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CHAPITRE IX

S'il convient de faire quelques réserves sur les conséquences de la législation sociale qui s'est si fortement développée chez nos voisins, si l'ingérence de l'État dans la vie publique et même privée comporte de graves critiques, il faut du moins reconnaître qu'on a beaucoup fait dans l'ordre matériel pour améliorer la situation des classes laborieuses. L'efficacité de l'action socicde n'est pas contestable. Mais le progrès moral a-t-il marché du même pas que les transformations matérielles? Fait-il aussi partie « de la moisson qui lève sous les pas de ceux qui ont attaché tant d'importance au positivisme de la science, aux préoccupations mercantiles, à l'idée de lucre »?

On ne peut parcourir l'Allemagne sans se demander ce qu'il faut penser de la vie morale du peuple allemand. C'est une question difficile à résoudre. Il n'y a pas de thermomètre qui permette d'apprécier avec précision la moralité des différents peuples.

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Le vice tient aujourd'hui ses assises dans toutes les grandes villes : à Berlin, à Cologne, à Dresde, à Munich, comme à Londres, à New-York ou à Paris.

Il convient d'abord de remarquer que, dans les régions protestantes surtout, l'indifférence religieuse est si grande qu'elle confine à l'incrédulité.

Tous ceux qui pensent que la morale ne peut être complètement séparée de la religion et qui estiment que la religion est nécessaire à l'homme, ne peuvent pas ne pas se montrer préoccupés de cette matérialisation progressive de l'existence qui fait en Allemagne de grands progrès. Le tourbillon de la vie économique a contribué à orienter la pensée d'un grand nombre de pcr^-onncs vers une sorte de réalisme qui a son utilité, mais qui laisse en définitive un sentiment de tristesse.

Ce réalisme élimine en effet peu à peu des esprits les préoccupations relatives aux fins dernières de l'homme, et même cette idée que la religion est une puissance sociale, une cause de grandeur, un facteur d'harmonie et de paix.

Les progrès de l'incrédulité se traduisent fréquemment par des manifestations d'hostilité à l'égard du catholicisme, qui, ayant une doctrine très précise, s'accommode moins aisément que le protestantisme d'une sorte de religiosité vague, que trouvent très commode ceux qui se dispensent de toute participation effective à un culte.

L'indifférence religieuse des Allemands est très ancienne. Mirabeau faisait remarquer en 1785, dans son livre fameux sur la Monarchie prussienne, que les Berlinois étaient plus que tièdes en matière de religion. Cette ville, disait-il, est très sceptique. Il n'y a guère que les fonctionnaires qui fréquentent les églises.

J'ai pu constater plus d'une fois, dans les faubourgs des grandes villes, qu'il y a un certain nombre de familles qui n'ont du christianisme à peu près aucune idée. On a pu dire avec raison qu'il y a en Prusse un sous-<îo1 athée (i).

On s'est beaucoup préoccupé d'élaborer une nouvelle morale purement laïque. On a créé dans

(i) Le fameux pasteur Stocker écrivait cependant en 1876, dans une brochiure qui donne d'ailleurs l'impression d'un mélange d'optimisme et d'orgueil : « Le génie de la nation allemande est intimement uni à la religion. » Stocker s'est fait illusion sur les sentiments de ces associations de libres penseurs ou de rationalistes essentiellement préoccupés de questions matérielles, qui se donnent de temps en temps un petit air religieux en chantant le Choral de Luther. La désertion des temples protestants dans certaines régions du nord de l'Allemagne est significative. « Je ne pense pas, me disait un pasteur, qu'il y ait plus d'un dixième de la population ouvrière (il s'agissait de régions protestantes de la Saxe) qui fasse dans sa vie une place appréciable à la religion. » La religion n'est plus, dans certaines régions, qu'une simple « rubrique » pour le recensement. Dans les faubourgs de la plupart des villes, la majorité des enfants n'est pas baptisée. On peut opposer aux affirmations du pasteur Stocker cette remarque de M. Marx, président du Congrès des catholiques allemands qui s'est tenu à Augsbourg en août 19 10 : « Aucun temps n'a connu à un pareil degré la virulence de l'incrédulité. On va jusqu'à considérer comme arriéré celui

