DE 1789 A NOS JOURS
Nous allons essayer de nous rendre compte des couleurs qui, à la veille de la Révolution Française, eurent une valeur historique, tant pour les drapeaux que pour les autres signes ofiiciels.
Plusieurs des chapitres précédents ont été arrêtés au commencement du règne de Louis XVI.
Cocardes. — La cocarde, dont nous verrons bientôt grandir l'importance, était alors blanche aux coiffures militaires ; là encore il faut dire sauf « exceptions » car c'était un honneur recherché de pouvoir s'écarter, avec l'approbation du roi. des
Cocardes des tronpes royales
règles communes. La cocarde, disons nous, était blanche pour l'infanterie, à l'exception des gardes françaises, et des gardes de la porte du roi, etc., pour lesquelles elle était noire.
La livrée royale, c'est-à-dire les couleurs préférées du souverain, depuis Henri IV (voir page 279), étaient le bleu, le blanc et le rouge associés.
Ainsi les gardes françaises, que nous venons de nommer, formaient un corps d'élite et la livrée royale ressortait nettement sur leur costume.
Mais ce qui distinguait vraiment la France, ou tout au moins le royaume de France, c'étaient les ileurs de lis dm (ou jaunes) sur fond d'azur; on les retrouve sur tout ce qui émane du roi ou de L'État, sur tout ce qui estofliciel, en un un»!, cl on ne conçoit pas pourquoi les Bourbons, dont c'étaient les armes, leur ont préféré le blanc qui, sur mer, servait déjà de pavillon à dix ou douze nations.]
De plus, nous ferons remarquer (|u<' dans les trophées si soiivc ni présentés sur les tapisseries, les gravures ou les simples coloriages de l'imagerie populaire, ou voit des drapeaux de
toutes les couleurs, mais presque jamais de blanc; e! généralement sur les faisceaux se voit l'éCUSSOD bleu fleurdelisé.
C'est par la cocarde, que les trois couleurs furent impro visées en emblème national, pendant les journées troublées de Juillet 1789.
Le roi et l'Assemblée étaient à Versailles. Trente mille hommes de troupes, comprenant les régiments Suisses h Allemands venaient d'être cantonnés au Champ de Mars et autour de Paris : un conllit était imminent.
Le 8 juillet, Mirabeau avait demandé, à la tribune de l'Assemblée nationale le retrait de ces troupes menaçantes pour la population parisienne et supplié le roi d'autoriser la levée, à Paris et à Versailles, de gardes bourgeoises sutlisantes. disait-il, pour maintenir l'ordre et la tranquillité.
Le 12, la nouvelle de l'exil de Necker et du renvoi du ministère modéré qui l'entourait excita la population.
La cocarde verte. — Un des centres d'agitation pi il i tique était alors le jardin du Palais-Royal; c'est là que Camille Desmoulins, monté sur une table, harangua violem nient la foule, poussant à la révolte armée; il arracha et mit à son chapeau comme signe de ralliement une feuille de marronnier, engageant les assistants à faire de même : (< Nouiez vous, disait-il, des cocardes vertes, couleur de l'espérance / >>
Toute la soirée du 12 Juillet on se battit, ayant au chapeau du feuillage ou des touffes de rubans verts. Les gardes françaises se joignirent aux insurgés qui, après quelques heure» de lutte, furent les maîtres de Paris.
La cocarde bleue ci rouge. — Cependant le Comitédes électeurs s'était, le soir même, emparé révolutionnairement du pouvoir;
il se réunissait le lendemain à l'Hôtel de Ville et votait la création de cette milice parisienne, refusée la veille par le roi.
L'article 10 de cet arrêté, indique comment devaient se reconnaître les nouveaux gardes :
« Comme il est nécessaire que chaque membre qui compose cette milice parisienne porte une marque distinctive, les couleurs de la Ville ont été adoptées par l'Assemblée générale; en conséquence chacun portera la cocarde bleue et rouge »
La cocarde verte n'avait duré qu'un soir.
Cocarde des insurgés (12 Juillet 1789)
Cocarde de la milice parisienne
Première cocarde tricolore
La cocarde tricolore. — Le lendemain, 14 juillet, les insurgés prenaient la Bastille et le faible roi acceptait l'institution de la milice parisienne.
Trois jours plus tard, il se rendait même de Versailles à l'Hôtel-de-Ville de Paris pour recevoir la cocarde bleue et rouge, aux acclamations du peuple triomphant.
Le roi — dit-on — avait accepté cet insigne des mains de Bailly, qui venait d*ètre nommé maire ; il le plaça lui-même sur la cocarde blanche de son chapeau, en improvisant de la sorte une nouvelle qui était tricolore.
