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CHAPITRE IV

Sous l'aubette de la gare, devant les prés de neige, Amy attendait sa sœur Emma. Elle avait supplié Pèlerin de l'accompagner. La malade serait heureuse de retrouver dès l'accueil une figure du passé. D'ailleurs ne devaient-ils pas vivre ensuite côte à côte?

— Cinq ans. Voilà cinq ans que je ne l'ai pas vue, dit-elle. Car je ne suis pas sortie de Felletin. Elle n'y est jamais revenue. Nous nous écrivions seulement. Mon Dieu, comment vaisje la retrouver?

Bientôt, le car surgit au tournant de la pente, sur la voie noire entre ses deux remblais de neige. Le wagon s'arrêta sous l'auvent. Il était

presque vide. Un homme, haut et robuste, descendit d'abord, puis reçut dans ses bras et posa doucement sur le quai une jeune femme mince jet pâle. Elle regarda vivement autour d'elle :

— Amy ! s'écria-t-elle.

Les deux sœurs s'étreignirent. Et, tout de

suite, un chuchottement à l'oreille de la jeune fille:

— Tu sais, je ne suis pas seule. Ça ne te fait rien, n'est-ce pas? Tu comprends tout, toi. Il n'a pas voulu me quitter... Nous nous aimons tant, vois-tu.

Amy s'écria :

— Ma chérie. Si je comprends !

On n'était plus sur la terre à Mont-Arvel. Emma Chardonne s'était retournée vers Pèlerin qui la saluait.

— Monsieur Pèlerin! C'est vrai... Amy m'a souvent parlé de vous dans ses lettres. Et Blanchard, là-haut. Tout le vieux temps.

Elle présenta :

— M. Maurice de Labernière.

11 salua. Les yeux inquiets sous les sourcils hérissés, la lèvre et le menton frémissants sous

de grosses moustaches, lui donnaient l'aspect terrible et doux d'un chien de garde. Triste et soucieux, il enveloppait sa compagne de gestes maternels.

— Ne restez pas debout, dit-il.

Tous quatre montèrent dans le landau dont les chevaux gravirent la pente glacée.

Emma Chardonne regardait, à travers les vitres levées, le paysage de neige. Son profil était sinueux et pur comme celui d'Amy. Mais que son visage, blêmi encore par le reflet du dehors, paraissait décharné. . . Une délicate figure de marbre, dont la mort pressée eut déjà fait sauter des éclats, pour dégager plus vite l'ossature du masque.

Mais elle restait enjouée, les yeux brillants. A toutes^ les questions de son compagnon : « Vous ne sentez pas d'air? Vous n'avez pas froid? » Elle répondait vivement : « Mais non, mais non. Tout va bien. »

Le docteur Esther ne trouva pas, lui, que tout allait bien. A Labernière, qui s'était donné pour le mari de la jeune femme, il ne cacha pas ses craintes." En lui-même, il consentit à garder la

malade jusqu'à la certitude d'une catastrophe imminente. Alors, il la renverrait achever sa vie dans la vallée. Car on ne meurt pas à Mont- Arvel. Mais le docteur Esther vous y garde tant que vous y pouvez vivre. Autant de gagné pour l'en I reprise.

Les deux sœurs et leurs compagnons s'isolèrent vite en un petit groupe, parmi les hôtes de Mont-Arvel. Ils n'eurent à dompter ni scrupules ni révoltes. Car ils avaient laissé les préjugés et les lois des hommes dans la vallée. Ils formaient deux couples d'amour; ce signe leur suffisait à se comprendre et à se plaire.

