CHAPITRE QNQUIÊME
Le prisonnier (suite).
Schmidt répéta deux fois cette formule, qui semblait faire partie de quelque franc-maçonnerie du désert, et Têtede-Feu la traduisit mot pour mot à Vent-
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du-Nord. Celui-ci écouta très attentivement; et cette fois encore il ne put dissimuler complètement Une sorte d'émotion. Néanmoins, fidèle^ sa diplomatie^ il répondit avec tranquillité :
— J*ai entendu les ' paroles de mon frère blanc; mais pourquoi dire à un Ronsa ce qui est destiné aux oreilles d'un Pawnie? Yent-du-Nord ne connaît pas le calumet de Daim Léger.
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— AUons, il li^én démbrderâ pas, reprit le coureur des bois en français à ses compagnons ; cependant on ne m*ô^ lera pas' de la cervelle qu'il connaît îort bien les Pawnies. Si vraiment il appartenait à une autre tribu, il n'eût pas manqué cette occasion de débiter contre eux une kirielie d'injures, selon l'habitude des sauvages... Malgré tout cela, ne nous fîonspas trop à la vertu mira^ culeuse de cette vieille pipe, et conduisons dès demain ce mouchard à Stockton ; c'est ' le' pitis sûr.
Sa LES EMIGHAWÏS.
Cette décision prise,Tê te- de-Feu, sans cesser de surveiller les mouvements de rindien, se mit à causer avec ses compatriotes des nouvelles de l'Europe, des affaires de la colonie naissante, et surtout de Girard, sur le compte duquel' il revenait toujours. Schmidt profita de ce moment de repos pour lui remettre la lettre de recommandation du secrétaire ; mais il dut la lire lui-même, car le coureur des bois ne paraissait plus être bien familier avec l'écriture; et les expressions chaleureuses de Girard, au sujet de la famille Reber, ajoulèi*ent
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encore aux bonnes dispositions de Têtede-Feu polir ses nouveaux amis..
*Le temps passa rapidement dans cet entretien amical ; la nuit était venue depuis longtemps, et l'intérieur de la maison était éclairé seulement par les torches do sapin qui répandaient autour d'elles une odeur aromatique. Au de-hors, on. entendait le chqueds des eaux ruisselant de' toutes parts; c'était une de ces nuits sombres, humides, où il
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semble que la nature inclémeate veut faire mieux seatir à' rhomme les. dou^ ceurs J-un bon gîtç et d'un bon repas.
La cuisine de la ferme, comme nous l-avons dit, était située à l'écart des bâtiments d'habitation. Elle consistait en une espèce de hangar sous lequel on avait construit, avec des piei'res et de l'argile, un fourneau tout primitif et une cheminée p'u? primitive encore. Là les
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deiix soeurs, débarrassées des fourrures qui eussent gêué leurs mouvements , s'escrimaient pour préparer un souper abondant sinon délicat ; on les eût vues passer et repasser avec activité devant^ la cheminée où brillait un feu clair, surveillant Ta cuisson d'un quartier de cerf, dont le délicieux parfum commençait à se répandre dans la maison.
Maître Polak avait été déchaîné aux approcfes' dé la nuit, et iî rôdait autour d'elles en agitant la queue, comme pour témoigner que le lièvre de sauges n'avàft pu encore apaiser son formidable
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appétit j aiguisé par plusieurs Jours de jeûnes consécutifs.
bientôt Kretle et Julia entpèrent dans
la salle commune afin de mettre le cou--
vert, et la conversation devint générale.
Les jeunes filles, rassurées par les nouvelles sino;i tout à tait favorables, du moins tranquiîlisantes, que leur père avait apportées de la ville, montraient une sorte d'enjouement. La capture de l'Indien, au milieu de tant de circons-
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tances suspectes, n'aVait même pu éveiller sérieusement leurs alarmes, et elles considéraient le prisonnier avec moins de terreur que, de curiosité c En appre^ nant . que, dans l'intérêt comniun, le Konsa serait conduit le lendemain à Stockton, elles manifestèrent une véri*!
table pitié.
— Qu'a donc fait ce pauvre sauvage pour être traité si cruellement? demanda Kretle 11 pouvait n'avoir pas de
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mauvais desseins en cherehant à voir par-dessus nos palissades, et îl a failli recevoir une balle de carabine pour ce- ^ la. Ne vaudrait-il pas mieux lui ouvrir la porte et le laisser libre d'aller rejoindra ses compagnons à figure barboijil-
— Ah! mes gentilles demoiselles, répliqua Tête-de-Feu avec douceur, vous .ne savez pas comme votre compassion est mal placée. A Dieu ne plaise que je
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yeuîllevous effrayer! mais vous êtes particulièrement intéressées à ce que ce coquin soit mis au plus iài en lieu de sûreté. Si vous connaissiez ces peaux louges comme moi, si l'on vous disait de quoi ils sont capables, vous frémiriez qu'un seul d'entre eux eût pu vous voir ou ^ê^e sûupçoDùer votre existence !
— Allons, petites î allons ! dit Reber à son tour ; laissez-nous le ?oin d'agir pour le mieux, et hâtez-vous de nous
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faire souper... Je ne sais si c'est fatigue . ou besoin de nourriture, mais j*éprouve un malaise inexprimable; peut-^tre un bon repas me remettra- t-il.
Le couvert était mis sur la table grossière qui occupait le milieu de la pièce. Il n'était pas somptueux, et se composait seulement de plats, d'assiettes et de gobelets en ferblanc; mais ces ustensiles brillaient de propreté comme s'ils eussent été d'argent. Bientôt les jeunes