Les cocardes, jusqu'à cette époque, étaient faites à l'aide de
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forts rubans et avaient la forme d'un nœud; ensuite, on les fabriqua en rubans spécialement plissés qui devaient former le cercle.
D'ailleurs la position qu'occupaient les couleurs sur la cocarde et leur plus ou moins de largeur furent extrêmement variables.
La création de la cocarde bleu, blanc, rouge a, aussi, été attribuée à La Fayette qui venail d'être nommé commandant général des milices. On cite même de lui ces paroles qu'il aurail prononcées à l'Hôtel-de Ville :
« Je vous apporte une cocarde qui fera le tour du monde, el une institution à la fois civique et militaire qui doil triompher des vieilles tactiques de l'Europe, et qui réduira les gouvernements arbitraires à l'alternative d'être battus s'ils ne l'imitent pas, ou
rnivci'srs s'ils osent l'imiter ».
La Fayette, imbu des idées américaines, apercevait évidemment'une monarchie constitutionnelle idéale, ou le roi règne et ne gouverne pas, ce qui étail bien le cas a ce moment. Li couleurs de l'antique royauté se mêlant à celles du peuple, symbolisaient l'union encore espérée par la majorité des citoyens, c'était en tout cas la conciliation et les cours étaient alors gonflés des intentions les plus généreuses connue en témoignent les gravures, les médailles naïves ci autres menus documents du temps (voir pages 144 et suivantes).
Malheureusement, la brutalité des foules, l'àprelé des courtisans, les passions politiques déchaînées, vinrent trop tôt dissiper les belles illusions.
Costume tricolore de la (tarde Nationale. — C'est La Fayette qui présenta à l'Hôtel- de-Ville, d'accord avec un comité militaire, le projet d'organisation des milices qu'on nomma, sur le conseil de Sieyès, Garde nationale de Paris; ce projet fut adopté. Chaque bataillon reçut une compagnie des anciennes gardes -françaises, corps d'élite qui venait d'être licencie à cause de sa participation à l'émeute.
Le costume de la Garde nationale rappela, comme couleurs surtout, celui des gardes-françaises : habit bleu de roi, à collet rouge, revers et parements blancs, culotte et veste blanches, giberne avec plaque aux armes de la Ville surmontée d'une fleur de lis, numéros de la division el du bataillon. Chapeau noir, cocarde nationale, pompon de couleur distinctive.
Ce mélange de rouge, de blanc et de bleu fonce, était, avons-nous déjà dit, considéré en France, depuis des siècles comme la « livrée royale », prenant ce mol livrée dans l'acception ancienne plus élevée que celle qui l'attribue seulement à la domesticité.
Que cet assemblage soit le fruit d'une préméditation ou le fait du hasard, le populaire n'y prit pas garde et les trois couleurs furent adoptées par toute la France avec l'enthousiasme particulier de l'époque; de la cocarde, elles s'étendirent immédiatement aux ceintures, aux écharpes, aux plumets. Chose singulière, on ne songea pas d'abord aux drapeaux de l'armée et de la marine ; ils restèrent donc sans modifications.
La couleur blanche, signe de ralliement <lrs émigrés. — Cependant la cocarde blanche devint le signe de ralliement de la contre-révolution et nous voyons le roi lui-même, désireux de répandre des idées d'apaisement et de confiance dans les institutions nouvelles, préconiser l'usage de la cocarde nationale (Proclamation du 22 mai 1790) :
Nous avons même jugé digne de notre sollicitude paternelle d'interdire jusqu'aux signes qui seraient propres à manifester des divisions et des partis.
Mû par ees considérations, et instruit qu'en divers lieux du royaume des particuliers se seraient permis de porter des cocardes différentes de la cocarde nationale que nous portons nous-même, et considérant les inconvénients qui peuvent résulter de cette diversité, nous avons cru devoir l'interdire.
En conséquence, faisons défense à tous nos fidèles sujets, et dans toute l'étendue de notre royaume, de faire usage d'aucune autre cocarde 'que la cocarde nationale.
Exhortons tous les bons citoyens à s'abstenir dans leurs discours, comme dans leurs écrits, de tous reproches ou qualifications capables d'aigrir les esprits, de fomenter la division, et de servir même de prétexte à de coupables excès.
Signé : Louis.
