‹ Les embarras de l'AllemagneChapitre 16 sur 20 · PROGRÈS DE LA CRIMINALITÉ · texte numérisé non relu

PROGRÈS DE LA CRIMINALITÉ

Au double point de vue théorique et pratique, les divers problèmes qui se rattachent à la criminalité préoccupent vivement les Allemands. Ces problèmes ont un côté psychologique en même temps qu'un côté moral et social sur lequel nous ne pouvons insister, mais il ne sera pas inutile de reproduire les statistiques qui nous renseignent sur le nombre (le crimes et délits contre les lois qui ont été commis depuis quelques années.

Nombre total Sur loo ooo Années. des infractions, personnes.

fr

On voit que le nombre total des infractions, si l'on tient compte des accroissements de la population, n'augmente pas. Les comparaisons qu'on peut instituer entre l'Allemagne et d'autres pays sont par suite assez satisfaisantes. Mais si l'on pénètre dans le détail, il faut faire bien des réserves. Ainsi le nombre des crimes ou délits contre les personnes et les propriétés a diminué. La diminution est particulièrement sensible en ce qui concerne les incendiaires. Et cela résulte d'un adoucissement général des mœurs et d'une organisation remarquable de la police. Mais le nombre des crimes contre les mœurs (dans le sens le plus large de ce mot) est en progrès, et il est certain, c'est l'avis unanime de ceux qui ont étudié ce problème, que le nombre d'actes malhonnêtes échappant à toute statistique grandit, de même qu'il est hors de doute que les scandales autour desquels on a fait à plusieurs reprises tant de bruit révèlent dans la classe aristocratique et même dans la bourgeoisie une profonde corruption. De 1882 à 1907, le chiffre des condamnations pour actes immoraux s'est élevé de 2 918 à 5 413 ; le chiffre des condamnations pour faux est passé de 2 899 à 5 962 ; celui des condamnations pour escroqueries (ou malversations) de 14 577 à 23 670 (i). 11 y a également progrès de la criminalité dans la jeunesse. On a signalé, en Allemagne comme en France, une sorte de forfanterie dans le vice qui n'est pas de bon augure pour l'avenir (2). Et il faut

(1) J'ai déjà signalé, dans mon livre l'Essor industriel et commercial du peuple allemand, 3" édition, p. vin, les progrès de la critniualité dans les régions iiulustricllos, en m'inspirant de deux arti<:lc3 encore utiles h eonsiiltcr.

(.;) Paul KiiUNK {Kritninalitàt und sittliches Verhalten der Jugendlichen, léna 1910) insiste sur les progrès de la criminalité parmi les jeunes gens. Il les rattache à des causes sociales

tenir compte de ce fait que beaucoup de jeunes gens sont confinés dans des maisons de réforme ou des écoles, et ne figurent pas dans les statistiques, ou sont même rendus temporairement incapables de délits.

et principalement à la désorganisation d'un grand nombre de familles, à la diminution du « respect », à l'esprit d'indépendance intellectuelle et morale de la jeunesse.

La Norddeutsche Allgemeine Zeitung du 30 mai, n" 124, a de son côté mis en lumière les progrès de la criminalité juvénile, sur laquelle M. Eugène de Balogh, dans son livre sur les Mi' neurs et le droit pénal, et dans un récent article de la Revue de Hongrie, 15 avril 1912, p. 241, donne aussi quelques détails. I-lle s'explique, dit-il, « par la manière de vivTe actuelle, égoïste, sensuelle et vicieuse ». On a fait remarquer la progression du nombre des suicides. Ils ont passé de 4 689 en 1878, à 8 179 en 1910 (dont 196 dans l'armée et 17 dans la marine). Et dansées chiffres ne sont pas compris les suicides d'enfants, dont le nombre a beaucoup augmenté depuis quelques années. Cf. un article de la Soziale Praxis, 4 juillet 1912, p. 262, et les livres remarquables de W. Forster, Sckiild und Sûhne; et de Hans W. Grulhe, Die Ursachcn der jugendlichen Verwahrlosung und Kriminalilât. Berlin, 191 2. Signalons à ceux qui étudient cette grave question de la criminalité juvénile plusieurs articles suggestifs de la Revue pénitentiaire, 1895, p. 436 et 441 ; 1902, p. 322 ; 1903, p. 772 ; 1904, p. 158 ; 1908, p. 494 ; 1910, p. 277. Les enquêtes faites en .Allemagne par ceux qui se sont occupés de l'organisation des tribunaux pour enfants ont mis en lumière les progrès de la criminalité juvénile et ceux, non moins affligeants, de la récidive. Les progrès de la prostitution dans les grandes villes ne sont pas moins inquiétants. V. Neher, Die geheim und ôffentliche. Prostitution in Stuttgart, Karlsruhe und Mûnchen, 1912. Cf. sur les lectures des étudiants allemands les indications données par M. Gaston Choisy, Correspondant du 10 septembre 1912, p. 892-904, et sur les préoccupations que fait naître l'esprit qui règne dans la jeunesse, la revue Soziale Kultur, octobre 1912, p. 553-572, et 600-610.

Page 1