CHAPITRE IV
Sur les difficultés politiques viennent se greffer beaucoup de difficultés économiques et sociales. Bien que l'Allemagne profite largement de la « reprise » d'activité qui est générale dans le monde, l'organisation industrielle provoque quelques plaintes. Si les Allemands ont tiré bon parti de la « concentration » qui a favorisé la constitution de leurs entreprises, s'ils sont justement fiers de leurs cartells qui leur ont rendu de grands services, il n'est pas douteux qu'ils ont beaucoup souffert des « crises » qui les ont périodiquement éprouvés. L'importance des capitaux fixes qu'ils ont immobilisés les a prodigieusement gênés (i).
Ce sont d'abord les petits industriels et les artisans qui se plaignent. Les métiers, pour des raisons que nous ne pouvons examiner ici, ne pjirviennent pas à sortir d'un état de malaise qu'il est très difficile de combattre.
(i) Stahl und Eisen, i6 et 30 mai 1912, p. 841 et O"",
Il y en aurait long à dire sur leurs récriminations et leurs doléances. On avait fondé beaucoup d'espérances sur les « chambres de métier ». Elles ne rendent pas tous les services qu'on attendait d'elles (i). Les artisans se plaignent amèrement de la difficulté qu'ils ont à lutter, s'ils n'ont pas de capitaux, contre ceux qui en ont à leur disposition. C'est une des raisons qui ont déterminé bon nombre d'entre eux à voter pour les socialistes et à s'associer à leurs attaques contre « l'organisation capitaliste » actuelle.
La classe des artisans se recrute d'ailleurs de plus en plus dans des milieux qui, sauf d'honorables exceptions, sont très modestes, dans des milieux où la culture générale est peu développée. Ils sont aigris de ne pas obtenir dans la société « le degré de considération correspondant à leur importance, encore considérable, dans la vie économique de la nation, non moins qu'à leur glorieux passé (2) «.
Très vives aussi les plaintes du petit commerce. En dépit de tout ce qu'on a fait pour paralyser l'essor des grands magasins, il y a des catégories nombreuses de détaillants, de gens dont l'impor-
(i) V. le compte rendu du congrès des Handun-rks-und Gnccrhekammcr, qui s'est tenii au mois d'août ;\ Wur/lnirg, daiis JalirbUchrr /tir Nalionahrkonnmif, novembre \i)\2, t. XI. IV, p. 67 ^
(2) Rapport de M. H. Purpus, syndic de la Chambre dea métiers de Souabc, au XIX* Congrès de la Société d'Économie •ocialc (1910).
tance au point de vue social est d'ailleurs plus grande que l'utilité au point de vue économique, qui sont dans une situation difficile. Et les difficultés dont se plaignent les petits commerçants sont d'autant plus graves qu'elles ne sont pas seulement la conséquence de la puissante organisation des grands magasins ou des établissements à succursales multiples qui se développent en Allemagne comme en France ; elles sont aussi la résultante de tout l'organisme social actuel et spécialement des progrès étonnants qu'ont faits les moyens de transport (i).
Il ne faut pas s'imaginer au surplus que tout marche à souhait pour ceux qui, aux yeux des classes moyennes, sont les principaux bénéficiaires des transformations économiques contemporaines.
« Le commerce, écrivait récemment M. de Mendelssohn, consul général honoraire de Belgique à Berlin (2), s'acharne à rattraper le plus vite possible les pertes qu'il a subies, et recourt, dans ce but, à des procédés qui ne font souvent que rendre sa situation plus difficile. »
La concentration, qu'on représente volontiers comme la conséquence d'une évolution fatale, ne
(i) V. sur les récriminations de la petite bourgeoisie, qui voit diminuer son indépendance et trouve l'ascension économique et sociale plus diflBcile que jamais, Heinrich Pudor, Zur Sozialpo* litik des Mittelstandes. Leipzig, 1910-1911.
(2) Recueil consulaire, t. CLIX {1912), p. 9.
s'effectue pas sans provoquer quelques mécontentements et même de réelles souffrances. Elle conduit d'abord forcément à l'absorption d'un certain nombre d'usines moins importantes. Et ces établissements ne trouvent pas toujours leur profit à se laisser manger (i).
