CHAPITRE HUITIÈME
\Iii.
L'tlanne.
Les premières heures de la nuit s'écoulèrent sans incident remarquable 'pour le vigilant Téte-de-Feu. Le sauvage lui-même s'était endormi, et, bien que
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ce sommeil put n'être qu'apparent, aucune tentative de révolte ne paraissait à craindre de ce c6té.
Au bruit effrayant causé par la débâcle des glaces avait succédé le murmure monotone de la rivière, quoique ce murmure fût évidemment plus fort qu'à l'ordinaire. Par moments, des ci'is d'oiseaux de nuit, des glapissements de coyotes, des hurlements de bêtes féroces se faisaient entendre au loin, du côté de
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la forêt. Alors le chasseur prêtait l'oreille ; habitué aux ruses' des Indiens, il n'oubliait pas que les peaux rouges imitent souvent, la nuit, ^es cris d'animaux pour se reconnaître et se transmettre des avertissements. Mais aucun son fau^ et suspect ne vint confirmer ses conjectures; le prisonnier luimême continuait de dormir paisiblement.
Aussi , vers le matin , Tête-deFeu
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avait-il fini par se laisser aller à un léger assoupissement. Le dos appuyé contre la muraille, la main sur la garde de sou couteau de cbasse, il avait perdu depuis quelques instants la conscience de luimême, quand un simple mouvement de l'Indien le réveilla en sursaut- Il fut sur pied à l'instant et se mit sur ses gardes. Vent-du-Nord s'était levé sur son séant et paraissait écouter.
— Pourquoi le Konsa ne dort il plusf
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rudeinanda le coeur des bois avec une, impatience mêlée d'inquiétude.
— Que le chasseur blanc ouvre les oreilles, répliqua l'Indien^ il y a des sons dans l'air.
Et comme s'il n'eût pas été intéressé lui-même dans l'événement, il se recoucha d'un air stoïque.
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Alors Tête-de-Feu . dont les ; sens avaient d'abord été troublés par cebrusque réveil, put entendre les cris nouveaux qui reten lissaient au dehors ; niais cette fois ce n'étaient plus les coyoles, les panthères ou les ours qui élevaient la voix dans l'éloignement.
Les cris étaient plus forts, plus rapprochés, et semblaient partir de l'enceinte même de la ferme. Il ^ne tarda pas à distinguer les beuglements des bestiaux enfermés dans i'étable, puis ces hurlements plaintifs que pousse un dîien en détressse, etenfln ce hennissement par-
ticulier et formidable par lequel un oheval annonce une terreur profonde.
— H y a quelque chose, en effet', murmura le coureur des bois.
Il saisit sa carabine, qui était posée , contre la muraille, à portée de sa main, et, ouvrant la porte de Ja maison, il se mit ^n observation sur le seuil.
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Les premières lueurs du matin éclairaient déjà le ciei brumeux, mais la terre était enveloppée de ténèbres qu'un brouillard épais rendait plus sombres encore. Vainement le chasseur essaya-til de percer du regard cette obscurité ; la neige avait disparu complètement, sa blancheur ne dessinait p]us les contours de , objets, et tout se confondait dans une uniformité sinistre. Cependant les bestiaux continuaient de s'agiter et de mug:r, le cheval de pousser son lamentable cri d'appel; et Polak, en voyant de la lumière du côté de la maison,
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accourut vers Têtede-Feu sans interrompre ses plaintes.
Tout cela n'expliquait pas au chasseur quelle espèce de danger pouvait courir l'habitation, et cependant un instinct l'avertissait que ce danger était réel et pressant. En désespoir de cause, il descendit la pente de la colline, pour aller inspecter les étables, el Polak le suivit en jappant. Le coureur des bois, encore peu familier avec les localités, n'avan-
çait qu'avec lenteur, quand il sentit ses pieds s'enfoncer dans l'eau. Il crut d'abord avoir marché dans une flaque de neige fondue comme en formait chaque cavité du sol, mais un second pas le fit entrer plus avant dans un liquide glacé; avant même qu'il eût atteint l'étable, il avait ^e l'eau jusqu'à mi-jambes.