Us s'installaient, l'après-midi, dans la galerie de cure, éclairée du reflet de la neige ensoleillée. Les jeunes femmes s'étendaient côte à côte sur leur chaise longue. Les deux hommes sympathisèrent vite. Lahernière épanchait ses craintes. Il ne vivait que pour sa maîtresse. Célibatairej maître d'un riche domaine normand, il s'occupait d'élevage, après un court passage dans l'armée. Sans effort, il avait peu à peu rompu avec sa famille, avec le monde. Et il accompagnait souvent Emma dans ses tournées théâ-

traies. Car elle ne voulait pas abandonner l'art qu'elle aimait. A la naissance d'un enfant, qui ne vécut pas, il lui avait proposé de l'épouser. EJle répondit : « A quoi bon? Puisque nous sommes heureux ainsi. » Et il avait compris, ému jusqu'au fond de l'être, qu'elle pensait ne pas vivre longtemps, et qu'elle voulait lui éviter une rupture pins profonde avec les siens. Un soir, à Lyon, déjà fragile, elle avait pris froid au sortir du Ihéâlre. Vite, il l'avait emmenée à Montreux, sur les bords abrités du Haut-Léman. Mais le mal gagnait toujours. Alors, il avait songé à ce Mont-Arvel, dont Amy louait les effets merveilleux sur elle-même, dans ses lettres 11 se réfugiait là comme les athées vont à Lourdes, en suprême ressource, parmi du doule et de l'espoir : < Après tout, si c'était vrai? » Mais le miracle ne s'accomplissait pas, malgré son ardente volonté d'en découvrir les signes.

La jeune femme ne trahissait jamais de désespoir. Cependant, elle "parlait de la mort. Elle disait à sa sœur :

— C'est vrai, petite Amy, ce n'est pas gai, de

mourir à trente ans. Mais j'aurai connu le meilleur de la vie, car j'aime et je suis aimée. Bien sûr, il y a d'autres bonnes choses, dans l'existence : les bravos, les fleurs, les robes, les fines dînettes, un joli mot, un geste crâne... la beauté, la grâce... Enfin, tout ce qui égayé, tout ce qui émeut, tout ce qui exalte... Mais on ne sent, on ne goûte bien tout cela que quand on aime. Alors, tout prend du relief, de la vigueur, du brillant. Ah! ma chérie, l'amour, l'amour, quel coup de vernis sur toute la vie...

Et, d'un geste ailé, elle faisait claquer ses doigts amaigris.

Amy, le visage douloureux, protestait contre cette certitude de mort. Puis, les yeux fixes, le menton dans la main, elle écoutait ces étranges adieux au jour, embellis et rayonnants de feux, comme un ciel au couchant. Sa sœur avait connu le plein bonheur. Elle en venait à moins regretter une existence dont elle n'attendait plus rien de meilleur. Mais elle s'était toute donnée, et la vie de son amant lui appartenait tout entière...

Les yeux luisants, la jeune femme reprenait :

— Comprends-tu! je n'ai jamais été fière des applaudissements qu'en songeant : « Il les entend ». Je n'ai jamais admiré un paysage qu'en disant à Maurice, serrée contre lui : « Regarde, comme c'est joli. » Et jamais, dans un souper, la mousse de Champagne ne m'a semblé capiteuse, que s'il avait trempé ses lèvres à mon verre. C'est dans ses bras que j'ai pleuré la mort de père; dans ses bras que je me suis consolée de la sévérité de maman pour moi. Cette unique passion guide tous mes gestes, nourrit toutes mes pensées. C'est le souffle qui m'anime; chez moi, lame change un peu de nom, elle s'appelle amour...

Et Amy écoutait, frémissante, comme on épie les échos de sa propre voix.

— Aussi, poursuivait Emma, je ne regrette pas d'avoir conquis mon bonheur. Et même, je l'ai si pleinement goûté, que je me console parfois de le perdre. Et puis, l'aurais-je gardé longtemps? Eh ! oui! Songe : trente ans. Comme on vieillit vite, comme on cesse vite d'être une complète créature d'amour. Encore quelques années, même en pleine santé, et j'aurais décou-

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vert sur moi les premières atteintes de l'âge. Ce doit être si terrible de sentir qu'on va perdre son charme et qu'on lui survivra. Oh ! les cheveux gris, les dents, les rides, surtout les rides... Une vraie amoureuse devrait disparaître sans regret en même temps que sa beauté. Et moi, vois-tu, j'aurai réalisé ce rêve adorable : un amour qui ne cessera qu'avec la vie...