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ce but des sociétés de « culture morale » et des sociétés de « morale de la nature », qui se sont efforcées de construire une doctrine nouvelle, qui se sont donné beaucoup de peine pour découvrir dans la vie même les bases de la formation morale de l'homme, en même temps qu'une force directrice de la pensée et de l'action. Ces efforts ont eu un certain succès. On en parle avec sympathie dans un assez grand nombre de familles bourgeoises qui ne se sentent plus le droit (on m'a fait plusieurs fois cet aveu) d'élever leurs enfants dans la soumission à une rehgion ou à une autorité divine à laquelle elles-mêmes ne croient plus.

Beaucoup reconnaissent toutefois que les sciences positives ne parviennent pas à absorber la morale. Elles avouent tout au moins que l'étude de la biologie ou de la thermodynamique ne peut suffire pour solutionner le problème du « devoir ».

On peut dire en tout cas que les conceptions philosophiques ou religieuses des sociétés de culture morale aboutissent en fait à une doctrine de laïcisation complète de la société.

qui préfère la foi en Dieu à la foi dans • la culture ». Nous assistons à un déficit lamentable de pensée et de vie morale. » Et M. Marx laissait entendre que la misôrc morale se trouvait aujourd'hui chez lu riclif comme chez l'artisan et l'ouvrirr. — V. aussi nn artirli- d«! I.ily jannascii, Volkswirhscliafl und silllichc Erziehuiig (Export, 4 juillet X912, p. 449).

Otto von Leixner a très bien montré (i) en quoi consistent les bases philosophiques de ces sociétés. Leurs adeptes se sont forg;é une religion à leur idée, si on peut appeler religion une doctrine d'où toute idée de force surnaturelle est exclue et où Dieu n'apparaît jamais.

L'indifférence religieuse des AlLmands tient en partie à ce que les éducateurs de toute catégorie sont imbus d'idées philosophiques se rattachant plus ou moins directement aux conceptions du kantisme. Les sociétés pour la -•> culture morale » réalisent l'idéal de Kant, idéal qui n'a jamais beaucoup plu aux races latines, mais qui a été accueilli avec enthousiasme par les races du Nord. Elles ont cherché en outre à combiner cet idéal avec certaines théories de Hegel, qui se sont traduites dans le domaine politique par une conception du droit impliquant la faculté de contraindre et légitimant l'emploi de la force (2). C'est de cette façon qu'on a cherché à justifier la fameuse maxime : « la force prime le droit ». L'idée n'estelle pas la plus forte des forces? Le prétendu droit des faibles ne doit-il pas céder devant les suggestions d'une raison plus neuve ou plus domina-

(i) Soziale Briefe ans Berlin, mit hesonderer Berûcksichtigung der sozialdemokratischen Strômungen. Berlin, 1891.

(2) V. le livre de M. Ac.uilkra, le Droit en Allemagne depuis Kant. Paris, 1893.

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trice? Tout ce qui est rationnel doit devenir réel.

Il y a beaucoup d'Allemands qui, s'inspirant des idées de Haeckel, évoluent vers le monisme, qui nous donnera, disent-ils, la clef de l'intelligence de l'univers. Il y en a qui cherchent à découvrir des équivalents de l'idée de Dieu, et font de curieux efforts pour donner à la morale indépendante une efficacité pratique, qui jusqu'ici, il faut le reconnaître, lui fait défaut (i). Il y en a beaucoup surtout qui ne veulent plus d'aucun dogme et se contentent d'une sorte d'agnosticisme.

Ce mouvement d'idées préocrup? les croyants sincères, tous ceux qui estime nt que, pour faire vivre les sociétés aussi bien que pour réaliser l'ordre international, il faut un élément moral et une conception de l'humanité appuyée sur une croyance en Dieu.