Alors Ja vérité fut évidente ; il s'agissait 4* une inondation , d'une de ces
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terribles inondations de l'Amérique du ÎSord qui parfois couvrent entièrement des pays grands comme la Fr-ance. La rivière voisine, encore obstruée sans doute par les glaces de la débâcle, n'avait pu suffire à l'écoulement des' prodigieuses masses d'eau 'causées par la fonte subite des neiges. Elle s'était gonflée, avait em'ahi la plaine, et, montant le long de la pente sur laquelle se trouvait l'habitation, elle baignait déjà la partie inférieure de l'enclos, les palissades et les établis. Au peu de temps quielle avait mis à faire ces terribles
i§2 un tMicaiJiTg.
progrès, on pouvait juger qu elle ne «'arrêterait pas là.
Tète-de-Feu, avec sa promptitude ordinaire de Décision, comprit qu'il n*y avait pas un instant à perdre pour empêcher de se noyer le cheval et les bestiaux attachés dans l'écurie. Il serait toujours temps de donner l'alarme aux gens de la maison , car le péril était d'une nature contre laquelle les efforti de l'homme sont impuissants. 11 s'em-
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pressa donc de déposer sa carabine sur une pile de bois, et se dirigea vers les légères constructions où se trouvaient les animaux en détresse.
Ce ne fut pas sans courir des risques sérieux que le hardi Tête-de Feu parvint à opérer ce sauvetage; non pas que les eaux fussent très hautes encore sous le hangar, mais les pauvres bêtes, folles de terreur, bondissaient dans cet étroit
espace en s'efforçant de briser leurs liens, et l'obscurité ajoutait encore^au danger de» s'engager au milieu d'elles.
Cependant le coureur des bois n'hésita pas, et. de la lame bien affilée de son couteau de chasse, il coupa successivement les lanières qui les retenaient captives. Quand Tune d'elles se sentait libre, elle s'élançait aveuglement verg.
la partie élevé de l'enclos, en faisant rejaillir autour d'elle des tourbillons d'eau boueuse. Bientôt elles' eurent toutes regagné la terre ferme, et alors, devenues plus calmes, elles se près-
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sèrent les unes contre les autres en poussant des beuglements plaintifs.
Tête-de-Feu sortit à son tour de son bain glacial, et, après avoir repris sa carabine, il revint vers la maison en tâtonnant. Dans la salle commune, il trouva Schmidt tout habillé. Le fidèle ami de la famille Reber avait été éveillé par les cris des animaux de la ferme, ejt accourait pour eu concialtre la cause.
i5S us ÉMIGItÀMTS.
Le chasseur lui apprit laconiquement ce qui se passait.
— Grand Dieu ! dit Schmidt en pâlisi sant ; il faut éveiller Reber et ces demoiselles, il faut...
— A quoi bon? Leurs plaintes ttt leurs lamentations remédieraient-elles à Taffaire ? Laissons-les dormir et atten •
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dons. Le jour va venir; peut-être Teau cessera- t-elle de monter .. quoique, à vrai dire, je Tespère peu. Quand il le faudra absolument, je vous avertirai.
Schmidt n'insista pas, car il comprenait la sagesse de ces motifs. Gomme le5 vêtements du chasseurs étaient ruisselants d'eau, il lui offrit obligeamment de quoi changer.
— Bah ! répliqua le coureur des bois
€11 haussant les épaules, c'est bien la peine de songer à cela ! Qu'importe que mes leggins soient mouillés? Je me sécherai... quand je pourrai.
L'intention charitable de Têtede-Feu à l'égard de ses hôtes ne devait avoir aucun résultat. Les jeunes filles, attirées par le bruit, ne tardèrent pas à se montrer; Reber lui-même entra bientôt, à demi vêtu et se traînant péniblement.
