‹ Les émigrans (la colonie du Kansas) (volume 2)Chapitre 12 sur 16 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

L'inpndatioû (su te\

On entendait une rupieur et des cris dans la maison.

— Morbleu ! s'écria le coureur des

Sl< LES ÉHIGRANT.';*

bojs. en col re, je gagerais que ce coquin-de sauvage profite de roccasipn pour faire des siennes! Sur ma foi, je ne pensais plus à lui.

Tout à coup la porte Couvrit, et les cris devinrent plus distincts. Au même instant, une forme humaine passa rapidement à côté de Schmidt, bondit pardessus la tète du coureur des bois, et

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s'élança dans Teau. qui rejaillit à grand bruit.

Les deux jeunes filles et Reber luimême accouraient en criant :

— ,Le prisonnier ! le prisonnier!

"Eh! dem6nio\ j'ai des yeux, peut-

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être, dit îêle-de Feu en mettant sa carabine enjoué; par quel moyen le drôie est-il parvenu à se débarrasser de ses "cordes? Mais il n'est pas amphibie comme le castor, et il faudra bien qu'il revienne sur l'eau pour respirer. Je l'attends.

— Ne tirez pas, au nom de Dieu! s'écrièrent Kretle et Julia.

-— Laissez-le du moins tenter cette der- ^

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nière chance de salut, dit Schinidt avec douceur; bientôt nous n'aurons plus rien à craindre de lui ni de personne. D'ailleurs, ce Serait une barbarie de le tuer ainsi quand il est sans défense.

Tête-de-Feu ne répondait pas et tenait toujours sa carabine à l'épaule pour faire feu aussitôt que Vent-du-Nord reparaîtrait à la surface de l'eau. Enfirt, à cinquante pas de l'îlot se dressa une

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tête bronzée, surmontée d'une touffe de plumes, et l'Indien poussa un hurlement qui semblait être un cri de guerre et de défi.

Le coureur des bois n'hésita pas et lâcha la détente; mais il avait oublia que son arme n'était plus chargée. Il poussa une imprécation de fureur, à laquelle l'Indien répondit par un nouveau hurlement de provocation.

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— Brigaud! tu n'en es pas où tu crois, reprit Têf e-de-Feu ; il ne faut pas longtemps à un vieux chasseur pour charger ^on rifle, et, avant que tu sois hors de portée, tu auras ton compte, je te le promets.

En effet , il glissa une cartouche à balle dans sa carabine, et, au bout de quelques stcondes, il se retrouvait en garde. En voyant ce mouvement hos-

^^2 i^s ÉMIGRAMS.

tiîe, l'Indien, se hâta de plonger et dis- . parut encore une fois.

— C'est bon^ c'est bon! dit Tête-de- Feu d'un ton narquois, ce jeu ne peut pas durer, et mon tour va venir.

Les assistants épiaient le moment où la Jtête surmontée de plumes reparaîtrait sur l'eau ; mais, à leur grand éton-

LES ÉMîGBANTS. 2?3

nement, près d'une ininute s'écoula sans que rien dépassât le niveau de' la rivière.

—Tonnerre! dit enfin le coureur des bois, le coquin se serait-il noyé tout de bon pour me faire niche? t

— On ne ; , fe voit plus , répliqua Schmidt; mais quand inême il ne serait

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pas encore noyé, vous n'avez pas besoin de recourir à vos armes : comment pourrait-il traverser, dans cette eau glacée et profonde, l'immense espace qui nous sépare de la terr^ ferme?

— Bah ! croyez-vous avoir affaire à un petit-maître d'Europe? Vous ne savez pas comme ces peaux rouges ont la vie dure... Celui-ci serait capable de nager jusqu'à Stockton sans reprendre ha-

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leine, et quant au froid il ne s'en soucie guère. Mais, véritablement, il ne reparait plus... Il doit y avoir là-dessous quelqu'une de leurs manigances mdiennes.... Ah! parbleu!.,, j'y suis.,..

Voyez donc ce coyote qui, tout mort qu'il est, a l'air de vouloir gagner la forêt!... Ma foi! je ne me serais pas attendu à celle-là! mais ça ne prendra pas.

Et il se mit de nouveau en devoir de

tirer.

VIII l«

3Si LES -ËMIGRANTS.

On se souvient que I ete-de-Feu, après avoir- assommé les loups qui s'étaient réfugiés sur le territoire de la ferme, les avait rejetés à l'eau; leurs corps flottaient encore à quelque distahce sur la surface tranquille de l'immense lac.

Or, le fugitif avait imaginé de se faire un rempart du corps d'un des coyotes, et, tout en nageant d'une main, il abritait ba. tête derrière l'épaisse fourrure et le ventre lebondi de l'animal défunt.

Néanmoins, ce stratagème n'avait pu tromper longtemps le chasseur, que ses longues pérégrinations dans les déserts.

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américains avaient familiarisé, avec les ruses de ce genre. H tira dcTnc sur le loup, et une légère vapeur, en s'élevant du corps du coyote, prouva que la balle avait atteint son but. Mais, au même instant, l'indien dressa encore une fois sa tête au-dessus de son bouclier improvisé, et poussa son cri de guerre.

— Grâce à Dieu, il n*a point été touché! dit Schmidt, qui respira plus librement.

— Ses bravades ne prouvent rien, répliqua Tête-de-Feu avec animation; une balle sortie de mon rifle doit Savoir trouver son chemin à travers la chair et la peau d'un méchant loup des prairies, et, comme le prétendu Konsa se trouvait derrière...

—Ah! monsieur Téte-de-Feu, dit Julia d'un ton de reproche, laissez-nous croire que ce pauvre diable peut encore, se sauver.

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— Se sauver: s'écria le chasseur, qui perdait patience,' eh bien! s'il parvient à se sauver, savez- vous, mademoiselle, quelle sera la première chose qu'il fera en arrivant dans sa tribu? ce sera d'ameuter contre nous ses démons de compatriotes, et, une belle nuit, quand nous y penserons le moins, ils viendront / ici une centaine, armés de leurs lances, de leurs flèches et de leurs tomahawks ; ils arracheront les plantations, renverseront les palissades, brûleront les bâ.

tiuients; ils prendront la chevelure de votre père, ce\\c de votre ami Schmidt,

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la mienne, si toutefois nous les laissonsrfaire; quant à vous et à votie sœur»

votrfe sort sera peut-être plus triste encore. Vous vouliez la vérité , la voilà... Mais, tonnerre! puisqu'il n'y a pas d'autre moyen, vous allez voir!

L'intrépide Tète -de- Feu réjeta sa chaussure, son rifle,' et tout ce qui eM pu gêner ses mouvements; puis, prenant son couteau de chasse entre ses dents.

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Ji allait se mettre h la nage à son tour, quand Schmidt le retint.

— C'est inutile, dit -il; si bon ne geur que vous soyez, vous ne pourriez plus l'atteindre.

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