‹ Les émigrans (la colonie du Kansas) (volume 2)Chapitre 4 sur 16 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Le prisonnier (luite),

La tribu des Pàwnies, si célèbre dans lès admirables i'ôiilân? de Gooper, était, comme où le sait, une dés plus puissantes et des plus indomptable s tribus

de rOuest. Toujours en guerre avec les colons, qu elle accusait de lui avoir dérobe ses territoires de chasse, elle les désolait par des incursions continuelles suivies d'incendies et de massacres. II importait donc de s'assurer si le prisonnier n'appartenait pas à cette race redoutable et belliqueuse.

Tête-de-Feu, après avoir réfléchi aux moyens d'entamer l'entretien diplomatique, demanda en langage pawnie.

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qu'il parlait facilement, comme les autres idiomes des tribus environnantes :

— Certainement le guerrier rouge est un Pawnie, quoiqu'il vienne déguisé dans le pays des visages pâles , comme s'il avait honte de son peuple. Sans doute les Pa^^Tiies sont devenus une nation de femmes, et le guerrier rouge

les a quittés pour ne pas être confondu avec eux '

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Ces injures étaient adroitement calculées pour froisser les instincts nationaux de son auditeur et Tobliger à se trahir. Néanmoins, pas un muscle du visage de l'Indien ne, bougea; son œil resta fixe et impassible.

— N'espère pas me tromper, Pawnie!

reprit le coureur des bois, qui commençait à s*animer; j'ai yécu longtemps dans la prairie, et je ne me laisserai pas prendre à tes artifices... Je sais distin-

guer un Siôux d*un Osage, et un lowài d'un Konsa. Quant aux Pawnies, leurs squaws ont été les esclaves de mon wigwam, et j*ai enlevé à leurs guerriers un grand nombre de cheveluj'es qui sècfieiit au-dessus de mon foyer.

Tête-de-Feu se vantait s^ns doute, bien qu'il eût été plus d'une fois redoutable aux Indiens. Mais le prisonnier ne 'AWiinâpàs eiico'i?è dîàïîsïe'pîég'e.ïl àèmeuràit 'àùs^'câThië'cfîfe ^V'dii'Éi eut parïè

chinois ou sanscrit, et se taisait toujours.

Cependant cette nouvelle épreuve n'avait pas convaincu Tête-dcrFeu. Il continuait d'examiner l'Indien en lâchant gravement des bouffées de tabac.

— Je vois maintenant, reprit^il enfin d'un ton différent, et en employant un

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autre dialecte, que mon frère rouge n'appartient pas à cette nation de chiens que j'ai battue tant de fois... Sans doute mon frère fait partie de la tribu des Konsàs, amie des Yankees?

Cette fois enfin la statue s'anima et l'Indien rompit le silence obstiné qu'il avait gardé jusque-là :

— Les Konsas sont des hommes! ré-

pliqua-t-il avec dignijté dans la même langue, et Vent-du-Nord est n^ parmi les Konsas.

Tête-deFeu comprit que Yent-du- Word était le nom de son prisonnier; mais il n'était pas aussi sûr que l'Indien fût originaire de la tribu à laquelle il prétendait appartenir. Toutefois, il ne laissa rien voir de ses soupçons.

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— C'est bien, reprit-il; miais, ^alors, Vent-du'Nord pourra-t il m'expliquer pourquoi ses peintures, ses armes et ses vêtements diffèrent tant de ceux des , autres Konsas qui fréquentent les villages de mon peuple? J*ai remarqué dans son équipement les ornements d'un Pawnie, et mon esprit a été troublé. •

Vent du Nqrd tarda un moment à répondre.

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— Mon père a de rexpérieûcp, reprit-il enfin, et les ans ont neigé sur ses cheveux .. J'ai quitté notre tribu depuis plus de trois lunes pour aller chasser le castor et le rat musqué du côté des grands lacs, en compagnie de deux autres chasseurs. Mes compagnons ont péri pour avoir attaqué imprudemment un ours griszly, et moi, me trouvant seul, j'ai voulu revenir à mon village. A huit journées de marche d'ici, du côté du nord, j'ai traversé une place où avait eu lieu un combat entre des guerriers pawnies et des colons

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blancîs ; les Pawnies avaient été vaincus et leurs corps étaient restés sui* la neige glacée. Gomme mes mocassins et v mes vêtements s'étaient usés dans mes chasses et dans mes bivouacs, j'ai pris aux guerriers morts les ornements qui ont excités la défiance du chasseur blanc.

— Bien trouvé ! mais ça ne prendra pais, mon cher, dit Tête-de-Feu en français.

Viu

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II feignit pourtant d'ajouter foi entière à. cette explication.

— C'est bien,, répéîa-t-il dans le dialecte des Kansas; mais mon esprit est encore dans le doute. Gomment Vent^ du-Nord a-t-il pu arriver seul et à pied dans ce canton ?

— Une nuit que je dormais à mon bivouac, mon cheval rompit la corde

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qui l'attachait à son piquet -et fut dévoré par les loups.

Un sourire ironique, aussitôt répri mé, se joua sur les lèvres de Tête-de- Feu; il poursuivit avec gravité :

— Mon frère rouge a été malheureux, et il ia compté sans doute sur la pitié des colons blancs qui sont en paix avec -sa tribu. Cependant, que venait-il faire ce

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soir si près de cette habitation, et pourquoi cherchait-il à escalader les palissades ?

— J'avais vu des traces de chevaux autour de ce wigwam, et je voulais m'informer si les visages pâles ne consentiraient pas à me vendre un cheval afin que je pusse regagner ma tribu.

— Si Vent-du-Nord était un Pawnic

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au lieu d'être un Koasa, on aurait pu croire qu'il cherchait, non pas à acheter jnais à voler le cheval des visages pâles» Tel n'était pas sans doute le projet de mon frère rougo ; mais, pour acheter un cheval, qu'eût'il donné en échange?

-^ A plusieurs journées d'ici, du côté du soleil couchant, des guerriers de ma tribu et moi nous avpns pratiqué une cache, toute pleine de peaux de castQrs, de bisons et de daims; j'aurais

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payé avec ma part de ces pelleteries le cheval des visages pâles.

— Sans doute la langue de Vent-du- Nord n'est pas fourchue ;. mais n'avaitil pas d'autres motifs que de s'assurer si cet établissement .contenait des chevaux quand il a escaladé les palissades, au risque d'être tué on pris par les blancs?

L'Indien ne répondit paSj et une lé-

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gère rougeur se manifesta sous la couche d'ocre et de noir de fumée dont son visage était barbouillé.

— Que mon frère ouvre les oreilles I dit le chasseur avec insistance : comment un guerrier, destiné sans doute à devenir un grand chef parmi les siens , a-t-il manqué de vigilance au point de se laisser capturer par les blancs 7

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Ce reproche parut porter au conïbk rhumiliatioR du jeune Indien.

— Vent-du - Nord, répondit - il avec embarras en baissant les yeux, n'est pas un vieillard qui tourne la tête d'un autre côté quand les jeunes filles se trouvent sur son chemin. Il a vu, à travers les fentes des paUssades, l'IIermine-Blanche et la Fleur-Penchée ( c'était ainsi que le galant peau rouge désignait Kretle et Julîa) ; alors Vent-du-

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Word a tout oublié; ses yeux r e voyaient plus, ses oreilles n'entendaient plus.

— Pour le coup, le coquin dit vrai I pensa le coareur des bois; et j'avais deviné qu'une^ cause de ce genre devait avoir endormi sa prudence ordinaire .

C'est bon ; on y prendra garde.-^

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