La couleur blanche devint néanmoins le signe de ralliement des émigrés et quand l'ordonnance du 21 octobre 1700 prescrivit que les drapeaux français porteraient une cravate tricolore au lieu de la cravate blanche qui avait été employée jusqu'alors, un grand nombre d'officiers partant pour l'armée dite de Condé conservèrent la cravate blanche du drapeau de leur régiment pour s'en confectionner des écharpes ou des brassards, telle fui, croyons-nous, l'origine de ce signe de la contre révolution.
Une gravure, donl nous donnons ci contre une esquisse,
montre le duc d'Enghien por tant un de ces brassards el tenant à la main un drapeau blanc fleurdelisé. Cette image que l'on oe peul élever à la hauteur d'un documenl es!
néanmoins curieuse ;'i citer .
L'album de M. Armand Dayol sur la Révolution Française ;i reproduit un brassard d'émigré qui existe au musée Carnavalet.
Nous connaissons encore une lithographie en couleur prove iiiint de l'ouvrage d'Alfred de Marbot el qui représente les uniformes de l'armée de Condé (Hussards Tolpach, Royal Lie geois, Légion de Mirabeau, etc.
Tous ces uniformes comportent ce même brassard blanc
fleurdelisé.
Ajoutons ([Lie les royalistes qui combattirent plus tard eD
Bretagne et en Vendée les armées de la République arborèrenl
la cocarde blanche et un drapeau blanc portanl au centre l'écu
de France avec la devise : Pro Deo et Rege.
Drapeaux de la Garde Nationale, bannières et oriflamme. — Cependant les soixante bataillons de la Carde nationale reçu rent, au fur et à mesure qu'ils s'organisaient, c'esl à-dire dans le courant des années 17s!) et IT'.M), des drapeaux curieux, tous différents et qui étaient offerts par « l'amour patriotique des 60 districts de la ville et. faubourgs de Paris »(1). La plupart de ceux-ci portaient les trois couleurs nationales ainsi disposées : la croix, comme sur les drapeaux de l'infanterie, est blanche; les cantons sont de bleu, de rouge opposé : cependant il y en a
qui ont les bandes verticales ou dv> bandes horizontales, ou
une croix rouge bordée de bleu sur fond blanc: il y en a de gironnés bleu et rouge, d'autres avec des triangles de même
(1; Ces 60 drapeaux de la Garde nationale ont été décrits et gravés [voir Bibl. Nationale. Estampes 1 I) i8). Nous en reproduisons quelques-uns ci-après.
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Drapeaux de La Garde nationale 1789
District J*fi Jtaahirc .
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District de Trevne/ donné par JB"U 'de- Touroojf.
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District JT ticro a donné par Us ttfyycns du dieoiét.
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District des Capaeins du Marais .
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| District des lapn.vts S.' S.
donné par ST* ta ducAaese de
LES DRAPE Al X
couleur; enfin celui de Saint-Louis-la-Culture (rue Saint- Antoine) est entièrement blanc ; sauf ce dernier, tous ont des devises, des trophées et surtout des fleurs de lis ; souvent celles-ci sont remplacées par des bonnets de la liberté ([ni ne sont pas rouges à cette époque.
Le coq figure sur quelques-uns de ces drapeaux (voir page 139).
Le 14 juillet 1790, lors de la grande fête de la Fédération au Champ-de-Mars, on vit figurer, en outre des soixante drapeaux de la Garde nationale dont nous venons de parler, quatrevingt-trois bannières, que la commune de Paris avait offertes aux députations départementales « en gage d'alliance et de fraternité ».
« Ces bannières (dit un journal du temps), sont simples et sans faste : un bcâton terminé par une pique, des cravates aux couleurs de la nation, un taffetas blanc sur chacun des deux côtés duquel sont peintes deux couronnes de chêne, avec cette légende au milieu de l'une, Constitution, au milieu de l'autre Confédération Nationale, a Paris, xiv juillet mdccxc. Sur chacune est écrit aussi le nom du département auquel elle appartieni . . . Les troupes de ligne suivoienl l'oriflamme dont Paris leur fait aussi présent. Les couronnes civiques qui les décorent et les mots Constitutîon et Confédération nationale, seronl à jamais la devise de ces guerriers. . . Les inscriptions de l'étendard en indiquent la destination primitive. D'un côté ou lit, au milieu d'une double couronne ces mots : Confédération nationale a Paris, i.e li juillet L790 et de l'autre côté Constitution ; au-dessous de
chaque couronne se trouvenl ces autres mots : Armée française. Cet étendard n'est donc ni un sujet religieux, ni un signe militaire ; c'est un monument de la Confédération, fondée 3ur la Constitution, laquelle est défendue par l'armée françoi
Nous ne nous serions pas occupé de cette oriflamme, qui ne fut à tout prendre qu'une bannière de hic. -i clic u'étail devenue tout-à-coup l'occasion de débats mémorables et La cause de l'extension des couleurs nationales (séances tin l'i au 30 juillet 1790).
