CVIII LES ÉDITIONS ELZEVIRIENNES
tellement enraciné, qu'on est allé jusqu'à faire honneur au chef de la famille d'une réforme orthographique. Suivant B. de La Monnoye et d'autres bibliographes, Louis Elzevier aurait le premier établi dans ses éditions la différence entre Vu consonne et Vu voyelle ^'\ Il suffit de parcourir les titres des ouvrages qu'il a publiés, pour se convaincre qu'il n'a jamais songé à rien de pareil. Nous dirons plus : en admettant que cette réforme eût été proposée de son temps, il n'est pas sûr que l'honnête relieur dont les circonstances avaient fait un libraire, fût homme à en saisir le sens et la portée. Ses fils en sont restés à peu près au même point, et il faut descendre jusque Louis et Daniel, c'est-à-dire jusque la troisième génération, pour rencontrer, non pas des savants, mais des gens doués d'une solide instruction.
On voit d'ici en quoi les Elzevier différaient des grands imprimeurs du siècle précédent. Les Aide, les Estienne, les Badius, les Turnèbe, les Morel, les Oporin étaient dest}T)ographes érudits, plus érudits encore que typographes, qui considéraient comme le premier devoir de leur profession de veiller à la pureté des textes, et qui ne confiaient ce soin qu'à des savants éprouvés, travaillant d'après leurs instructions et sous leur surveillance immédiate. Les Elzevier n'étaient que de simples imprimeurs, fort consciencieux sans doute, mais d'une entière incompétence en matière d'érudition. Ce n'est pas qu'ils ne se rendissent compte que, si soignées que fussent leurs éditions, elles n'obtiendraient qu'une vogue éphémère, si la perfection du texte ne répondait pas à la beauté de l'exécution. Ils n'ont pas omis une occasion de s'expliquer sur ce point^'^ Mais incapables eux-mêmes de donner leurs soins à la correction des épreuves, ils étaient obligés de s'en remettre à des correcteurs choisis parmi les plus expérimentés. C'était affaire à l'auteur ou à l'éditeur du
^^^ Jugemcns des Savans, par Adr, Bailkt. Paris, 1722, in-4, t. I, p. 395.— Maittaire, Annales typographici, t. III, etc.
W Par exemple dans l'épître dédie, du Salluste de 1634 : « Nemo autem nescit maximopere referre, ut quœ eleganter excuduntur, emendate prodeant, atque ita eruditis se commendent. »