Guillaume II lui-même est de ceux qui pensent qu'on n'arrivera pas à élever le niveau moral de ses sujets en dehors d'une croyance religieuse, d'une croyance aboutissant à une religion précise et positive. Beaucoup d'Allemands se montrent comme lui inquiets des défaillances morales qui se produisent même chez des hommes intelligents, instniits, occupant de hautes situations. Ces défaillances font instinctivement penser à la page célèbre où Taine parle de la facilité avec laquelle l'huma-

(i) Sur les efforts pour r.r<^er la rfli^ion de la science, v. James- W. Lkk, Tht Religion oj science. New-V'ork, iqij.

nité, privée de la grande paire d'ailes que lui fournit le christianisme, retombe dans l'égoïsme. Et l'observation prouve qu'il est difficile, en dehors de toute confession religieuse, d'obtenir des hommes le dévouement et le sacrifice, de maintenir dans la société la douceur et l'humanité, l'humiUté, la bonne foi et la justice, et ce n'est pas la propagande que font les socialistes pour attirer à eux la jeunesse qui fera fleurir ces vertus (i).

Il est impossible de ne pas établir un parallélisme entre les progrès de l'indifférence ou de l'athéisme et ceux de la criminalité ou de l'immoralité. Les statistiques ont ici une triste éloquence.

Si la criminalité grandit, ce n'est pas la misère qui explique ses progrès. Elle n'augmente au contraire que dans les régions où le bien-être s'est développé {2).

Ce n'est pas précisément le nombre des crimes

(i) V. un article de V A ssociation catholique, 15 juin 1912, p. 552, et \n brochure de J. Kippkr, Die sozialistische Jugend bewegung in Deulschland. (Miinchen-GIadbach, 1912.) Le programme pour lequel on cherche ii enthousiasmer la jeunesse n'est pas seulement un programme de révolution sociale, c'est aussi un programme de révolution morale et religieuse. Cf. la brochure : Der KampI der Parteien tim die Jugend. Berlin, Liebmann, iqi2. V. sur le problème de V Education morale le compte rendu du congrès de la Haye, donné par M. Mouiet dans la Revue du 15 novembre 1912, p. 187.

(2) Les statistiques nous apprennent aussi qu'il y a augmentation du nombre des crimes et délits dans l'armée : 12 919 militaires ont été condamnés, en 191 1, à des peines diverses, et il y a eu 578 cas de désertion.

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et délits en général qui augmente (i). Les statistiques qui méritent surtout de fixer l'attention sont celles qui nous renseignent sur des faits tels que prostitution, débauche, attentats contre les mœurs, divorces, avortements, suicides, sans parler des vices innommables sur lesquels les journaux se sont peut-être même trop longuement étendus (2).

Aussi bien, en ce qui concerne l'immoralité, il y a déjà longtemps qu'on a signalé dans la classe aristocratique une grande corruption. Le nombre des scandales y est considérable. La vie bourgeoise n'a pas été à l'abri de cette décomposition morale, mais depuis quelques années la situation a empiré. J 'ai recueilli à ce sujet des déclarations significatives.

C'est surtout dans les régions protestantes de l'Allemagne du Nord qu'on m'a dépeint la situation sous de sombres couleurs. Plusieurs pasteurs protestants m'ont parlé avec tristesse de l'état moral des populations rurales au milieu desquelles ils vivent, en m'avouant que leurs prédications étaient absolument inefiicaces.

Sur certains domaines, comme dans beaucoup

(i) V. ci-aprùs Appendice I. On trouvera d'utiles indications dans le Worterbuch der l'olkswirtlischa/t, aux mots Kriminalstatistik et Moralstatistik, vt dans li; Handwôrterbuch der Staotswissenscha/ten, au mot Kriminahlutistik, t. VI, p. 246.

(2) Sur 100 000 habitants, dans le royaume de Prusse, la moyenne des divorces a, pendant la pt-riode quinquennale X902-I907, passé de 17,7 à 20,8 ; «•elIt- des suicides, de 20 ù 30,7. (Statittik d€t deutschen Heiches, t. 228 (igio), p. 2.)

d'usines, la prostitution existe, paraît-il, à l'état d'habitude. Les rapports présentés aux congrès de l'association pour le maintien des bonnes mœurs en Allemagne renferment des détails navrants. Il convient seulement de reconnaître que les populations d'une partie de l'Allemagne sont encore grossières. Le sens de la moralité et même le sentiment de la pudeur sont moins développés que chez nous.

