‹ Les émigrans (la colonie du Kansas) (volume 2)Chapitre 13 sur 16 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

L'inondalioa (sui(e).

L'Indien, en effet, avait profité de ce court moment de répit pour fendre l'eau avec vigueur, si bien qu'il se trouvait d^à fort loin de la ferme.

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— Vous avez raison, dit le coureur des bois avec dépit, il a trop d'avance à présent; mais il est encore à portée de carabine, et je vais...

— Ne pensez plus au sauvage, je vous en prie, répliqua Schmidt; faible comme il est, les membres meurtris par ses liens, blessé peut être, je doute qu'il réussisse à traverser cette vaste étendue d*eau.... Laissons donc son sort s'accomplir, et

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ne pensons plus qu'à nous-mêmes. Regardez, monsieur Tête-deFeu; il est temps de prendra un parti, si nou§ ne voulons tous périr.

— Oui , sauvez-nous ! s*écria Kretle éperdue, sauvez mon père, sauvez Julia !

Le jour était déjà haut, et la brunie

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froide qui flottait dans ^atmosphère - commençait à se dissiper sous les rayons d'un pâle soleil ; on pouvait maintenant saisir les moindres détails de cette scène diluvienne. Des eaux bourbeuses/ • chargées de glaçons et de débris de toutes sortes étendaient à perte de vue leur inexorable niveau; c'était seulement aux dernières limites de l'horizon que la verdure grisâtre de la prairie se montrait encore. La demeure des Burg?

wiliers était déjà partiellement envahie ' par les flots, et l'on distinguait l'ancien marquard et sa famille groupés sur qn

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monticule, au milieu des meubles el des efifeLs qu'ils avaient sauvés du naufrage. Mais loin de pouvoir porter secours aux habitants des Deux-Sœurs, ils semblaient incertains eux-mêmes si le fleuve ne viendrait pas les .arracher de leur dernier asile.

Les autres points de terrain qui . formaient des îiots une heure auparavant avaient . été successivement subniergés; seule la ferme de Reber se

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dressait encore intacte au-dessus de cette plaine d'eau à laquelle mille alternatives d*ombre et de lumière don» .

naient des teintes variées, quoique tou- , jours sinistresi

Mais si la perte de l'habitation était retardée, elle n'en paraissait pas moins inévitable. Le progrès de l'inondation, quoique lent et insensible en apparence, était en réalité rapide et effrayant. Il

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ji*y avait plus qu'une bande de sept a huit pas entre l'eau et le seuil de la ' porte ; dans cet espace restreint se pressaient les bœufs, le chien, le cheval, qui continuaient de s'agiter en poussant des cris de détresse. Au milieu' de la rivière, le courant, de plus en plus iurieux, grondait comme une cataracte emportant sans effort sa colossale écume d'herbes, de glaces et de troncs d'arbres.

Tête-de-Feu ne pouvait méconnaître l'imminence du danger.

— C'est, ma foi, vrai ! reprit-il après un rapide examen, cette maudite rivière a l'air de vouloir nous happer aussi... Eh bien! que ce gredinde peau rouge se

sauve, s'il le peut ! je le retrouverai peutêtre un jour, et alors^..Mais le temps presse, il faut nous hâter de construire un radeau sur lequel vous vous embarquerez tous avec vos effets les plus précieux.

— A l'ouvrage, donc, monsieur Tétcde-Feu! dit Schmidt avecxhaleur. Voici

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jaistemënî près de la cuisine des poutrès et des planches que j'avais jpréparées pour agrandir nos constructions au printemps. Si le bois nous manquait, nous pourrions démolir la cuisine ellemême afin d'en avoir les matériaux.

-*Laissez-moi le soin de diriger ce tpâvail, mon garçon ! ce ne sera pôsda première fois ^ue j'aurai construit un radeau. Qu'on me donne une hajche tet

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des cordes, et nous irons lestement en besogne.

Les deux jeunes filles s'empressèren de courir à la maison pour chercher ce qu'il demandait. Pendant que Schmidt disposait les planches et les , solives, Tête-de-Feu, ayant tire hors de l'eau les corps de l'ours et de l'élan, parv?nt à les amarrer au mur de la cuisine . Le pauvre Reber, assis sur le rocher, la tête dans ses- mains, se désolait de son inaction.

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— Mon Dieu! dit-il, ne m*accorderezvous pas la faveur de faire aussi quelque chose pour. le salut de mes enfants et de mes amis? Faut-il que je sois faible, malade, inutile, quand mon secours leur serait si nécessaire !

— Allons, allons, ami Reber, dit TêtedcjFeu, ayez Tesprit en repos. La con* struction d'un radeau n*est qu'une bagatelle, et nous vous transporterons, TOUS et vos chères petites, jusqu'à la

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terre ferme, tandis que les bœufs et le cheval suivront à la nage. Nous vous installerons chez quelque brave colon où l'on vous dorlottera et où l'on vousdébarrassera bien vite de votre mal. Je

connais de longue date cette maudite fièvre de prairie ; on la guérit avec de récorce de cerisier sauvage. Courage, donc, et tout ira bien.

Malgré cette invitation, Reber voulut se lever pour mettre la main à l'œuvre

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commune ; mais la force lui manqua, et il retomba sur^ pierre qui lui servait de siège.

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