L'IN-DOUZE ELZEVIER. CXXI
n'en font qu'à leur tête, par pur appât du gain, et qui se servent de nous, non comme d'utiles conseillers, mais comme de simples manœuvres^'^ï » C'est toujours, on le voit, le même système qui consiste à mettre en cause l'avarice des Elzevier, comme si tout se réduisait pour eux à une affaire de spéculation.
Au nombre des mécontents il faut ranger aussi Tannegui Le Febvre, le père de M"* Dacier. Cela résulte d'une lettre de ce savant où, après de grands éloges décernés à VOvide de Nie. Heinsius, il fait cette restriction : « Sed quod Elzevirii vestri splendorem chartœ ac nitorem characterum in editione tanti operis neglexerunt^ id vero est quod mihi veio^ev èx xpftSiTjç dolet^*\ » A prendre ce passage au pied de la lettre, on risquerait de se figurer Le Febvre plus difficile et plus entendu en matière typographique qu'il ne l'était. Mais il est clair qu'il ne songe ici à mettre en cause ni la qualité du papier ni la beauté de l'impression , mais uniquement les dimensions de l'ouvrage qui lui paraissent mesquines^^^
Heureusement le public ne partageait pas ces préventions, et, en dépit de toutes les récriminations, les auteurs eux-mêmes se montraient fort sensibles à l'honneur d'être reproduits par les presses des Elzevier. C'est ici qu'il convient de citer la flatteuse épître qui leur fut adressée par le célèbre Balzac. Les Elzevier avaient publié en 1648 une contrefaçon Suivant la copie imprimée à Paris des Lettres choisies de cet écrivain. Loin de se formaliser de ce procédé, Balzac leur donna, par l'entremise de Conrart, plein pouvoir pour réimprimer également « en petit » le volume de ses Œuvres diverses. Les Elzevier, en profitant de l'autorisation {1650), marquèrent leur reconnaissance à
(»' Burmanni SylU, t. lïl, p. 268.
(2) /6fV/., t. III, p. 467.
<3) Il n'y a pas jusque Gui Patin, l*ami des Elzevier et Tun de leurs plus vifs admirateurs, qui un jour n*aît trouvé à redire au mode d*impression adopté par eux. Il est vrai qu*il s'agit cette fois d'un livre in-octavo : t-L'Hippocrate de Vander Linden (LcydCf 1665), écrit-il à un de ses amis, n'est guère propre à étudier. Il est en deux gros volumes in-octavo et de petite lettre. » (Lettres, t. lïl, p. 586.)