Un décret (19 juillet) décida que les bannières des départe ments, dont il vient d'être question, seraient « transportées dans le lieu où le conseil d'administration de chaque dépar tement rendra ses séances ».
Quanta l'oriflamme elle fut, par décret également, « suspen due aux voûtes de la salle des séances de l'Assemblée nationale où elle restera à jamais et rappellera sans cesse aux Législatures suivantes, l'époque mémorable de la Constitution trançoise
Une discussion passionnée s'ouvrit sur cette question byzantine, comme il y en eut tant à cette époque : L'oriflamme devait-elle rester à l'Assemblée ou être portée chez le Roi? L'abbé Maury soutint énergiquemenl cette dernière thèse et lit, en passant, un historique abrégé, très inexact du reste, de^ drapeaux nationaux de la France. Finalement, il fut vote que l'oriflamme resterait là où elle était, c'est-à-dire à La salle des séances de l'Assemblée nationale.
Pavillons de la Marine Des actes d'insubordination
s'étaient manifestés parmi les marins de l'escadre de Brest. In des griefs des matelots était que leurs supérieurs portaient encore la cocarde blanche. M. de Menou dans la séance du 19 octobre 1790 présenta un rapport à l'Assemblée sur cetroubles graves et, quelques jours après, il déposa un projet de décret où il demanda, entre autres dispositions, que le pavillon blanc, qui jusqu'alors avait été celui de la marine française, fût changé en un pavillon aux couleurs nationales mais qui ne puisse être arboré sur l'escadre qu'au moment où les équipages seront rentrés dans la plus parfaite obéissance
FTne violente discussion fut engagée à ce sujet. Nous reproduisons ici la partie la plus saillante des débats :
M. Virieu : Ce changement tendrait à anéantir le souvenir de
de nos victoires et de DOS vertus. . .
Je propose. . . de joindre à la couleur qui fut celle du panache de Henri IV, une bande aux couleurs nationales. . . Contemplez ce drapeau suspendu aux voûtes de cette enceinte, il est blanc ; c'est devant lui que vous avez marché à la Fédération du 1 i juillet...
M. La Galissonnière : H est d'autant plus nécessaire de conserver la couleur de notre pavillon, que celui des Anglais et des Hollandais est aux trois couleurs. D'ailleurs, vous occasionneriez des dépenses considérables; il faut conserver à la marine son ancien pavillon. Je demande la question préalable sur l'article proposé.
M. Foucault: Je vous demande quels sont les départements, quels sont les militaires qui vous ont proposé de profaner ainsi la gloire et l'honneur du pavillon fiançais ; voilà la véritable cause des désordres de l'escadre; laissez à des enfants ce «nouveau hochet de trois couleurs.
M. Charles Lameth : Je demande que l'opinant soit rappelé à l'ordre, il insulte les couleurs nationales.
M. Foucault : Les préjugés sont respectables, il faut les ménager. Ne nous laissons plus amuser de frivolités, de cet amour
pour les modes (les murmures de la gauche V interrompent )
Je demande la question préalable.
A ce moment intervient le grand tribun :
Mirabeau : Aux premiers mots proférés dans cet étrange débat j'ai ressenti, je l'avoue, comme la plus grande partie de cette Assemblée, les bouillons de la furie du patriotisme jusqu'au plus violent emportement. (Il s'élève à droite des murmures que couvrent de nombreux applaudissements. L'orateur s'adresse du côté d'où parte7it ces murmures.) Messieurs, donnez-moi quelques moments d'attention, je vous jure qu'avant que j'aie cessé de parler
vous ne serez pas tentés de rire Mais j'ai bientôt réprimé ces
justes mouvements pour me livrer à une observation vraiment curieuse et qui mérite toute l'attention de l'Assemblée.
Je veux parler du genre de présomption qui a pu permettre d'oser présenter ici la question qui nous agite, et sur l'admission de laquelle il n'était pas même permis de délibérer. Tout le inonde sait quelles crises terribles ont occasionnées de coupables insultes aux couleurs nationales ; tout le monde sait quelles ont été en diverses occasions les funestes suites du mépris que quelques individus ont osé leur montrer ; tout le monde sait avec quelle félicilation mutuelle la nation entière s'est complimentée, quand le monarque a ordonné aux troupes déporter, et a porté lui-même
ces couleurs glorieuses, ce signe de ralliement de tous les enfants de la liberté, de Ions les défenseurs de h Constitution: tout le monde sail qu'il y a peu de mois, il y a peu de semaines, le téméraire qui eu1 osé montrer quelque dédain pour cette i nseigne de patriotisme, eûl payé ce crime de sa tête. (On entend de violents murmures dans la partie droite, lasalle retentit debravos et d'applaudissements.)
