CXXII LES ÉDITIONS ELZEVI RIEN NES
Tauteur par une épître liminaire, dans laquelle ils exprimaient le vœu que, satisfait de leur ouvrage, il leur ferait derechef Thonneur de les employer. C'est en réponse à cette gracieuse invitation que Balzac leur écrivit la lettre suivante :
A Messieurs les Elzeviers, marchans libraires et imprimeurs à Leyde.
Messieurs,
Je vous suis obligé, et peut-estre plus que vous ne pensez. Le droit de bourgeoisie romaine estoit quelque chose de moins que la faveur que vous m'avez faite. Car que croiez-vous que ce soit que d*estre mis au nombre de vos auteurs? C'est avoir rang parmy les consuls et les sénateurs de Rome; c'est estre meslé parmy les Cicérons et les Sallustes. Quelle gloire de pouvoir dire : Je fais partie de cette république immortelle; j'ay esté reçu dans cette société de demi-dieux! Ed effet nous habitons tous à Leyde sous un mesme toit. De vostre grâce, je suis tantost vis-à*-vis de Pline, tantost à costé de Sénèque, quelquefois au-dessus de Tacite ou de Tite-Live; et quoyque j'y tienne peu de place, aussi bien qu'eux, je ne laisse pas d'y estre à mon aise, et de me plaire en si bonne compagnie. Pour le moins j'y suis tout entier, encore que j'y sois à l'estroit. Homère, nostre patriarche, a bien esté plus pressé que moy; et celuy qui le logea daus une coque de noix, estoit encore meilleur mesnager que vous, de la matière dont il bastissoit. L*art s^estend et se resserre avec égale louange de l'artisan. II y a eu des ouvriers que les pyramides et les colosses ont mis en réputation. Il y en a eu qui se sont rendus célèbres par des bagues et par des cachets. L'histoire ne parle-t-elle pas avec estime d^un charriot à quatre chevaux, qu'une mouscbe couvroit de ses aisles? Puisque cela est, et que la perfection des ouvrages se trouve plustost dans le bon usage de l'estoffe que dans sa profusion, je n'ay garde de me plaindre de ce que vous m'avez mis en petit volume; et pour n'estre pas in-folio, je n'en suis pas moins,
Messieurs,
Vostre bien humble et obligé serviteur
Bamac.
Nous avons par devers nous une foule de pièces du même genre où se traduit et se prodigue l'admiration des contemporains. Une de ces pièces mérite d'être distinguée, parce qu'elle provient d'un écrivain dont la réputation balançait celle de Balzac et que la louange y est décernée sous une forme qui en rehaussait beaucoup le prix.
En 1663 Daniel Elzevier avait consenti à imprimer les poésies de Ménage (n° 13 ii). Pour reconnaître cette faveur, Ménage, érudit et bel esprit, ne trouva rien de mieux que d'insérer dans le recueil une pièce de vers en l'honneur