Ses traits décomposés, ses joues mar-
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brées de taches rouges, témoi^^naient qu'il était atteint d'une ^ave maladie.
Il fallut bien aussi répondre à leurs questions et leur apprendre la triste Térilé.
— Que le ciel ait pitié de nous !
s*écria Julia ; je suis ré-ignée à tout, et la vie a bien peu de charmes pour moi :
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mais vous, mon père, et toi, ma bonne Kretle, et vous aussi, mes amis, êtesvous donc condamnés à cette triste fin?
— Mon père ! Schmidt! s'écria Kretle éperdue, sauvez-vous ! sauvez-nous !
Schmidt leva les yeux au ciel.
— Pauvres enfants ! dit Reber avec
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effort, c'est à vous surtout qu'il faut penser. Quanta moi,^fussé-je épargné par cette inondation, peut-êlre n*aurais-jc pas longtemps à souffrir... Au fait, pourquoi vivrais-je puisque déjà je ne peux plus ni vous protéger ni vous défendre?
Et il tomba sur un siège avec accablement.
Tlll ^*
jGHAPITRE NEUVIEME.
Ir'iltfnie (SutU).
Alors seulement on remarqua le changement opéré depuis la veille dans l'extérieur du. malheureux colon, èi cette
iCê . UCS ÉUIGRANTS.
nouvelle inquiétude fut assez forte pour faire oublier aux deux sœurs le danger commun.
— Mon père, dit Julia, vous ne pouvez vous soutenir; de grâce, appuyez vous sur moi et rentrons dans votre chambre
Oui, oui, mon père, dit Kretle en
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«'approchant à son tour, vous n'auriez pas dû quitter votre lit ; c'est une grave imprudence.
Mais le colon refusa leur secours:
— Laissez-moi, mes enfants, dit-il en raffermissant sa voix ; si je ne puis être d'aucune utilité dans la crise qui approche, je ne veux pas du moins devenir
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up embarras. Je vais rentrer dans ma chambre, n^al*? pour ^hever de m'habiller et me tenir p^rêt à tout événement. Allons, qu on ne me parle plus de mon mal; nous nous en occuperons plus tard si nous en avons le loisir.
Kretle et Julia, habituées à respecter ses volontés , n'osèrent pas insister.
Schmidt, qui avait attentivement exa^ miné le malade, lui dit d*un ton affeo iueux :
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— Si je ne ipe trompe, Reber» ,yous êtes pris d'une de ces fièvres qui atteignent les nouveaux coJons avant qu'ils soient acclimatés. J'en ai eu moi-même deux ou trois accès trè$ violents, au commencement de notre séjour dans le pays r mais grâce à notre boîte de médicaments, et à rinstruetion dont elle est accompagnée, j'espère vous délivrer bientôt de votre mal. Nous avons encore une provision de quinine, et je vaif chercher la formule dont Fapplication m'a guéri.
— Oui, mon cher Schmidt, cherchezla sans retard, dit Kretle en joignant les mains; soulagez notre pauvre père, je vous en prie, et, en dépit de cette terrible inondation qui nous menace tous d'une mort prochaine...
— Bon, bon. ma petite demoiselle, interrompit brusquement le coureur des bois, nous ne sommes pas encore noyés.
Cent fois je me suis trouvé exposé à des dangers plus pressants que celui-ci, et
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pourtant me voilà sur pied et bien portant. Attendez du moins pour vousf désespérer que l'eau soit entrée dans celte salle, qu'elle ait éteint le feu de Yotre poêle ; jusque-là, prenez courage tous : nous nous sauverons. Je vous garantis que nous nous sauverons !
