CXX LES ÉDITIONS ELZEVIRIENNES
digne d'être produit avec quelque majesté. Commenté par vous, il ne devait pas être resserré en des types si mesquins. C'est le mal du siècle, qu'y faire? Les imprimeurs sont avides de lucre bien plus que de renommée. C'est pour cela qu'ils sont imprimeurs. Et pourtant celui qui a le plus travaillé pour la célébrité, Chr. Plantin, pour s'être inspiré des sentiments les plus généreux, n'en a pas moins amassé une fortune immense^*^ » Étrange manière d'apprécier un tel livre! On s'indigne au nom d'Horace, dont la majesté est compromise parce qu'un éditeur a recueilli ses œuvres en un volume commode et élégant. On insinue sans scrupule que l'imprimeur n'a économisé le papier qu'en vue d'accroître son bénéfice. Et sous ce beau prétexte on refuse son suffrage à une production sans rivale jusqu'alors dans les annales de la typographie. Mais quoi! n'est-ce pas le sort de toutes les innovations? Les Elzevier avaient contre eux les érudits de la vieille roche, ceux qui ne voyaient partout que textes à corriger et à éclaircir, et qui couvraient les marges de leurs livres de variantes et de commentaires; sans doute aussi ceux dont les yeux usés par le travail ne s'accommodaient point d'impressions si fines et si serrées. Toujours est-il que les opposants étaient plus nombreux qu'on ne suppose. Nicolas Heinsius se faisait leur interprète lorsqu'il écrivait à Gronovius : « Les frères Dupuy voudraient que votre Tite-Livt fût exécuté en plus grand format; ils assurent que ces types si menus sont un sujet continuel de doléances pour les savants de leur ville ^^^ » Sur quoi Gronovius : « Et moi aussi je souhaiterais que mon Tite-Live parût en un autre format. J'ai déjà reçu pareil avis d'Allemagne, et même de la bouche d'un prince. Mais faites entendre raison à ces hommes qui
(0 E, Putcani ad C. Hugenium et D, Heinsium epistola. Lugd. Bat., 1647, P-i"*'-* p. 131. — On voit que Dibdin se trompe lorsqu'il écrit dans son Bibliographical Decameron (t. II, p. 158) : • Plantin died poor, and, I fear, broken-hearted. » Non, Plantin ne mourut ni pauvre, ni désenchanté. La publication de sa Bible polyglotte lui causa, il est vrai, des embarras d'argent très sérieux, mais qui ne furent que momentanés. Les contemporains sont unanimes sur ce point; le témoignage si précis de Puteanus nous dispense d'en citer d'autres.
(2) Lettre du 20 juin 1651. Burmanni SylL^ tom. III, p. 266.