‹ Les émigrans (la colonie du Kansas) (volume 2)Chapitre 7 sur 16 · LES ÉM(CR4MTS. VT · texte numérisé non relu

LES ÉM(CR4MTS. VT

ménagères apportèrent un potage à la purée de pois et au biscuit, de la vian-

• ée et du poisson salé»|nenfin un grand plat de terre sur lequel fumait le quartier de venaison. Des pommes de terre tenaient lieu de pain. Le vin, le cidre et la bière faisaient complètement défaut, mais la famille, depuis son arrivée en

'*^ Amérique, avait appris à s'en passer et à remplacer les boissons fermentées par du thé- Quoiqu'il manquât bien des choses à ce festin, depuis longtemps on n'en avait vu d'aussi copieux à la ferme des Deux-Sœurs.

viu T

f8 LES ÊMTGRANT5.

Le coureur des bois et Schmidt, peu difficiles par goût et par habitude, firent largement hoiiiéur à la bonne chère ; les jeunes filles elles-mêmes semblèrent trouver le repas préférable au lait qui formait uniquement leur nourriture journalière. Quant à Reber, il put seulement avaler quelques tasses de thé.

Ses filles s'aperçurent avec inquiétude que son malaise paraissait augmenter, et qu'il avait par moments le frisson.

Cependant Vent-du-Nord avait été re-

LES ÉMIGR;(f»TS. éft

légné dans un coin sombre, où ses yeux fixes brillaient comme des charbons ardents. Les deux sœurs finirent par soupçonner que la faim seule faisait flamboyer amsi la prunelle du sauvage.

— Bon Dieu! et ce pauvre Indien que nous oublions ! s'écria Kretle. Quoiqu'il ait la peau d'une autre couleur que la nôtre^#Jé*'^yis^gé^^tMoué, il n-est pas moins hoiùme, et il y. a eruauté à man-

100 LES ÉMICBATTS.

ger en sa présence quand il est affamé peut-être.

— Tu as raison, reprit Julia ; aussi , avec la permission de mon père et de nos amis, vais-je lui délier les mains afin qu'il puisse au moins prendre sa nourriture.

L'une et l'autre se levaient déjà pour exécuter ce projet charitable, quand

LES ÈMIGRAIVTS, 1 . i

Tête-de-Feu,que Schmidt et Rebé^'ciSôïisultaient da regard, s*écria énergiquement • ^'^''"*^^ ^ fii-iiv .lot

— Ne bougez pas, mes bonnes demoiselles, je vous en supplie. Il ne faut pas 6e piquer d'humanité avec ces vermines rouges. Ce gaillard-la est fort comme un ours, agile comme un daim, et quand il détalait ce soir au pied de la montagne, il nous a prouvé qu'il méritait bien son nom dé Vent-du-Nord Le

102 L£S ÉMIGR.VMTS.

premier usagp. qu'il ferait sans (iQuit^d^ ;

ses. mains seraU< de s'emparer d'upLCOUr teau dont il se servirait contre .n(^^, tous... Encore une fois, gardez votre pitié pour une autre occasion... Et vraiment, ajouta-t-il avec une sorte de mélancolie, de bonnes et douces créatures telles que vous n'eussent pas dû veqir dans un pays où elles sont exposées à rencontrer de pareils gueusards !

Reber et Schmidt soupirèrent en entendant ce souhait inutile.

— y èuit. qu'i^ mange poiJurtajQt! répondit Kretle avec impatience; on ne peut le laisser sans nourriture jusqu'au moment de le conduire à la ville... Si méchants que soient ces Indiens, on ne saurait les traiter avec tant de barbarie sans paraître ausèi 'itïêchélil'^ti^eùi.^'"

- Eh bien, il existe un moyen, ma

sœur, dit Julia.

104 LKS ÉMIGRANTS.

Et elle communiqua tout bas son idée à Kretle qui sourit.

,—Cest juste, répliqua Kretle; comme cela on n'aura rien à dire.

Elles se mirent à couper en minces morceaux dans une assiette une grosse portion de viande. Les hommes les regardaient avec étonnement.

LSS ÉUIGRATiTS. 1(5

— Que le diable m'emporte! s'écria tout à coup le coureur des bois en frappant sur la table, ces deux charmantes filles vont donner la becquée au sau- Tagel

Page 1