CHAPITRE OUATRIÈME
Le prisonnier (loile).
Il poursuivit à haute voix : • ■
— Mon frère rouge est jeune, il a dû être remarqué déjà par les jeunes filUea
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de sa tribu... Lacruelle des deux préfère-t il, l' Hermine-Blanche ou la Fleur- Penchée ?^
Le prisonnier rêva un moment.
— Vent-dU'Nord ne saurait choisir
; ' ■ ;i il Jiv.
entre les deux filles du visage pâle... L'Hermine-Blancbe est comme le matin d'un beau jour, la Fleur-Penchée est semblable à une magnifique soirée des*
pays du Sud. Le guerrier rouge les aime Tune et l'autre à la fois.
— Eh bien f à la bonne heure, rie vous gênez pas I s'écria Tête- de-Feu en français en se levant, j'ai des démangeaisons de moudre les os de ce drôle à face de singe!... L'un de nous autres chrétiens se trouverait trop heureux d'être le mari d'une de ces charmantes filles ; mais il les faut toutes les deux à
fi* LES ÉMIGRÀNTS.
ce maudit psà'ea ! Je voudrais lui casser les reins pour l'honneur ée notre peau l)lanche.
Il se promenait, les sourcils froncés»
les poings serrés; l'Indien le suivait des yeux, ne comprenant rien à sa colère.
Il reprit bientôt :
— Qu'y a-tir maintenant entre Ventdu'Nbrd et le chasseur blanc T Vent- du
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Nord n'a-t-il pas répondu à ses (juestions? Pourquoi ces liens qui serrent encore les bras et les jambes d'un ami ? Ne lui sera-t-il pas permis de quitter le wigwam des visages pâles et de retourner dans sa tribu à Taurore de demain ?
Tête-de-Feu parvint enfin à modérer la colère qu'avait soulevée en lui l'outrecuidante naïveté iu peau rouge.
— Les guerriers Kansas, reprit-il sè^
f.(3 LES £MieRA2STS.
cheinent, sont-ils donc sans courage et ne p6uvent-LS supporter up moment de gène'^ -Que Vent-Ûu-Nord prenne patience ; je consulterai mes frères blancs pour savoir s'il est prudent à nous de le renvoyer dans sa tribu.
Le prisonnier, malgré Fimpassibilité qu'il affectait, ne put cacber un vif désappointement; Reber et Schimdt rentrèrent dans la salle et s'approchèrent i}u coureur des bois avec intérêt.
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— Eh bien ! Tête-de-Feu, demanda le -colon, savez-vous à quoi v5u^ en tenir sur le compte de ce vilain monsieurlà: . . Dieu ! qu'il est laid !
— Appartient-il à une tribu amie ou ennemie? ajouta Schmidt,
Que Tenfer confonde cette vermi-
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ne ! reprît le chasseur avec impatience : . il m'a fait une histoi.*e interminable pour me prouver qu'il est un Konsa ; cependant je persiste à croire que c'est un , espion des Pawnies, On en veut à vos chevaux, à vos bestiaux, à votre habitation, que sais je? Et pour compliquer la situation, ce misérable vagabond des prairies se dit amoureux de vos charmantes filles. C'est un danger de plus, car il n'aura que plus d'ardeu. à exciter ses compatriotes contre nousr Ma foi! peut-être le parti le plus sage se» raii-il d'envoyer une balle dans le crâne
LES ÉMiGRAîllS. Q^
de ce brigand et de jeter son corps aux coyotes.
— Y pensez-vous, monsieur Tête-de- Feu? répliqua Reber ; massacrer froidément ce malheureux!
- — Aimez -vous mieux que les coquins de sa tribu viennent vous massacrer, vous et votre fJamille? Les Européens
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nouyellement débarqués ont de singuliers scrupules.
^ Je jsais/dit Schmidf d'un ton conciliant, combien M Tête -de-Feu a d'expérience en pareille matière et peutêtre les usac^es du pays, ainsi que les circonstances, justifieraient ils une sem* ♦ blable extrémité. Cependant il doit exister quelqu* autre moyen moins/îruel d'éviter le danger dont nous sommes menacés peut^éfre.
LESÊMlGf.ANlS.
Le coureur des bois rêva un moment.
— Vous avez raison^ dit-il enfin: je me crois 'toujours dans la prairie, où chacun se fait justice soi-même... D'ailleurs, les amis de ce peau rouge finiraient par savoir comment nousTavons , .traité, et ils tenteraient sans aucu doute de le venger sur nous. 11 ne nous reste plus alors qu'un parti à prendre : demain^ je conduirai cet Indien, soigneusement garrotté, jusqu'à Stockton, et
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je le livrerai aux autorités de la ville < Les habitants de Stockton, dont la sûreté est menacée ainsi que la vôtre par la présence de cet espion sur les défrichements, aviseront à le traiter suivant ses mérites, et si, comme je n*en doute pas, ils se décident à le pendre, la responsabihté en retombera sur eux.