Amy ne protestait même plus, comme fascinée par ces vues romanesques.

Et Emma continuait encore :

— J'ai plus de peine pour lui que pour moi. Que va-t-il devenir? Je sais bien : on dit que tout passe. Il pourra donc m'oublier, peu à peu? C'est affreux. Moi, au moins, je m'en irai sans avoir senti se refroidir ma tendresse. Qui sait? Il ne sera peut-être pas comme tant d'autres. Il me regrettera peut-être très longtemps. Nous nous sommes tant aimés! Comme c'est vilain, et méchant, n'est-ce pas, ce que je dis-la! Mais j'aurais voulu lui laisser un peu de moi, un souvenir vivant. Si mon pauvre petit avait vécu, il l'aurait gardé. C'était moi encore...

— C'est vrai, dit Amy qui sembla s'éveiller de son hypnose, tu es un enfant...

Et Emma :

— Ah! dame, lu sais... quand on s'aime bien...

Et elle sentit qu'Amy échappait, suivant sa propre pensée.

Elle se doulait bien qu'elle et Pèlerin s'aimaient. Les lettres d'Amy en témoignaient. Dans ses récits de la vie de Ja station, la figure du céramiste apparaissait à tous les tournants. Ce n'était plus Mont-Arvel. C'était Mont-Pèlerin. Déjà, au temps de la rue Brochant, est-ce qu'elle ne cachait pas, toute fillette, les portraits de Pèlerin dans sa boîte à gants? Et maintenant, à les voir ensemble! Elle prenait devant lui une figure de première communion. Et lui, battait plus vivement des paupières, comme ébloui de soleil, ou prêt à pleurer d'attendrissement.

Ainsi celte petite Amy, si maîtresse de soi jadis, et fermée, malgré quelques envolées romanesques, à son tour s'était éclose à l'amour. Certes, Emma chérissait sa jeune sœur; elle lui gardait une tendre gratitude de ne l'avoir point

reniée, d'avoir jeté, entre reniant prodigue et sa "amille, le lien léger des lettres. Mais, plaçant l'amour au-dessus de toutes félicités, elle ne s'alarmait pas de la voir s'éprendre. Seulement, jue deviendrait cette passion de montagne? Etait-elle encore toute blanche, à la couleur du site? Useraient-ils des ruses prudentes qu'ellemême répudiait, en véritable amoureuse? Et s'ils les méprisaient aussi? Pèlerin n'était pas, comme Labernière, libre de sa vie...

Mais la crainte d'intervenir par des conseils trop directs dans cette aventure délicate, et aussi ce respect de la tendresse d'autrui, inné chez les vrais amants, lui interdisaient d'interroger Amy. Et, près de la mort, elle se bornait à laisser chanter son âme, avant de lui donner son vol.

Un jour, le caprice prit Emma de visiter la maison d'En-Haut. Madame Blanchard, indulgente au libre amour, les y avait conviés tous quatre, en les venant voir à Mont-Arvel.

Le temps seulement d'aller et de revenir. Elle étouffait, disait-elle, chez ce docteur Esther. Il

lui semblait qu'en s'élevant encore, elle resp rerait mieux. Labernière lutta. Il appréhenda: la fatigue pour la jeune femme. Mais elle lui di doucement, en le menaçant de son doigt de cir diaphane : « Maurice, voilà la première fois qu vous me refusez quelque chose. » Il céda.

Ils montèrent en traineau. Les remises d Mont-Arvel renfermaient toute une collection d ces véhicules : des caisses de voitures montée sur châssis. Mais des caisses de tous âges, depui les carrosses du grand siècle, dorés, laqués écussonnés, jusqu'aux modernes landaus. Il glissaient sans heurt sur la neige durcie de i routes, et l'on n'entendait de leur course que h cadence vive et claire des sonnailles accrochée! aux harnais des chevaux.