Cet abaissement du niveau moral est en rapport étroit avec le développement d'une littérature abominable (on l'appelle Schundliteratur) , contre laquelle il ne semble pas, à juger par ce qu'on vend dans la plupart des librairies allemandes, qu'on réagisse avec beaucoup d'énergie (i).

Le mal que font les mauvais livres est accru par celui que font certains théâtres et un grand nombre d'exhibitions immorales, que la police ne réussit pas toujours à empêcher (2).

Les transformations économiques de l'Allemagne ont eu au point de vue moral de graves inconvénients. Elles ont profondément affaibli la vie de famille, surtout ce sentiment de la cohésion famiUale

(i) V. la revue Die Hochwacht, Organ der ZentralsteUe zur Bekdmpfung der Schundliteratur.

(2) On trouvera quelques réflexions curieuses à ce sujet dans le livre fameux de Bebel, Die Frau und der Sozialismus, p. 180- 211. Les cinématographes eux-mêmes (ils pullulent en Allemagne) contribuent à cette œuvre de démoralisation. V. Katholisch-sozialpolitische Korrespondenz, 5 octobre 1912, p. 308

{Familienzusammenhôrigkeit) dont les Allemands pouvaient jadis parler avec une certaine fierté. Comment pourrait-il se maintenir intact dans ces agglomérations malsaines, où père, mère, enfants travaillent chacun de leur côté, ne mangeant même pas toujours aux mêmes heures, se retrouvant à peine le soir un instant. Là surtout où la femme est éloignée pendant de longues heures du domicile conjugal, le foyer domestique n'existe pour ainsi dire plus (i). Tout cela contribue à accroître le sentiment de malaise dont parlait naguère Adolf Weber en comparant les familles d'autrefois, telles qu'elles nous ont été représentées par Ludwig Richter ou Daniel Chodowiecki, avec les familles d'ouvriers actuelles (2). Schiller pouvait, disait-il, célébrer les sentiments de joie et d'union qui animaient les habitants des villes d'alors. Il ne le pourrait plus aujourd'hui. Les liens familiaux se relâchent de plus on plus. Le foyer domestique, en Allemagne, a beaucoup

(i) J'ai pu maintes fois constater que l'évolution industrielle de l'Allemagne a amenai des modifications profondes dans les idées et les mœurs des classes ouvrières L'enthousiasme avec lecpiel ellt.'S ont accueilli les doctrines socialistes, a vraiment créé un état d'àme nouveau. On a montré au congrès catholique d'Aix-la-Chapelh- (août 1912) combien était devenue difficile la lutte contre l'inunoralité. La propagande néo-malthusienne a fortement pénétré depuis quelques années dans les milieux ouvriers. Le sentiment de la « prudence procréatrice » s'est accentué dans des milieux où jadis il n'existait pas.

(2) Die moderne Grossstadt als soziales und kullurelUs Problem. dans SotiaU Kullur, 1906, p. 6.

perdu de son attrait. On n'en apprécie plus autant les joies paisibles et saines. On se plaît au dehors. On substitue à l'esprit de solidarité, né du sang, des appétits nouveaux et un certain dédain pour les habitudes ancestrales.

L'évêque Von Keppler faisait la même remarque en montrant à quel point l'excitation des besoins égalitaires, le développement des sentiments anti religieux et antisociaux, a détruit la joie dans le cœur des ouvriers (i). La civilisation moderne, dit de son côté Rodolphe Eucken {2), sans la foi religieuse est insuffisante : nous pouvons chaque jour en faire la remarque.

C'est à la question du niveau général de la moralité que doit être rattaché un autre problème qui commence à préoccuper nos voisins : je veux parler du problème de la diminution des naissances, car il est encore prématuré de parler de dépopulation.

Les statistiques réunies par notre consul de Dusseldorf (3) montrent qu'il y a en Allemagne également une diminution sensible de la natalité,

(i) Mekr Freude, 1909, p. 5 et 24.

(2) Der Zweck und Wert des Lebens, p. 67. — Cf. Foerster, Christentum und Klassenkampf, p. 247. G. Simmel, dans ses Mélanges de philosophie relativiste (Alcan, 191 2), après avoir insisté sur la nécessité pour l'homme de vivre religieusement, essaye de mettre en lumière l'utilité d'une religion débarrassée des dogmes, mais fidèle à l'esprit du christianisme.