Peut-être le brave Tête-de-Feu exprimait-il une espérance quil n'avait pas; néanmoins il parvint à rassurer un peu la malheureuse famille. Reber, appuyé
179 IfS ÉXIGRANTS.
sur ses filles, rentra dans la pièce voisine pour faire ses préparatifs à tout hasard, tandis que Schmidt cherchait, parmi les caisses dont la salle était encombrée, la caisse des médicaments., Téte-de-Feu profita de ce moment pour aller observer dans la cour l'état de l'inondation; mais il rentra bientôt en hochant la tète.
Schmidt, qui était en traîn d'étudiet?
une instruction pharmaceutique devant
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une boîte ouverte et remplie de flacons» interrompit &a besogne.
— Eh liien ! demanda-t-il avec inquiétude.
— On peut vous dire la vérité à vous, répliqua le coureur des bois : Teau continue de monter.
m LKS ÉHIGRANTS.
— Et elle fait des progrès rapides?
^ — Des progrès tels que, si elle ne cesse pas de croître, avant midi elle aura atteint le seuil de cette porte, avant le coucher da soleil elle aura dépassé le toit du log-cabin. Du reste le jour commence à paraître , et nous poarrons bientôt juger sainement de notre situation.
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— La vie des hommes est entre les mains de Dieu! dit Schmidt.
El il se remit à ses études médicales. Reber ne tarda pas à rentrer avec ses filles, et viiit s'asseoir dans un fauteuil dé bois devant le poêle. Kretle et Julia s'assirent à ses pieds ; mais tout le monde gardait le silence, et l'on n'entendait d'autre bruit que le murmure des eaux au dehors, et l'haleine régulière de l'Indien, qui- dormait paisible-
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ment dans nn coin de la saDe, malgré le danger.
Ainsi se passèrent le^ derniers instante de la nuit: le jour tant attendu finit par 8e lever, et les colons. mêm 3 le pauvre malade, sortirent de la maison pour connaître l'étendue du désastre. Ils montèrent sur une roche à laquelle le»
b&timents étaient adossés^ et une scène de désolation s'offrit à leurs yeux.
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Aussi loin que la vue pouvait s'étendre, le fleuve étaitraaître ; les arbustes qui couvraient la rive opposée, la prairie, les défrichemenls de Reber,tout était englouti. Une portion de la forêt qui s'étendait entre Stockton et la ferme avait été aussi atteinte, et, sauf quelques points élevés du terrain qui formaient des espèces d'îlots, le pays entier avait pris l'aspect d'une mer immense. La colline dont l'habitation couronnait le sommet était elle même couverte d*eau jusqu'à plus de la moitié de
sa hauteur; on ne voyait plus les palisvm la
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sàdes; l'étable, où se trouvaient quelques heures auparavant les bestiaux de la ferme, était submergée jusque pardçss js le toit. Heureusement , l'eau paraissait tranquille sûr les terrains iiiondés ; elle s'élevait par un rhouvement insensible et lent, quoique continu. En revanche, un courant d'une impétuosité inouïe s'était formé dans le lit du fleuve, et entraînait d'énormes glaçons, des bancs d'herbes marécageuses, et surtjut le grands arbres avec leurs racines et Itur feuillage. Parfois, sur ces arbres flottants . on distinguait des
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formes d'animaux qui se laissaient aller .avec eux à la dérive; c'étaient de pauvres bêtes des bois, qui, surprises par le déluge., essayaient encore de lutter contre la mort. Ce tableau, éclairé par un jour oblique et noyé dans le brumes froides du matin, avait un caractère terrible, majestueux, solennel, qui, tout en frappant d'effroi l'âme humaine, îa confon« dait i)ar sa grandeur.
Naturellement, la première pensée de Re])er fut pour ses défrichements.
180 L£S ÉXIGRAMTS.
— Tout notqp travail est perdu, dit-il avec désespoir; nous ne devons plus songer à une récolte pour cette année. Bon Diau! n'avions nous pas assez de causes de ruine et de misère sans y ajouter celle-là?
