CORRECTION ET CORRECTEURS
Les éditions publiées par les Elzevier sont-elles correctes? La question est complexe et prête à des solutions très divergentes. On a eu tort jusqu'ici de vouloir la trancher dans un sens absolu. Cela tient à ce qu'on s'est abusé sur le rôle et les aptitudes propres de ces imprimeurs. On s'est cru en droit d'appliquer aux Elzevier les mêmes règles d'appréciation qu'aux grands typographes du seizième siècle. On a voulu voir en eux, non seulement d'habiles artistes, mais des savants pénétrés de l'importance de leur mission et présidant en personne à la confection et à la correction des travaux qui s'exécutaient dans leur officine. Il se peut que leur titre d'imprimeurs officiels de l'Université ait contribué à entretenir cette méprise, peut-être aussi les belles préfaces latines mises en tête de certaines de leurs publications. Mais ce titre n'était pas, comme en d'autres pays, un hommage rendu au savoir; sous une apparence spécieuse, les fonctions qu'il conférait étaient en réalité des plus simples, et telles en un mot qu'une femme, la veuve de Jean, a pu s'en acquitter avec succès durant vingt ans. Quant aux préfaces et avertissements rédigés avec une si rare élégance, nous ne contestons pas que les Elzevier ne les aient en bien des cas inspirés, mais c'étaient des hommes spéciaux qui les rédigeaient en leur nom^'^
Le préjugé de la supériorité intellectuelle des Elzevier était
(') La chose est certaine, quoique par essence elle échappe à toute démonstration. On sait par des indiscrétions que c'est Daniel Heinsius qui a rédigé la préface des Lettres de Scaliger (no 288); Nicolas Heinsius, celle des Monumenta Padcrbomensia (nP 1473); et on a retrouvé dans les papiers de Patru un projet d*épître dédicatoire à Richelieu, au nom des Elzevier, pour le Nouveau Monde de J. de Laet (no 497).