Tragique, la maison dEn-Haut, sous la neige Les luges n'animaient même pas les pente: d'alentour. Blanchard craignait que ses malades ne fussent pas assez sages. Encore tou chauds de la remontée, ils se lanceraient dam l'espace glacé, tant la hâte est vive de ne pa«, interrompre le jeu passionnant. Il avait falli les mettre en garde contre eux-mêmes. Et ils s(

lit:

P'1 bornaient à se promener dans deux larges allées a' damées sur la terrasse, silhouettes noires ^mélancoliques sur le sol blanc, les femmes à '^gauche, les hommes à droite. A l'intérieur, la ^blancheur froide et crue des murailles s'avivait

des reflets du dehors.

)j Prenant à l'écart le jeune médecin, Pèlerin I" lui demanda :

à — Emma Chardonne?... très mal, n'est-ce

pas?

Car Blanchard l'avait plusieurs fois examinée bà Mont-Arvel.

Il II répondit :

I — Aussi sûrement que sa sœur touche au 'salut, la malheureuse est perdue...

Amy et Labernière devinèrent-ils ce jugement 'de mort? Leur tendresse pour Emma en eutî^elle l'intuition? Mais que le retour fut morne,

dans l'éternel paysage de neige et de sapins i poudrés, dans le silence troublé seulement par la

chanson monotone des grelots du cheval ! En contraste, la vie de Mont-Arvel leur parut

plus trépidante que jamais. Elle lance toujours

ses noires fusées de luges sur les pentes blanches.

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Mais le foyer lui-même ronfle et pétille, plus ardent d'être entouré de glace : un feu sur la neige brille el chauffe plus qu'un feu sur le sable du désert. Les amuseurs, le jeune homme frisé, la petite femme mauve à la benzine, s'agitent, font mousser la joie, battent des mains comme pour exciter la furie d'un fandango. Ollé! Ollé! A la salle de jeu, les cartes crépitent sec, tes jetons d'os se choquent en cliquetis de danse macabre. On croyait mourir le matin; on valse le soir. Et les quatre grandes vierges blanches, hautaines sur leur estrade, mènent la ronde.

Ce jour-là, des tableaux vivants devaient couronner la fête. Emma Ghardonne, lasse de sa course à la maison d'En-Haut, se retira sur les instances de Labernière.

Morini avait imaginé ce divertissement, pour se rapprocher plus souvent encore de madame Decharme, dont la beauté indolente et pleine semblait faite pour ces jeux de grâce. Pressenti par sa femme, M. Decharme s'opposa d'abord à ce qu'elle figurât dans ces tableaux. Mais non, mais non. Elle était toujours en fête : patinage, luge, traîneau; toujours dehors, toujours loin de

lai. Et on l'oubliait, lui, sur sa chaise longue, pendant ce temps-là... Mais le jeune Italien, refrénant sa violence, soumit des projets, des maquettes, accepta des critiques. Le mari intéressé, flatté, céda. D'ailleurs, Morini ne lui inspirait pas de jalousie. Il le jugeait inoffensif, déséquilibré. Et si, par crise, il sentait naître en lui le soupçon, il l'étouffait bien vite, par peur égoïste d'en souffrir. Les répétitions déroulèrent pendant une semaine leur classique cortège de fleuretages et de menues libertés galantes. Morini avait emprunté ses sujets de tableaux aux scènes bibliques; heureux choix, où l'art pur, un zèle pieux, une aimable licence trouvaient ensemble à se satisfaire. Le succès était certain. 11 atteignit presque l'enthousiasme.