Les cartells n'ont pas eu au surplus une influence pondératrice aussi marquée qu'on l'avait espéré. On a pu soutenir qu'ils avaient plutôt accentué le mal (2). Ils n'ont pas toujours réussi à maintenir
(i) Cari GoLDSCHMiDT, Ueber die Konzenfration im Dcutschen Kohlenbergbau. Karlsruhe, 1912. A propos de la discussion du budget de l'Intérieur au Reichstag, le ministre Delbriick a fait des déclarations significatives. « Il n'est pas impossible, a-t-il dit, que nous soyons amenés peu à peu à transformer les monopoles privés en monopoles d'État, mais actuellement nous ne sommes pas en état de le faire. Un monopole pour le charbon peut assurer la stabilité de notre vie économique, tandis que la loi sur la potasse a déçu mes prévisions. On peut ne pas approuver la politique du syndicat des houilles ou du syndicat des aciéries, il faut reconnaître cependant qu'ils constituent une partie de notre organisme économique que l'on ne peut supprimer purement et simplement. Je considère que le fisc prussien a agi sagement par son adhésion au syndicat des charbons, car cela lui permettra de concourir utilement à sa transformation 11 est du devoir de l'État d'adhérer à un syndicat qui lui apparaît comme rationnel, quand même cela amènerait une augmentation des pri.x.
(a) Il est du moins permis de trouver fâcheuse la conduite de certains cartells (nous voulons parler du syndicat rhénanwcstphalien), qui font des conditions particulièrement douces à l'État prussien, lequel ne contribue que dans une faible mesure aux Irais du cartells. On a calculé que la liausse qui fut décidée le 32 janvier 191 2 a imposé à l'industrie allemande une surcharge de 16 millions de marks. (V. Rai talovicii, le Marché fittancUr, 1912, t. XXI, p. 164.)
le cours des produits manufacturés. En voulant fabriquer en pleine crise comme dans les périodes prospères, ils ont accentué la surproduction.
On ne peut pas dire qu'ils fassent preuve d'une solidité à toute épreuve (i).
Le syndicat rhénan subit la concurrence des charbons anglais et belges, et l'industrie de la potasse, qui, depuis deux ans, a été l'objet d'une sollicitude toute spéciale, est loin de donner les bénéfices qu'on espérait. La répartition qui a été faite en novembre 1911 par la V erteilungstelle pour cinq ans, a provoqué beaucoup de mécontentements. On a fondé tant d'entreprises nouvelles, qu'il est impossible de croire qu'on pourra écouler toute la production dans des conditions rémunératrices. La « fièvre de la potasse » a même déclassé un certain nombre de titres.
La question des cartells, qui tient une si grande place en Allemagne, touche à des problèmes complexes, propres à amener beaucoup de difficultés entre des catégories d'industriels dont les intérêts ne sont pas les mêmes (2). Il suffit, pour donner une
(i) V. sur le syndicat de l'acier la Deutsche IndustrieZeitung, II mai 1912, p. 330. M. S. Tschiersky {Die Organisation der industriellen Interessen in Deutschland) a montré combien il y avait encore à faire pour faire sortir l'industrie de la demianarchie dans laquelle elle se trouve toujours.
(2) V. un article de la Coopération des idées, i" mai 191 2. p. 199. Le développement intérieur des syndicats allemands est gène à la fuis par la concurrence des Outsiders, par les agisse-
idée des discussions qu'elle provoque, de dire un mot des luttes qui se sont récemment engagées entre les différentes sociétés minières. Parmi ces sociétés, les unes produisent meilleur marché grâce à la constitution géologique du terrain, à de plus grandes facilités pour l'écoulement de leurs produits et à des moyens industriels plus pratiques. Il n'est pas facile de concilier tous les intérêts qui se trouvent en présence. Il n'est même pas facile de tenir compte du contre-coup de ce simple fait qu'il y a plusieurs sortes de qualités de charbon. Nous pouvons citer à titre d'exemple la question du canal de la Moselle, qui a déchaîné de véritables conflits d'intérêts. La principale cause de ces diflfîcultés a été fort bien indiquée par M. F. Sauvaire- Jourdan (i). « En Lorraine, fabrication de fonte avec le minerai local et le coke venant de la Ruhr. En Westphalie, fabrication d'acier et de produits ouvres avec la fonte achetée en Lorraine, o La situation est maintenant la suivante : la Lorraine
ments de l'État prussien, et par les efforts des établissements mixtes. (V. Raffalovich, U Marché financier, 1912, t. XXI,
(i) Revue politique et parlementaire, août 191 1. On pourra consulter à ce sujet les brochures publiées sous la direction de M. Alexandre Tille par la librairie Schmidtke à Saarbriicken. V. aussi l'étude de M. Sciiuhmachkr, Die wcstdeutsche Eisenindustrie und die Moselkanalisierung. Leipzi);, 1910, p. 153, in-8" (forme le tome II de l'ouvrage Moselland und westdeutsch» Eisenindu strie).
