CAMPAGNE EN FAVEUR DU COQ
Il semble vraiment qu'en affirmant que le coq gaulois est l'emblème de la France, on proclame une des vérités de M. de la Palisse et pourtant cette affirmation est à toute occasion combattue par quelques personnalités dont l'avis trouve de l'écho et empêche de résoudre la question intéressante d'un écusson national officiel.
Il est certain que le coq gaulois a subi, dans notre siècle, devicissitudes qui eussent pu l'anéantir complètement ; mais sa tradition est solidement enracinée, aussi bien en France qu'à l'étranger, et ce sont les artistes toujours qui nous y ont ramenés.
Et, c'est en collectionnant les documents graves, peints ou sculptés où le coq national est représenté, que j'ai établi ma propre conviction. Ma collection, qui compte déjà un nombre considérable de pièces, en dit plus que toutes les dissertations. Voici des exemples puisés en grande partie dans mes propres documents. . .
Ces exemples font le sujet de la seconde partie de cette étude et nous y renvoyons le lecteur; disons, qu'en 1899, grâce aux nombreuses gravures qui les accompagnaient, ils impressionnèrent vivement le public et qu'une fois de plus il en fut question dans la presse.
L'opinion publique était définitivement saisie, et peu à peu notre campagne en faveur du coq gaulois devait porter ses fruits, ainsi que nous l'indiquions dans un article sur l'Expo sition publié dans Le Collectionneur d'octobre 1900 :
a Je ne voudrais pas, disais-je alors, laisser se clore l'Exposition Universelle sans lui consacrer l'article philatélique de rigueur. On me permettra de constater d'abord que le Collectionneur de Timbres-poste a, sans en avoir l'air, remporté un des plus jolis succès de l'Exposition. Je ne plaisante nullement et je demande à mes anciens et fidèles abonnés de se reporter aux années du journal que je vais indiquer, je demande aux nouveaux de vouloir bien suivre un instant ma démonstration.
Suit un résumé de noire campagne dont le lecteur connaît l'origine. Nous ne reproduisons par conséquent de cel article que les faits nouveaux, en premier lieu, le résumé de nos con versations avec des hommes politiques:
Je pus alors conférer directement, et à plusieurs occasions, avec des personnalités marquantes de la politique: M. Clé nceau,
qui était le grand leader de l'opposition; M. Siegfried, ministre du commerce; M. l'allières, garde des sceaux; M. Mesureur,
député, etc. ; mais je m'aperçus bientôt que de ce côté je n'obtiendrais rien que des paroles aimables, nul ne s.- soucianl de soutenir un emblème accuse'- d'orléanisme. Cependanl M. Mesureur m'écrivit
une lettre dont je détache le passage suivant :
« J'ai lu avec l'e plus grand intérêl votre article sur : Ce qu'il faudrait /'■■lin-, et je partage votre sentimenl sur les avantages qui' présenterait un type unique, pour la représentation officielle >\>la République Française, sur sa monnaie, sur ses timbres et papiers timbrés de toutes les sortes, ainsi que sur les écusson- décoratifs.
« .le ne puis que souhaiter qu'un artiste rencontre un jour l'inspiration heureuse qui nous donnera ce type idéal, et surtout que nos gouvernants se rendent compte de l'importance d<- cette manifestation matérielle de notre régime politique aux yeux de l'étranger et aussi de nos concitoyens. »
Alors je tournai mes batteries du côté «les artistes, des décorateurs et des architectes de qui dépendait vraiment h' succès de la campagne. On connaît le joli coq que me dessina M. Vollon.
Survint bientôt la frappe des médailles de Roty ci la nouvelle monnaie de Chaplain.
De ce jour la partie était gagnée, malgré la polémique que recommencèrent les journaux hostiles. Un article illustré que je publiai en 1899 dans L'Eclair et aussi dans Le Collectionneui démontra, avec une quantité de documents tirés de ma propre collection, que les détracteurs intéressés de l'emblème national étaient dans l'erreur; ils ne répondirent d'ailleurs plus, l'affaire étant jugée 1 .
Je me gardai bien de chanter victoire. Je sais, par expérience, que pour faire triompher une idée, il faut, après l'avoir lancée, la laisser, autant que possible, faire son chemin toute seul.'. < m doil seulement proliter des moments opportuns pour la pousser dans le bon chemin. Ainsi, cette idée se répand, est assimilée, et beaucoup arrivent à croire qu'elle est leur, à ce point qu'ils vous sauraient mauvais gré de leur rappeler qu'elle a pu leur être ^n^eivc
Il est si vrai qu'un emblème national était indispensable, que cette année, les architectes, les sculpteurs et les peintres, ne craignant plus de se tromper ont. à l'Exposition Universelle, mis des coqs partout.
A la précédente Exposition, je n'avais pu en signaler qu'un -cul. qui faisait partie de la décoration dès fontaines lumineuses.
(I) Je le croyais tout au moins, mais la polémique a recommencé depuis page 33).