‹ Les émigrans (la colonie du Kansas) (volume 2)Chapitre 8 sur 16 · V. I jfBiiJOv ij i 110 )"ibaeii · texte numérisé non relu

V. I jfBiiJOv ij i 110 )"ibaeii

3ïii>'iVij(i .jjêiyi 'jeiiiioiov x>J8iq S8

Le pnéoBiuer (soiie).

Julia ^ Kretle sourirent de nouveau et s'approchèrent du prisonnier pour réaliser leur généreux dessein. D'abord Vent-du-Nord n'avait pas l'air de com-

HO LBs ÉmeiuufTS.

prendre ce qu'on lui voulait, et il conservait sa majestueuse impassibilité; mais ses jeunes pourvoyeuses lui apprirent par leur pantomime expressive ce qu elles attendaient de lui, et l'Indien, qui véritablement mourait de faim, se prêta volontiers à leur désir. Ouvrant une bouche bien meublée de dents blanches et aiguës, il avala les morceaux aussi vite que les deux sœurs pouvaient les lui présenter. '^Èllês's'àmùsâient beaucoup'^H#a^ï^^ttM6ntié, et elles durent Vévetiii^' plusieurs fois à là table p^ôùi^f ëmplîi^ l' atséfétte.

LES ÉMIGRÀMTS. ili

— Assez, mes jolies demoiselles, assez ! dit enfin Tête-de-Feu avec gaieté, ou tout notre souper y passera... Un seul de ces peaux rouges mange plus que douze Européens, et, une fois, j'en ai vu six dévorer un bison entier en ^^hgt-(ï\iatrè' feéùf'es.^ AU diable ces goin« fres! Je crains pourtant, ajouta- t-il en baissant la voix, ^ue la bonté de ces iîhèt^ès enfants h'àit |ibur effet d'enor- "^eîllir ' ce liiisérâble espion et "de le î^éWdfe fat;' 'je 'Vais essayer d'y mettre

ordre.

Ifs LES ÉMIGRANTS.

II së'tdtit'iiià' Vers le prisonnief, occu- ' |ié à vider une grande cruche d'eau que Kretle lui présentait. ^^^^ î"'

•luai. 9:.

floaid Hij iQ'i —-Que le guerrier rouge, dit-il avec

, ironie dans la langue des Konsas, ne ç^jBoit pas trop fier des services que lui rendent les filles du visage pâle. Le Grand-Esprit de leur peuple.leur.^ ordonne de se montrer secourables,et elles accomplissent la volonté du Grand-Esprit; mais elles sont bonnes aussi pour

LES ÉMIGRANTS. Il3

les chiens et les bestiaux de leur wigwam ; car, à leurs yeux, un peau rouge, Konsa, Pawnie, ou de toute autre tribu, est encore moins qu'un chien ou une Tache.

Le sauvage sentit peut-être cette in- , jure préméditée ; mais il dédaigna d'y répondre et, baissant la tête, ii retomba dans soi immobilité de statue.

Le souper finit, et le rtpos était bien vin 8

11 V ' LES ÉMIGP.AMTS.

nécessaire aux habitants de la terme.

Rober, au lieu de se trouver fortifié , éprouvait un malaise plus sensible encore qu'avant le repas. Les jeunes fil^e^, un moment égayées par la voracité de l'Indien, recommencèrent à s'alarmer en voyant les souffrances croissantes de leur père.

~ Ce ne sera rien, mes enfants, dit le colon tranquillement; la journée a été

LES ÉUIGRANTS. IIS

rude, et je ne serais pas étonné s'il en résultait pour moi un accès de fièvre; mais le sommeil me guérira, j*en suis sûr... Songeons donc à prendre nos dispositions pour la nuit, et-d'abord occupons-nous de dresser un lit pour Tête-de-Feu.

— Un lit pour moii répliqua le couvreur dès bois en haussant les épaules ; vous voulez vire. Je couche habituelle-

lil LES ÉHIGR/^NTS.

ment sur le sable ou l'herbe humide de la prairie, enveloppé dans mon manteau, et j'y dors à merveille. Que ces bonnes demoiselles ne se dérangent pas. Comme je dois demeurer quelque temps ici, je me construirai demain dans Ve,nclos une hutte en bois, je m'y ferai ' un lit avec un tas de mousse, et je n'aurai jamais été aussi corafortablement logé... D'ailleurs, je ne dormirai guère cette nuit ; ne faut-il pas que je garde à vue notre maudit sauvage ? Il paraît solidement attaché ; mais en peu de minutes, il' saurait bien rompre ses liens ,

LKS ÉMICRAiyTS* 117

isauter par une fenêtre et s'enfuir dans la forêt, si notre surveillance venait à se relâcher. Avec votre permission, je passerai la nuit près de lui dans cette pièce. Vous autres, dormez tranquilles; je réponds de tout.

Reber voulut élever quelques obj^ections, mais il n'en eut pas la fvDrce. En revanche Schmidt, sortant de sa réserve

118 LES ÉUlGRATfTS.

ordinaire, insista pour demeurer seul chargé de la garde de l'Indien.

— Vous devez être fatigué de votre voyage, monsieur Tétede-Feu, reprit-il,, et ce sera moi qui veillerai sm' le prisonnier pendant que vous vous reposerez dans ma chambre et dans mon lit.

Vous aurez demain une tâche assez rude pour conduire cet Indien à Stockton.

D'ailleurs, vous êtes l'hôte de M. Reber, et...

1,ES ÉMIGRAIfTS. 119

— Hôte OU non, je veillerai cette nuit, mon garçon, répliqua le coureur des bois avec cotte irascibilité qiii fléchissait seulement devant les jeunes filles du logis. Écoutez, vous êtes trbp jeune et trop fraîchement débarqué du continent pour connaître encore les ruses de ces peaux rouges. Si je vous laissais seul avec ceiui-la, peut-être demain matin serait-il loin d'ici, après'vous avoir délîarrassé de votre blonde chevelure e^ avoir mis le feu aux quatre coins de la maison... Encore une fois, ne me contrariez pas ; si Vous corlnaissiez

420 LES ÉlflGR4nTS

ces traîtres-là comme je les connais...

-Du moins, permettez-moi de veiller avec vous.

— Allons, l'ami, qu'on ne m'en parle plus. Girard a dû vous dire que j'ai bien gagné mon surnom de Tête-de-Feu, et earambal il ne faut pas m'échauffer la bile!

LES ÉMIGHARTS. 1^1

L'honirête Schmidt n'csa pas répliquer, et il dut ea passer par où voulait l'opiniâtre chasseur. Oq convenait des dispositions à prendre, quand un bruit grave, majestueux, aèsez semblable au grondement lointain d'un orage, se fit entendre au dehors; ce bruit se rapprochait rapidement et devenait de plus en plus distinct.

— Qu'est ceci ? demanda Reber en

i-22. LES ÉMIGRANTS.

tressaillant. Est-ce que les oreilles me bourdonnent ou Lien...

— Morbleu ! dit le coureur des bois avec inquiétude, ce ne peut pourtant pas être le tonnerre?... N'y aurait-il pas encore les sauvages là-dessous? Mais non ; voyez notre prisonnier : il écoute comme nous et il ne paraît pas moins étonné... Il faut savoir ce qui se passe.

UU ÉMlGAAim. 11$

Il ouvrit la porte et sortit dans la cour; Schmidt et la famille Reber le suivirent, aiguillonnés par Tinquiétude et la curiosité.

Page 1