a le minerai, la région rhénane- westphalienne la houille. Faut-il que l'industrie métallurgique se transporte là où se trouve la houille? Faut-il qu'elle reste là où est le fer? Il semble, au premier abord, qu'il est plus avantageux de faire venir le coke que d'envoyer le minerai, mais il faut observer que les tarifs de transport ne tiennent pas seulement compte du poids, ils s'occupent aussi du volume et de la valeur des marchandises. Et, au point de vue économique général, il faut se préoccuper aussi des conditions dans lesquelles les industriels lorrains sont obligés d'acheter leur coke, et de la situation défavorable dans laquelle ils se trouvent par rapport à la Prusse rhénane pour l'écoulement de leurs produits.
Pour leurs achats de coke, ils sont obUgés de s'adresser au cartell rhénan-westphalien et sont dans une situation tout autre que les métallurgistes de la vallée de la Ruhr, qui, étant presque tous propriétaires de mines de charbon, n'ont pas à acheter leur coke et ne doivent pas subir les prix que le syndicat impose aux métallurgistes lorrains. Les métallurgistes devenus propriétaires de mines de houille ayant pris dans le syndicat houiller une situation privilégiée font aux industriels lorrains des conditions très onéreuses pour eux. Et ceux-ci n'ont d'autres ressources que de souhaiter la désagrégation du Kohlensyndikat, qui doit prendre
go LES EMBARRAS DE L'ALLEMAGNE
fin en 1915, désagrégation que les discussions existant entre les adhérents ne rendent pas improbable (i). Le professeur Schumacher et après lui M. Sauvaire-Jourdan ont très bien mis en relief les difficultés de la situation et spécialement la crise subie par la Lorraine annexée, qui se trouve dans une moins bonne situation que notre Lorraine française.
Il y aurait beaucoup à dire aussi sur l'industrie textile qui a subi une véritable crise, due en partie à une énorme surproduction. Les difficultés entre tisseurs et filateurs ont eu, dans le royaume de Saxe en particulier et aussi dans la région rhénane, de douloureux échos.
Les fluctuations du prix du coton en 19 11 ont défavorablement influencé toutes les sociétés allemandes de filature et de tissage. La baisse des prix survenue par suite de l'abondance de la récolte aux États-Unis a obligé la plupart des sociétés à inscrire à leur bilan des amortissements considérables pour dépréciation. On craint que le mouvement d'achat qui a été considérable depuis quelques
(i) Beaucoup d'industriels ne voient pas sans crainte que l'État prussien, qui est, lui aussi, un grand industriel, se met eu opposition avec le capitalisme national, et cherche ù conquérir une KFi'n'^fi influence sur les mines de la l'russe rhénane et de la Westphalie. Le souvenir des efforts qu'il a faits en 1904 pour escamoter la concession Hibernia est encore présent ù tous les esprits.
mois ne soit suivi d'une réaction. Pour une industrie qui importe pour plus de 600 millions de marks de matières premières, l'élévation des prix a une importance considérable.
Un autre phénomène se produit depuis quelques années qui provoque, lui aussi, quelques inquiétudes, c'est le phénomène d'intégration, qui a pour but de solidariser les diverses branches du travail industriel, depuis l'extraction de la matière brute jusqu'à la livraison de la marchandise à l'acheteur. On voit fréquemment aujourd'hui une grande aciérie s'adjoindre une mine de fer, une mine de houille, des hauts fourneaux et des laminoirs. C'est une nouvelle synthèse des tendances actuelles de la production dans le but de la mieux adapter aux besoins de l'humanité.
Cette forme nouvelle de l'exploitation industrielle n'atteint pas immédiatement la perfection ; il y a bien des à-coups (i). J'ai constaté surtout qu'elle effraye beaucoup l'ouvrier. Il lui semble qu'il va être plus que jamais placé dans une dépendance étroite de la besogne qu'il est obUgé de faire ; il sera plus que jamais un rouage minuscule, un accessoire du capital, une partie infime d'un mécanisme gigan-
(i) Quelques-unes des craintes qu'inspire l'évolution actuelle ont eu un écho au congrès du Centralverband der deutschen IndusIricUen qui s'est réuni les 22-24 m^i 1912. V. Deutsche InUuilrie-Zeitung, S juiu 19x3, p. 396.
tesque, dont il lui sera même impossible de comprendre le fonctionnement.