Et lorsque vos Comités réunis, ne se dissimulant pas les nouveaux arrêtés que peu! exiger la mesure qu'ils vous proposenl ne se dissimulant pas que le changement de pavillon, soit dans „ sa forme, soit dans les mesures secondaires qui seront indispensables pour assortir les couleurs nouvelles aux divers signaux qu'exigent les évolutions navales, méprisant, il est vrai, la futile objection de la dépense; on a objecté la dépense comme si la nation, m longtemps victime des profusions du despol isme, pouvait regretter le prix des livrées de la liberté ! Comme s'il fallait penser à la dépense des nouveaux pavillons, sans en rapprocher ce que cette consommation nouvelle versera de richesses dans le commerce des toiles et jusque dans les mains des cultivateurs du chanvre et d'une multitude d'ouvriers ; lorsque vos Comités réunis, très bien instruits que de tels détails sont de simples mesures d'adminis- I ration qui n'appartiennent pas à cette Assemblée et ne don en! pas consumer son temps; lorsque vos Comités réunis, frappés de cette touchante et remarquable invocation des couleurs nationales, présentées par des matelots, dont on fait avec tant de plaisir retentir les désordres en en taisant les véritables causes, pour peu qu'elles puissent sembler excusables; lorsque vos Comités réunis ont eu cette belle et profonde idée de donner aux matelots, comme un signe d'adoption de la patrie, comme un appel à leur dévoûment, comme une récompense à leur retour à la discipline, le pavillon national et vous proposent en conséquence une mesure qui, au fond, n'avait pas besoin d'être demandée, ni décrétée puisque le directeur du pouvoir exécutif, le chef suprême des forces de la nation, avait déjà ordonné que les trois couleurs fussent le signe national. (1)
Eh bien, parce que je ne sais quel succès d'une tactique frauduleuse dans la séance d'hier a gonflé les coeurs contrerévolutionnaires, en vingt-quatre heurt1-, en une nuit, toutes les idées sont tellement subverties, tous les principes sont tellement
(1) L'antagonisme du blanc et des couleurs nationales qui apparaît si bien dans cette séance ne lit que s'accentuer durant la Révolution et dut, plus d'un.' fois, tourner au tragique. Le déeret du 5 juillet 1792 en est une preuve; en effet, l'article 16 de ce décret prescrivit à tout homme, résidant ou voyageant en France, * 1 «• porter la cocarde nationale; toute autre cocarde était considérée comme insigne de rébellion, et tout individu qui se révélait d'un sii:ne de rébellion était puni demorL
dénaturés, on méconnaît tellement l'esprit public, qu'on ose dire, à vous-mêmes, à la l'ace du peuple qui nous entend, qu'il est des préjugés antiques qu'il faut respecter : comme si votre gloire et la sienne n'étaient pas de les avoir anéantis, ces préjugés que l'on réclame ! qu'il est indigne de l'Assemblée Nationale de tenir à de telles bagatelles, comme si la langue des signes n'était pas partout le mobile le plus puissant pour les 1k mimes, le premier ressort des patriotes et des conspirateurs pour le succès de leurs fédérations ou de leurs complots !
On ose, en un mot, vous tenir froidement un langage qui, bien analysé, dit précisément :
Nous nous croyons assez forts pour arborer la couleur blanche, c'est-à-dire la couleur de la contre-révolution (la droite jette de gran<l< cris, les applaudissements de la gauche sont unanimes), à la place des odieuses couleurs de la liberté. Cette observation est curieuse s;ins doute, mais son résultat n'est pas effrayant. Certes, ils ont trop présumé. Croyez-moi (l'orateur parle à la partie droite), ne vous endormez pas dans une périlleuse sécurité, car le réveil serait prompt et terrible. (Au milieu des applaudissements et des murmures, on entend ces mots : C'est le langage d'un factieux).
Mirabeau continue son discours qui est couvert d'applaudissements. L'abbé Maury monte à la tribune, il est en fureur et ne parvient pas à se faire entendre. Un long tumulte et des altercations violentes ont lieu ; cependant la proposition de M. de Menou est adoptée et voici le décret officiel qui fut lu dans la séance du 2i octobre :