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LES PSEUDONYMES ELZEVIRIENS. CIII

prudence leur faisait une loi de ne pas donner l'éveil en indiquant le lieu d'impression. C'est pour la même raison que sur bon nombre d'ouvrages de piété à Pusage de Tune et l'autre communion, le Nouveau Testament grec, Vlmitation^ les Confessions de saint Augustin, les Elzevier n'ont pas fait conscience de mettre Lugduni (Lyon), au lieu de Lugduni Batavorum.

Au surplus les auteurs eux-mêmes étaient parfois les premiers à réclamer un déguisement. Par exemple, les jansénistes français qui se faisaient imprimer à Amsterdam, n'auraient eu garde d'avouer qu'ils avaient recours aux presses hollandaises. On avait trop souvent affecté en France de les confondre avec les calvinistes, pour qu'ils n'eussent pas à cœur d'éviter tout ce qui pouvait prêter quelque vraisemblance à cette accusation.

Une dernière et très nombreuse classe de livres auxquels les Elzeviers ont tenu à ne pas attacher leur nom, comprend les contrefaçons. Règle générale : toutes les fois qu'ils ont réimprimé sans autorisation expresse un ouvrage quelconque d'un auteur vivant, ils ont gardé l'anonyme. On a prétendu qu'ils voulaient éviter de désobliger des confrères avec lesquels ils étaient en relations d'affaires ; « ils étaient bien aises, a-t-on dit, qu'on ne sût point qu'ils étaient auteurs de ces éditions, qui faisaient d'autant plus de tort au premier imprimeur, qu'elles étaient bien supérieures aux contrefaçons ordinaires et même à la première édition. » Suivant nous, ils obéissaient à un tout autre mobile. C'était, non tant les libraires, que les lecteurs dont il fallait se concilier le suffrage. Eli général le public se défiait des livres français imprimés en Hollande et préférait les originaux; en quoi il avait raison, car ces livres fourmillaient souvent de fautes choquantes, quand ils n'avaient pas subi d'altérations plus graves. A peine les textes donnés par les Elzevier faisaient-ils exception à la règle. Aussi cherchait-on à donner le change aux acheteurs. Au lieu de l'adresse véritable, le frontispice portait la formule banale : Jouxte la copie imprimée à Paris. Souvent, pour parfaire la mystification, on mettait en évidence au moyen de capitales les mots a paris, suivis du nom et de l'adresse

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