saisir chez le libraire 450 exemplaires du livre, et obtint du juge qu'ils fussent confisqués et le libraire condamné à une amende pécuniaire. Le 20 janvier 1642, on les brûla publiquement. Moins de deux mois après, les nouveaux échevins cassèrent la sentence de leurs prédécesseurs, si bien que le libraire, qui n'avait pas encore payé l'amende, en fut quitte pour la perte de ses exemplaires. Mais ce n'est pas tout. Une trsiduction néerlandaise du livre de Volkelius fut imprimée en 1649 à Rotterdam, et pour mieux la recommander, l'on ne manqua pas d'annoncer sur le titre que c'était le même livre que les échevins avaient fait brûler publiquement en Hollande l'an 1642 (Voirie Dictionnaire de Bayle, art. Volkelius).

(') A part peut-être aussi le livre des Prêadamites (n^* 1188-89), qui, sans être irréligieux, choquait toutes les idées reçues et que les Elzevier n'ont jamais avoué.

'2) Voir la note du n^ 1997.

(3) Un publiciste hollandais. Th. Graswinckel, avait également entrepris de défendre la cause du roi Charles !«' contre Milton, et il comptait faire imprimer son livre par les Elzevier. Mais les autorités intervinrent et le forcèrent à se désister: < Graswinckelio nostro, écrit N. Heinsius, en juillet 1651, qui nescio quid in Miltonum parabat, typis Elzevirianis edendum, publica auctoritate silentium impositum, sic ipse mihi nudius tertius. 1 (Burmanni Syll., t. III, p. 271 et 274.)

cil LES ÉDITIONS ELZEVIRIENNES.

le dire en passant, n'empêcha pas Louis Elzevier de la réimprimer Tannée suivante. Cette DefensiOy les Elzevier de Leyde l'avait publiée, non dans des vues de propagande, mais par pure spéculation, peut-être aussi pour complaire à Saumaise, dont ils étaient les éditeurs habituels. Louis Elzevier, en la réimprimant, était si loin d'en assumer la responsabilité, qu'il publiait en même temps, et toujours sous le voile de l'anonyme, la Defensio populi anglicani de Milton, et la réfutation de ce dernier écrit, Pro rege et populo anglicano apologia : en simple éditeur, il se bornait à mettre sous les yeux du public les pièces du procès.

A part les publications en très petit nombre qui pouvaient porter ombrage aux États étrangers, nous sommes convaincu qu'aucune considération d'ordre public ne faisait aux Elzevier une obligation de l'anonyme. Mais ils avaient à compter avec d'autres considérations non moins impérieuses. Avant tout ils étaient tenus, dans l'intérêt de leur considération et de leur crédit, de ménager les susceptibilités politiques et religieuses de leurs compatriotes. On conçoit, par exemple, qu'après avoir mis au jour le Mare liberuniy l'éloquent plaidoyer de Grotius en faveur de la liberté des mers, ils aient hésité à mettre leur nom au Mare clausum de Selden, composé dans des vues hostiles à la Hollande, pour justifier les prétentions de l'Angleterre. De même, alors que les esprits étaient encore sous l'impression de la lutte sanglante soutenue contre la domination espagnole, des libraires hollandais et protestants pouvaient -ils décemment s'avouer les éditeurs des ouvrages de Bentivoglio, Conestaggio, Strada, où le récit de cette lutte était défiguré par l'esprit de parti, au profit des anciens oppresseurs du pays? C'eût été de leur part une sorte de provocation, et l'opinion publique, aigrie et surexcitée par les querelles religieuses, ne leur aurait pas épargné l'accusation de duplicité ou tout au moins de tiédeur. Un autre motif encore leur commandait la circonspection. Les ouvrages cités devaient naturellement se débiter en grande partie dans les pays catholiques. Comme on y tenait pour suspect tout livre imprimé par des hérétiques, la simpk

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