CHARLES VI
Nous extrayons d'un volume de M. T. P. Bertin (3) les lignes suivantes :
« Les marges des manuscrits enluminés contiennent parfois d'ingénieuses caricatures ou des allégories satiriques sur les moines, je me rappelle d'en avoir remarqué deux dans l'une des Chroniques de Froissart. La première est un loup déguisé sous le froc et le capuchon d'un moine, étendant sa griffe pour donner sa bénédiction à un coq qui incline très humblement sa tète... Il est probable que la figure du coq fait allusion aux Français nos voisins. (*) »
(1) De Bouille. Les Drapeaux français.
(2) Un fait analogue se produisit en 1596 lors du siège de Calais. (Voir gravure page ; ! .
(3) T.-P. Bertin. Curiosités de la Littérature, page 151. Paris 1809.
(4) Traduction de l'anglais.
70 LE COQ G u LOIS
La Renaissance
La survivance du coq gaulois donl qous venons de signaler quelques indices, va se préciser pendanl la Renaissance. Partoul ou la langue latine devienl d'usage littéraire el scienti tique, c'est-à-dire aussi bien en France que dans toutes les nations civilisées, le nom et aussi l'image du coq sonl de plus en plus employés pour personnifier les Français. Cette personnification est aimable ou désobligeante selon qu'elle esl faite par nos amis ou nos ennemis; il faut remarquer qu'elle esl seule employée; nous voulons dire qu'aucun autre emblème n'est choisi pour désigner la France.
La Renaissance des lettres classiques el des arts lut le contre-coup imprévu de la prise de Constantinople par les Turcs (1453). En elïet, les savants et les artistes que proté geait l'empire grec, durent s'enfuir devant la barbarie musulmane; ils cherchèrent un refuge d'abord en Italie, puis auprès des souverains ou des grands seigneurs de l'Europe centrale. D'autre part, l'imprimerie venait d'être inventée, apportant à la pensée humaine un essor prodigieux.
On nous a signalé la présence de coqs dans des sculptures des xve et xvie siècles. L'un d'eux tiendrait dans son bec une
Heur de lis.
FRANÇOIS Ier (1515-1547)
François Ier se distingua par son faste el l'accueil bienveillant qu'il accorda aux lettrés, aux savants, aux peintres, aux sculpteurs et aux architectes qui devaient ranimer en France le goût du Beau.
Son règne eut été des plus brillants si des guerres ruineuses ne l'eussent constamment troublé.
François l r el Charles-Quinl lurent, on le sait, en lutte incessante, d'abord pour le royaume d'Espagne, puis pour l'empire d'Allemagne auxquels ils avaient d'égales prétentions. Tour à tour ils l'meni ou vainqueurs ou vaincus et les traités
Estampe allégorique relative au traité de paix conclu à Crespj entre François I"1 et Charles-Quint
LE COQ A TRAVERS L'HISTOIRE 71
plus ou moins sincères qu'ils conclurent n'eurent que peu de durée.
Une grande gravure, dont nous donnons ci-contre la réduction et qui fut faite en 1544, au moment de la paix de Crespy, représente les armoiries de Charles -Quint, arrangées de façon à offenser François Ier : L'aigle impériale tient en ses serres un coq blessé qui perd à flots du sang où se mêlent trois Heurs de lis.
Deux années plus tard, en 1546, des ambassadeurs représentaient la France au concile de Trente : P. Danès, des Ligneries, et Claude d'Urfé. Le premier prononça un discours où il s'éleva contre les atteintes portées aux privilèges du royaume de France et de l'église gallicane, il se plaignait aussi des mœurs relâchées du clergé italien. Pierre, évoque d'Orvieto, froissé de ce trait, répondit avec mépris : Gallus cantat ! (le coq chante). Danès eut alors cette répartie heureuse : Utinam ad galli cantwn Petrus resipisceret ! (plût à Dieu que Pierre en entendant le chant du coq fut venu à résipiscence !).