— Allons, allons, n'exagérez rien, ami Reber, dit Tèterde-Feu; les semailles seront à recommencer , j'en conviens, mais le dégât pourra n'être pas considérable Peut-être l'inonda lion
us ÉKIGRÀNTS. 181
va-t-elle déposer sur le sol un limon qui le rendra plus productif, et vous trouverez ainsi une compensation très suffisante à cette, perte.
— A moins qu'une couché de sable ne recouvre la terre végétale, ou que les courants n'emportent cette terre avec eux! ajouta Reber en soupirant.
Tout à coup Julia désigna un point
182 LES ÉMICRANTS.
éloigné de l'horizon , du côté de la prairie:
— Mon père, dit- elle, ne vous sembiet-il pas que la maison de^ Eurgwillers est déjà atteinte par les eaux? Peut-être nos excellents voisins, surpris pendant lear sommeil...
Serait-il possible, jna sœur? répli-r
LES ÉMir.RVNTS. i^H
qua Kretle; pauvre Burgmîlers, qui hier encore s'est montré si bon et si obb>eant pour nous !
Ij'attentidn générale se tourna vers l'habitation de l'anLîien marquard ; cette habitation était construite aussi sur un mamelon de la prairie, mais beaucoud moins haut que la ferme des Deux* Sœurs.
— Il n'y a vraiment que de nouveaux
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colons pour dormir encore à cette heure, dit Tète-de-Feu avec un peu de mépris; ces gens devraient pourtant songer à sauver leurs personnes et leurs effets les plus précieux, car dans dix îïîinutes il sera trop tard.
— Essayons de les avertir, reprit Schmidt; mais je doute qu'à cette distance ils puissent voir nos signaux ou entendre nos appels.
LES CMIGRANTS. ISd
— Oui, essayons, murmura leraalade.
puisque c*est tout ce que nous pouvons faire pour eux.
Le coureur des boîs se mit à sonner du cornet de toute Ja vigueur de ses poumons, tandis que Schmidt tirait à courts intervalles plusieurs coups de carabine. En temps ordinaire, ces bruits n*eussent pu être entendus du log-house de Burgwillers; mais on sait que les sons se propagent beaucoup plus loin
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sur l'eau que sur terre, ou, comme disent les |)hysiciens, que l'eau est bon conducteur du son . Aussi, ces tentatives * finirent-elles par obtenir le résultat attendu; la porte de la maison s'ouvrit, et on en vit sortir précipitamment plusieurs personnes qui agitai >-nt des mouchoirs comme pour répondre aux signaux de leurs amis. Une minute après, il fut facile de comprendre aux allées et aux venues des habitants dé la hutte qu ils procédaient à un rapide déménagement.
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— Les voici enfin sur pied, reprit Tête-de-Feu, et maintenant, sans doute, il§ n'auront pas de peine à se tirer d'affaire... Puissions nous avoir la même chance!... Mais qu'est-ce qui prend donc à ces vaches et à ce cheval, si calmes tout à l'heure? Et ce maudit chien, pourquoi diable aboie-t-il ainsi? Est-ce que par hasard... Ah ! demonio ! je ne m'attendais pas à cela!
Il regarda fixement quelque chose qui
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s'agitait au-dessous de lui, et s'écria d'un ton d'animation :
— Glissez une balle dans votre riflè, monsieur Schmidt, tandis que je vais bien vite prendre le mien... Et vous, Reber, mesdemoiselles, rentrez dans la maison... Allons! rentrez vite, caramba !
Tout en parlant, il avait enlevé dans ses bras Reber, qui ne pouvait marcher et il l'emportait vers la maison; les
LES ÉMItitUNTS. i$^
j<;unes filles le suivirent tout effares, sans bien savoir de quoi il s'agissait. Bientôt, le coureur des bois reparut seul dans Tenclos. sa carabine à la main.
— Tenez ferme, cria-t-il à Schmidt, mais ne tirez pas.... Nous ne serons pas trop de deux pour venir à bout de ces intrus-là.