‹ Les émigrans (la colonie du Kansas) (volume 2)Chapitre 9 sur 16 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

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L» prisonnier (suite).

La nuit était sombre, et l'on ne pouvait d'abord rien distinguer dans Tcspace immense qui s'étendait autour de la ferme. Seulement, quand les yeux

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des spectateurs se furent habitués aux ténèbres» on reconnut que la nappe de.

neige dont le sol était couvert depuis plusieurs semaines avait en partie disparu ; on apercevait çà et là des places de couleur foncée qui semblaient être des mares d*eau. L*eau. en effet, continuait à ruisseler de tous côtés, et mille cascatelles invisibles formaient un murmure sourd et monotone. Cependant le tumulte imposant qui d'abord avait attiré l'aitention des colons ne cessait pas et prenait au. contraire des proportions formiaabîes. Il montait de la plaine, et l'on eût dit de ce mugisse-

ment qui précède un tremblenient de terre. Les habitants de la ferme, muets et terrifiés , attendaient sfous la brise humide de la nuit que cette circonstance extraordinaire leur fût expliquée, quand le coureur des bois s'écria toutà-coup : .

— Eh! mordieu, j'y suis... c'est Ift débâcle des glaces.

Les doutes à cet égard ne tardèrent

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pas à se changer en certitude. Le bruit, qui avait grossi d'une manière intermittente, comme s'il eût suivi les sinuosités de la rivière, finit par retentir au pied même de la colline sur laquelle s'é* levait l'habitation. C'étaient des craquements immenses, des chocs furieux, des cliquetis assourdissants que dominait le fracas des grandes eaux. Bientôt même on put, malgré les ténèbres, avoir une idée de l'imposant phénomène naturel qui se p.'oduisait à une courte distance.

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Une énorme masse blanche, composée de glaçons accumulés, se mouvait par iine force invisible, à la surface du fleuve et en parcourait les détours avec la-iapidité d'un cheval de cojrse. Sous l'effort de cette puissante agglomération, les glaces qui enchaînaient encore le courant de la rivière Jaune se brisaient en éclats et refluaient sur les deux rives en blocs irréguliers , d'une grosseur monstrueuse. La masse passa rapidement et alla se perdre dans les profondeurs du désert; mais l'agitation et le tumulte ne cessaient pas derrière elle.

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Des montagnes d'eau noire se précipitaient à sa suite, envahissant les berges avec rapidité. Des glaçons gigantesques, violemment repoussés du, fond, sedres- ^ saient au-dessus de son niveau comme de turbulents fajatômes et s'entre-choquaient impétueusement. Néanmoins / cette perturbation finit aussi par se calmer peu à peji. La rivière reprit sa marche accoutumée, et quelques taches blanches diversifiaient seules la teinte sombre de ses eaux boueuses ; seulement elle ne rentrait pas dans son lit et, n'abandonnait pas le terrain qu'elle

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avait envahi dans ce moment de crise passagère. Au contraire, on eut dit qu'elle continuait à grossir, et el^ clapotait déjà contre le pied de la colline que couronnait Thabitation des Deux* Sœurs.

Cette observation n'échappa pas à Tète-de-Feu; mais il ne voulut pas manifester ses craintes, et reprit d'un ton dégagé :

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— Allons I tout est fini, et ceux qui veulent dormir cette nuit n'ont plus qu'à se mettre à Ja besogne. Ma foi! je plains bien les pauvres diables de chasseurs qui se seront couchés ce soir trop près de la rivière; leur sommeil aura pu être vilainement dérangé. ïlnfin , chacun pour soi j et nous, qui avons un bon §ite par cet effroyable temps, sachons en profiter

On rentra en effet dans la salle com-

mune.et l'on se disposa à se séparer»

Reber avait une fièvre violente, et ses filles désiraient le veiller toute la nuit; mais, il le leur défendit avec fermeté, assurant que le repos. suffirait pour le guérir, et que le lendemain il n'y paraîtrait plus. Force fut donc aux deux sœurs de renoncer à leur projet; et, après avoir embrassé tendrement leur père , dit un bonsoir affectueux à Schmidt, s'être assurées que le coureur des bois ne manquerait de rien pendant sa veillée, elles se retirèrent dans la cabine isolée qui leur servait de cham-

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bre. Reber. de son côté, regagna sa cellule. Schmidt . au moment de le suivre, dit au cbasseur : /

— Vous n'avez pas voulu de moi pour vous tenir compagnie, monsieur Tête-de-Feu ; je vais donc me jeter tout habillé sur mon lit, ma carabine à moft chevet ; mais au moindre appel, je serai sur pied... Bonsoir donc, et que Dieu TOUS récompense pour la généreuse assistance que vous nous donnez !

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Demeuré seul, Téte-de-Feu s'assura que le prisonnier n'avait pas trouvé moyen de relâcher ^es^ liens, alluma sa I pipe, garnit de bois le poêle, et, s'enveloppant dans son manteau, il se prépara à passer la nuit en homme qui' avait l'habitude de braver l'insomnie, la fatigue et le péril.

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