(3) Moniteur officiel du Commerce, 11 avril et 4 juillet 1912, p. 393 et p. II.

diminution compensée d'ailleurs, au point de vue démographique général, par un abaissement considérable de la mortalité. L'année 1906 semble avoir marqué un point culminant, à partir duquel on relève des symptômes de décadence. « L'Allemagne, ajoute M. Pingaud, ne paraît pas devoir échapper à la crise qui atteint toutes les nations qui se sont rapidement enrichies. » Il faut seulement reconnaître que les effets de cette crise seront lointains. Elle doit au chiffre de sa population comme aux restes de sa fécondité une énorme avance sur la France (i).

Constatons du moins qu'entre 1876 et 1910 le chiffre des naissances s'est progressivement abaissé de 42,6 à 30,7 pour i 000 (2). Cette diminution de la natalité s'explique essentiellement par des causes morales, beaucoup plus que par des causes physiologiques : rien ne permet de croire à un épuisement de la race. La question des logements, quoiqu'on ait beaucoup fait pour l'habitation ouvrière, a certaine-

(i) Dans la dernière période décennale (1901-101 1), la baisse de la natalité a été plus marquée eu Aliema^ue (ju'on lYauce. Dans le royaume de Saxe, qui était de tous l(>s États allemands celui qui possédait la plus forte natalité au commencement de ce siècle, le coefficient de la natalité s'est abaissé de f;\(,on ci.ntinue : de 370 en 1901 à 273 en 1910. C'est un taux de diminution de 25 pour 100. (V. le rapport de M. Lucien Manli. Journal officiel, 6 juin 1912, annexe.)

(2) L'abaissement a été moins rapide en l-rance. V. Mouvemint nii>tirapliique, ti août 1912, p. 452.

ment une influence sur la natalité (i). Mais les moralistes sont unanimes à penser que c'est surtout contre la propagande secrète et systématique du malthusianisme qu'il faut réagir. On a déjà fait entre l'Allemagne et la France d'instructives comparaisons. Bien cjue le contraste soit encore très grand entre les deux pays, on commence, en Allemagne aussi, à chercher des remèdes (2).

(i) C'est surtout au développement des agglomérations ouvrières qu'on attribue l'abaissement du cbiffre des naissances. Les statistiques de la dernière période quinquennale montrent que non seulement la fécondité des mariages, mais leur fréquence y est depuis 1906 en constante dégression. Le même phénomène a été observé aux États-Unis.

(2) Nous signalerons notamment l'article de M. J. Wolf paru dans le journal Dcr Tag (27 juin) et celui de M. Steinmann-Bucher, Die Bevôlkerungsf rage, paru dans le Deutsche Industrie-Zeilung (6 juillet, p. 461). Si la population de l'Allemagne, dit ce dernier, augmentait trop rapidement, ce serait peut-être encore plus fâcheux ! Si le coefficient des naissances s'est abaissé (depuis cinq ans surtout), nous devons constater d'autre part que le chiffre brut des mariages tend plutôt à monter qu'à descendre (288507 mariages en 1901, 321 158 en 1910). Il se forme donc toujours autant de ménages, seulement ils sont moins féconds. La raréfaction des naissances est particulièrement sensible dans les grands centres. Diisseldorf est caractéristique à cet égard : depuis quatorze ans, le coefficient de natalité a diminué d'un tiers ; il décroît régulièrement, depuis 1907, de 2 pour 100 par an. Mais il ne faut pas oublier que la mortalité infantile a beaucoup diminué (depuis 1871 elle s'est abaissée de 10,7 pour i 000 à 5,3). Voir aussi W. Bôh- MERT, Der Geburtenrilckgang {Die Mille, 17 octobre 1912, p. 663), et Preussiche Jahrbûcher, octobre 1912, p. 146. M. Rafifalovich (les Naissances et les Décès en Allemagne, Économiste français, 3 août 1912, p. 163) fait observer qu'une stabilité relative dans l'augmentation annuelle laisse encore aux Allemands une avance considérable sur d'autres nations moins favorisées.

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