‹ Les émigrans (la colonie du Kansas) (volume 3)Chapitre 10 sur 19 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

La colonie (suite).

lulia écoutait avec une sorte de ravissement, elle souriait quoique ses yeux fussent pleins de larmes.

j3â LES ÉUIGRANTSi.

— Merci, Kretle, répliqua-t-elle ; malheureusement je ne peux voir les choses du même point de vue que toi, et pourtant tes paroles me causent un bien-être inexprimable. . . Comment faistu donc pour envisager d'une manière si consolante les tristes réalités de notre position actuelle?

— Peut-être, Julia, mon caractère est-il plus frivole que le tien, répondit

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Kretle avec naïveté ; peut-être aussi tournai-je moins souvent les yeux vers le passé, qui a été pour moi si douloureux. Je n'ai rien à regretter, rien à ai» mer là-bas; toutes mes affections, toutes mes espérances se trouvent concentrées , dans cette solitude où nous vivons.. Et puis, il faut le dire, ma sœur, cette force d'âme qui cause ton étonnement, je la dois surtout aux conseils et à l'exemple d'un ami plein de sagesse, qui est ici pourrions comme une seconde provi-»

dence.

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— Tu veux palier de Schmidt, sans doute?

— Oui, de Schmidt, ma sœur. Sans lui, sans la rapide expérience qu*il a su acquérir de la vie des déserts, cent fois déjà nous eussions succombé devant des obstacles toujours renaissants. Notre père, avouons-le, trop habitué aux usages et aux goûts de l'ancien monde, n'aurait pu se plier aux exigences de

noire condition nouvelle, s'il n'avait eu Schmidt pour guide et pour appui. C'est Schmicit qui mène tout ici, et si plus tard la fortune vient couronner nos efforts, à lui surtout nous devrons le succès. Au milieu des plus affreuses privations , iî ne semble occupé que de notre bien-être, il ne songe qu'à satisfaire nos besoins ou même nos caprices. Si notre courage faiblit, il sait trouver de douces paroles pour le relever ; si notre esprit s'assombrit, il sait y faire entrer un rayon d'espérance. Oui, ma sœur, c'est à Schmidt que je dois cette énergie contre nos

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misères ; sa haute raison, son dévouenient m'inspirent une confiance sans bornes ; tant qu'il veillera sur nous, il ne saurait nous rien arriver de fâcheux.

Un franc sourire s'épanouissait maintenant sur les lèvres de Julia.

Kretle, s'écria t-ellc, je partage ton

us ÉKIGRAMTS. 157

admiration pour notre généreux ami; mais tu parles delui avec une chaleur!... Tu l'aimes, ma sœur; cette fois tu ne peux disconvenir que tu l'aimes !

Je n'en sais rien, Julia.

— Et moi, j'en suis sûre à présent.

Or, bien que Se hmidt en agisse envers toi avec une discrétion extrême, suivant sa promesse, il aspire à une récompense

13S L£S ÉMIGHANIS.

qui explique bien des choses... Voyons, ma sœur, pourquoi ne l'épouserais- tu pas? Tu sais que ni mon père, ni moi nous ne verrions avec déplaisir un pareil mariage?

— Ne me parle pas de mariage, interrompit Kretle avec une sorte d'impatience ; quoique Schmidt n'ignore pas mon triste passé et qa'il soit tout prêt à me le pardonner, j'ai bien réfléchi, et

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je me crois indigne de devenir la compagne d'un honnête homme. Songes-tu qu'il est au monde un misérable dont je ne pourrais supporter la présence sans mourir de confusion, si le hasard le ramenait un jour devant moi? Tiens, laissons ce pénible sujet, ma sœur, je t'en conjure. Je ne me marierai jamais, à moins., à moins d'événements qui peutêtre n'arriveront pas.

— Quoi I ma bonne Krelle, voudrais-

liO LES ÉMrCrv.VKTS.

tu te punir du crime d'un autre et te condamner...

— Brisons là, Julia, brisons là, je t'en supplie. Ai-je besoin d'épouser Schmid pour l'aimer et l'estimer comme il mérite d'être aimé et estimé? Ne vivonsnous pas sous le même toit, dans la douce intimité de la famille? 11 saura se contenter de cette affection sainte... Et puis , continua la cadette en reprenant

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4» ton léger et moqueur qui lui était habituel, as-tu songé au point le plus important? Pour se marier il faut un prêtre, et si la fantaisie nous venait de prendre un mari, où trouverions-nous un prêtre catholique dans ce désert? Il y a bien là-bas, à Stockton, ce M. Jones, nasillard, moitié ministre, moitié usurier, qui ne demanderait pas mieux que de marmotter ses psaumes à notre intention ; mais fi ! ce serait à dégoûter du mariage si Ton était obligée de recourir à lui.

/ i2 L£S ÉUI&IIAMS.

Juiia répondit sur le même ton, et cette conversation, commencée si sériensèment, allait peut-être tourner en plaisanterie, quand le son d'un cornet, auquel répondirent aussitôt les aboiements du chien, retentit à la porte extérieure.

— Voilà Schmidtî s*écria Kretle; le pauvre garçon est sans doute bien fati» gué, et cette neige fondue a dû le tremper jusqu'aux os.

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— Puisse-t-il avoir fait bonne chasse»

murmura Julia; notre père et lui auraient du moins de quoi souper!

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