Il est convaincu que les transformations de l'industrie ont pour but de permettre à ceux qui dirigent l'usine dans laquelle il travaille d'augmenter leurs bénéfices. Il se croit plus que jamais « livré à la cupidité d'une concurrence effrénée ». Il s'imagine en outre que les bénéfices des patrons qui l'emploient sont plus considérables qu'ils ne le sont en réalité (i). Ses doléances sont d'autant plus inquiétantes qu'il ne se rend guère compte des difficultés avec lesquelles ceux-ci sont aux prises. Ces difficultés semblent pourtant assez graves. La meilleure preuve, c'est qu|on a beaucoup de peine aujourd'hui en Allemagne à renouveler les cartells et à réglementer la production. On se plaint amèrement des conséquences auxquelles aboutissent les luttes que certains cartells ont engagées les uns contre les autres, luttes qui d'ailleurs échappent à la connaissance du public (2).
(1) R. LiEFMANN {Die Unternehmungsformen. Stuttgart, 191 2) montre les abus des entreprises privées et croit que, pour ce motif, l'intervention de l'État ira en grandissant. — Cf. sur l'effort des syndicats pour s'attribuer un monopole, Der Arbeitgcber, i*r juin 1912, p. 161. C'est ainsi que les dix plus grandes sociétés houillères ont livré en 1910-1911 plus de 60 pour 100 de toute la production de l'Allemagne en charbon.
(2) V. R. LiEFMANN, KarUlle und Trusts, 3° édit., 1912, et la revue Kartcll- Rundschau, passim. Il a fallu négocier bien longtemps pour arriver ù un rcnouvclleuicnt partiel du syndicat do l'acier (Sfmjilwerksverband). L'eatente n'a été établie que
La question des cartells est intimement liée aux questions de politique commerciale. Voilà encore des questions qui préoccupent vivement un grand nombre de personnes. Le régime actuel doit prendre fin le 31 décembre 1917. On se demande quelles modifications il conviendra de lui faire subir, car il sera certainement modifié. On a déjà commencé à réunir les statistiques qui devront servir de base à de nouvelles discussions. La plupart des radicaux se montrent favorables à des diminutions de tarifs sur les produits alimentaires. Mais pourront-ils triompher de l'opposition des conservateurs et de la plupart des nationaux libéraux, soutenus probablement par le centre (i) ?
On peut, dès maintenant, pressentir qu'on entrera plus nettement encore dans la voie des spécialisations et qu'on cherchera à frapper encore davantage les articles de luxe. Il est difficile de croire à un revirement de l'Allemagne au point de vue douanier dans un sens plus libéral. En considérant les difficultés qu'il éprouve à pénétrer sur les marchés lointains et à trouver de nouveaux débouchés, le gouvernement impérial cherchera à défendre
pour cinq ans, elle a été restreinte aux produits A. Stahl und Eisen, 9 mai 1912, p. 769. Cf. Eisner, Die Syndizierung der Roheisenindustrie. {Kartell-Rundschau, déc. 191 1, p. 923.)
(i) V. les déclarations de M. Schweighoffer, secrétaire général du Centralverband der deuischen Industriellen. {Deutsche Industrie-Zeitiing, 25 mai 1912, p. 363.)
de plus en plus énergiquement son marché intérieur, et sa tâche sera facilitée par la poussée de nationalisme qui est si sensible en ce moment (i). Il n'en est pas moins certain que, si l'essor économique de l'Allemagne a exalté au sein de la nation les facultés de travail et que si l'Allemagne, comme le disait dernièrement M. de Gwinner, directeur de la Deutsche Bank, est devenue « un pays d'entreprises », l'évolution qui s'y est produite offre certains dangers. Plus intimement mêlée qu'autrefois au commerce du monde, l'Allemagne s'est placée dans une dépendance très étroite de l'étranger. Il y a maintenant entre sa production et les conditions du marché mondial un rapport de cause à effet qui peut aisément devenir une gêne. Un léger relèvement sur des tarifs douaniers étrangers peut rendre brusquement nécessaires des chômages ou des réductions de salaires. Elle peut même entraîner la ruine de quelques fabriques. La politique économique des pays étrangers étant orientée dans le sens de la protection, l'Allemagne est très gênée pour son commerce extérieur (2). Le réveil économique de plusieurs nations étrangères aggrave en outre les conditions de la concurrence. En vendant aux
(1) V. ci-aprôs, Appendice IV.