Cette fois Reber et Schmidt se ran • gèrent à l'avis du coureur des bois. 11 ^ut donc convenu que, le lendemain,
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Tête-de-Feu conduirait Vent-du-Nord à la ville, et que les pouvoirs réguliers de / la cité naissante prononceraient sur le sort du prisonnier. En attendant, on se tiendrait en garde contre une surprise de la part des Indiens qui pouvaient être caphés dans les bois, et l'on prendrait toutes les précautions imaginables pour que le. Konsa, réel ou supposé, ne pût pas s'échapper.
Pendant cette conversation en lancrue
Il LES ËHIGRANTS.
étrangère, les yeux de Vent-du-l^ord ne quittaieùt ; pas les interlocuteurs, comme s*!! eût deviné qu'il s'agissait pour lui de vie ou de mort. Sans doute l'expression ties visages ne lui semblait pas suffisamment rassurante , car il parut tomber dans une profonde médita" tion.
Tout V coup Schmidt fut frappé d'un souvenir; il alla chercher la pipe indienne que lui avait donnée le secrétaire
LF.S EMTGRANTS.
dû consul , à spn Répart de New-York ; elle était .si}sp;Ç^due à un en^<^y<j|| jljFès apparent de la pièeç, suivant les instructions de Girard. Schmidt la remit au coureur des bois et loi expliqua comment elle provenait du chef pawnie Daim-Léger, à qui leur ami cpmmun avait eu occasion de rendre un grand service.
— Dûim-Léger! s'écria Tête-de-Feu au con^ble de .rétonnemèn4; ; egt-it pos-
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sible que Girard ait vu ce brigand et qu*il ait encore sa chevelure sur la tète? Daim-Léger est le chef d'une grande' tribu fort acharnée contre les blancs ; lui-même passe pour un scélérat sangui- , nairé, et il a plus attaché d'Européens au poteau des supplices qu'il ^ne s'en trouve à cent milles à la ronde... Enfin, voyons quel effet produira cet objet sur notre prisonnier.
11 s'approcha de Vent-du-Nord.
LES ÉMICKÀITTS.
— Que mon frère ouvre les yeux, ditil dans le dialecte des Konsas : connaîtj1 ceci ?
Et il lui montra la pipe de Daim-Léger. L'Indien ne put retenir un tressaillement qui témoignait d'une extrême surprise; mais bientôt sa volonté de fer reprit îe dessus, et il répondit d'un ton posé: ' ' ^
— Mes yeux sont ouverts, et je vois
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ïê ; calumet dé paix d'Uli grâM chef.
— C'est juste; mais ce grand chef, sais^tu son nom?
— Commentée saurais-je? Les tribus des guerriers rouges sont aussi nombreuses que les feuilles des arbres, et Vent du-Nord connaît . seulement les chefs de sa tribu.
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. — Le drôle se méfie , dit Tète de- Feu en français en s'adressant aux deux colons ; je gagerais qu'il sait très- bien à qui appartient cette vieille pipe, et qu]il grille d'apprendre comment elle se trouve entre nos mains; mais la reconnaître, -ce serait trahir son déguisement et s'avouer Pawnie, tandis qu'il tient mordicus à passer pour^Konsa. Maudite
SDit. l'astuce de ces Indiens! Celui-ci, malgré sa jeunesse, ea remontrerait aux • plus vieu;c et aux plus madrés menteurs de tout L'ancien continent.
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— N'importe! reprit Scjimidt, je vous prierai, monsieur Tête-de^Feu, de vouloir bien traduire à ce sauvage ce aue je m'en vais vous dire, et cela sur }a recommandation expresse dé notre ami commun, le secrétaire du consul.
Eji même temps il tira de sa poche le petit cahier de Girard, qui semblait être son vade mecum, et il lut avec lenteur, afin que chaque expression pûf être religieusement transmise au prisonnier :
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« — ; Ce calumet do paix a été donné par le grand chef Pawnie, Daim-Léger, à son frère blanc TAigle-Rusé, et l'Aigle-Rasé à son tour l'a dopné au maître de ce wigwam. Daim- Léger a juré par le Grand-Esprit qu'il soutiendrait de son bras et du bras de ses guerriers le possesseur de ce calumet, et malheur à qui braverait la colère de^ Daim-Léger, le grand chef I >