Mais dans un entracte, Labernière fit demander Amy par une fille de chambre. Pèlerin prévit une catastrophe. Sincèrement troublé, il dit à la jeune fille, au seuil delà chambre d'Emma Chardonne :

— Je vous en prie, faites-moi parvenir des nouvelles. J'attendrai dans la galerie.

Malgré le froid vif et l'attrait des tableaux

vivants, Pèlerin trouva sous la véranda quelques curistes, étendus sur leur chaise longue, enveloppés de» plaids ou de fourrures. Ceux-là s'acharnaient à guérir. Ils n'entendaient négliger aucune chance de salut. Et ils s'attardaient à boire l'air glacé, souvent au delà de minuit.

De petites lampes électriques, appliquées au mur dans leurs collerettes blanches, éclairaient la galerie. Dehors, le ciel laiteux, au-dessus des montagnes sombres, présageait la lune prochaine.

Pèlerin s'accouda contre la balustrade. Il attendit d'interminables minutes; le verdict de Blanchard sur les deux sœurs s'imposait à sa mémoire. Une main lui toucha l'épaule. Amy était derrière lui :

— Eh bien?

— La crise est passée, dit-elle. Emma repose, maintenant. Mais comme elle a souffert ! Elle étouffait. Et quel courage extraordinaire... Elle nous a rassurés elle-même : « Allez, mes deux, ce n'est pas encore pour cette fois-ci. » Et elle souriait. Mais elle est encore si faible, si brisée... J'ai cru revoir la longue agonie de notre père,

à Felleiin. Ah ! Il nous a légué son mal, à toutes deux.. Et qui sait si, toutes deux, nous n'en périrons pas comme lui...

Pèlerin lui saisit la main :

— Amy, méchante Amy!... Mais vous sentez bien, vous savez bien que vous êtes sauvée. Aujourd'hui encore, Blanchard...

Mais elle hochait doucement la tête :

— Bah! Jusqu'à la rechute, peut-être...

Pèlerin s'effara. Quelle obscure suggestion

l'exemple d'Emma Chardonne exerçait-il sur la jeune fille? Il reprit :

— N'ayez pas de telles pensées, je vous en supplie. Je comprends que les souffrances de votre sœur vous aient troublée. Mais vous n'avez pas h les craindre pour vous. Vos destinées ne se ressemblent pas.

Alors, Amy, le regard lointain, la voix lente :

— La sienne est peut-être enviable... Avoir connu, avoir donné le plein bonheur... Ah! Quelle liberté, quelle audace affranchie, doit donner la certitude de bientôt mourir...

Pèlerin tressaillit. Devant sasœur agonisante, Amy craindrait-elle un destin pareil, et puise-

rait-elle, dans son désespoir, une exaltation nouvelle? 11 feignit de ne point s'arrêter à ces dernières paroles. Il se rapprocha. Et pressant :

— Voulez-vous bien chasser toutes ces folles idées! Oh! De quelle substance sensible est donc pétrie cette petite âme, qui s'impressionne et se pénètre de toutes les images qui passent devant elle? Oubliez, Amy chérie. Isolons-nous; goûtons l'instant qui passe. C'esl le secret de notre bonheur, jusqu'à présent. Regardez la belle nuit. Qu'elle remplace dans vos yeux des souvenirs qui vous troublent à l'excès. Oubliez, pour moi. Car je partage lous vos chagrins. Et quand je ne peux pas les apaiser, ils se doublent en moi d'une peine nouvelle.

Maintenant, la lune reflétait sur la neige son éclat dur et froid ; elle laissait dans la nuit le revers des montagnes, et découpait sur le sol scintillant des ombres opaques et précises. A peine dominait-elle les cimes. On eût dit qu'un fragment des sommets silencieux et glacés s'arrachait à la terre, pour gravir lentement les hauteurs du ciel blond.

Tout près, les violons accompagnaient la *râce immobile des légendes bibliques; leur harmonie frissonnait dans la nuit de glace oleue.

Amy et Pèlerin se taisaient, mêlés à la pureté de Theure.

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