(a) V. la rt'vuo Kxport, 25 juillet, 8 et 29 août 1912, p. 489, 321, 361.
pays neufs l'outillage nécessaire pour leur permettre de confectionner un grand nombre d'objets, l'Allemagne leur a appris à se passer d'elle.
M. André Sayous estime aussi que l'Allemagne n'a pas encore su organiser, aussi bien qu'on le dit parfois, son commerce à travers le monde. Elle jette ses marchandises sur les pays lointains plus qu'elle ne les y place méthodiquement (i). Cela vient surtout de ce que ce sont les industriels euxmêmes qui ont voulu chercher les débouchés en se faisant même parfois une fâcheuse concurrence. Il faut une certaine division du travail, il faut faire appel plus largement à la compétence des « commerçants ».
Les Allemands ont été un peu grisés par certains succès. Ils ont étendu leurs entreprises « sans rechercher assez attentivement s'ils trouveraient pour leurs marchandises des débouchés suffisants ». Et l'industrie allemande a eu aussi une confiance exagérée dans le concours que les banques pouvaient lui prêter. La voie dans laquelle l'Allemagne s'est engagée, conclut M. Sayous, « est trop dangereuse pour qu'un coup ne se produise pas quelque jour et n'ait pas alors de graves conséquences ».
L'étude des questions douanières et des problèmes de politique commerciale est particulière-
(i) V. Vln/ormation du 4 septembre 1912.
ment propre à faire sentir que le nouvel Empire n'a pas encore trouvé son équilibre. On n'est même pas encore fixé sur la question de savoir dans quelle mesure il doit rester un pays agricole, dans quelle mesure il doit devenir un pays industriel. Dans une brochure intitulée Agrarsiaat und Industriestaat, le célèbre professeur Adolphe Wagner écrivait, il y a quelques années : « Le progrès de l'industrie ne doit être, en définitive, regardé comme satisfaisant que dans la mesure où il n'étouffe pas l'agriculture. La classe agricole est un élément essentiel des nations européennes, un élément qu'il faut conserver même au prix de certains sacrifices... Il faut maintenir entre l'agriculture et l'industrie un équilibre convenable. » Cet équilibre, chacun l'organise à sa façon, mais on est bien obligé d'avouer que l'industrialisation à outrance de l'Allemagne a eu pour elle de gros inconvénients et l'expose à de sérieux dangers (i).
Que de choses il y aurait à dire aussi sur les grèves qui troublent parfois d'une façon si grave certaines branches de l'industrie nationale (2) !
(i) On pourra consulter, sur les danfiors auxquels l'Allemagne est exposée par suite de l'orientation donn^>o à sa politi(ine économique, les judicieuses remarques de M. WyRtxlziiiski. WandlimRen der dentschcn Volkswirthschaft im 19. Jahrhundcrt, 1912, p. 167 et suiv.
(2) V. la curieuse brochure de Karl Nôtzel, Der Generalstrtik als soMialâs Kamp/mittel. MUnich-Leip/.ig, 1912. C'est toujours vers la grève qu'on cherche à orienter les syndicats. Les
Le nombre des conflits a augmenté en 1911 de 453 par rapport à 1910. On est arrivé au total de 2 566 grèves (dont 2 391 ont été des grèves offensives). Elles ont atteint 217 809 ouvriers (i).
Et aux grèves correspondent un grand nombre de lock-outs. Il n'y en a pas eu, en 191 1, moins de 232 affectant 1 933 établissements où travaillaient 300 953 ouvriers (2).
syndiqués, heureusement, ne sont pas complètement d'accord à cet égard. V. Der Arbeitgeber, 15 janvier 1912, p. 13 : Gewerkschaftler untereinander.
(i) Streiks und Ausperrungen. Berlin (Puttkammer), 1912. Publication de l'office impérial de statistique. V. aussi les statistiques données par la Deutsche Industrie-Zeilung et la revue Der Arbeitgeber. — Cf. sur les difficultés en présence desquelles se trouve l'industrie minière et sur la contrariété que cause à l'Allemagne l'insuffisance de ses raines de fer, Deutsche Industrie-Zeitung, 26 octobre 1912, p. 737 et 741, et 30 novembre, p. 828.
(2) Le sabotage n'est pas non plus inconnu en Allemagne. V. le Génie civil du 28 septembre 1912, p. 450.