‹ Les émigrans (la colonie du Kansas) (volume 3)Chapitre 16 sur 19 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

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La reoconlre (suite).

Reber avajt ime vive impa,tience d'arriver chez lui de bonne heure, et, comme nous l'avons dit, il pressait son cheval de tout son pouvoir. Mais le dégel

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formait sur le sol raboteux de la forêt de larges flaques d'eau et de neige fon . dante qui l'obligeaient à de nombreux détours. D'ailleurs, le pauvre animal, affaibli par des jeûnes fréquents, surchargé «du poids de son maître, écrasé par les provisions qui formaient un lourd ballot sur sa croupe, ne pouvait aller bien vite ; ses sabots gliss^tient sur la glace, il bronchait à chaque pas. Le voyageur fut même obligé plusieurs fois de descendre afin de soulager sa monture, et, les pieds dans la neige, il lui

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fallait péniblement la traîner par la bride.

Le pauvre Reber était bien changé, lui aussi, depuis quelques mois, et son extérieur justifiait pleinement les craintes de ses filies. Sa vigueur avait disparu, ses fraîches couleurs s'étaient effacées-, il avait vieilli avant le temps et ne semblait plus être que l'ombre de lui-même. A la vérité, il ne s'élait pas épargné dans les rudes travaux qu'avait

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exigés la fondation de son établissement agricole, et il avait payé de sa personne comme le dernier manœuvre à ses gages. Néanmoins, la fatigue seule ne pouvait avoir amassé si promptement des rides sur son front, creusé ses joues et blanchi ses cheveux. Sans doute une peine morale, d'autant plus vive qu'il désirait davantage la cacher, le minait sourdement et avait attaqué déjà sa constitution. Même en ce moment qu une lueur d'espérance éclairait sa physionomie, son regard était terne, une teinte plombée couvrait son visage.

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et sa tête se penchait sur sa poitrine comme si elle eût fléchi sous le poids du chagrin.

Tantôt marchant, tantôt chevauchant, Reber, enveloppé dans un manteau de peau de bison, et son fusil sur l'épaule, avait fait environ les deux tiers de la route. Il ne se trouvait plus guère qu'à trois ou quatre mille environ de l'habitation, quand un bruit, faible d'abord.

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mais paraissant se rapprocher rapidement, vint lui donner l'éveil : on eût dit de hurlements de bêtes féroces et d'aboiements de chiens sauvages. Dans le désert tout est motif de précautions et d'alarmes; aussi Reber s'empressa-t-il d'attacher à un arbre son cheval effrayé qui commençait à dresser les oreilles et à montrer des velléités d'insubordination; puis, armant son rifle, il se tint

prêt à tout énement.

Il était depuis quelques minutes en

observation, quand il se fît une grande agitation dans les broussailles à vingt pas de lui. Tout à coup un beau cerf, qui paraissait blessé, s'élança dans une clairière voisine et fut suivi d'une douzaine d'animaux ayant la taille de chiens bassets, qui aboyaient à ses trousses.

Reber, en effet, les prit d'a])ord pour des chiens; mais un examen plus attentif lui permit de reconnaître dans la meute bruyante ces petits loups qui infestent le pays, et qu'on appelle coyotes ou loups des prairies. Sans doute ceuxlà, poussés par la faim, s'étaient réunis

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pour attaquer la béte fauve, qui, pertlant 'son sang et déjà presque forcée, semblait destinée à devenir bientôt leur proie.

Le cerf, occupé exlusivement de ses persécuteurs, n'aperçut pas le colon.

Une fois dégagé des plantes grimpantes qui embarrassaient ses mouvements, il se retourna pour tenir tête à ses adversaires et les obliger de battre en retraite. Les coyotes, en le voyant dans

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cette attitude menaçante, s'arrêtèrent aussi et rentrèrent dans les halliers, mais sans cesser de pousser des aboiements étourdissants, d'où les naturalistes ont donné à cette espèce le nom de loup aboyeur {lupu$ latram). Content sans doute du résultat de son retour offensif, le cerf allait poursuivre sa route; il n'en eut pas le temps.

Reber, après avoir observé avec stu-

me, vint à songer que le cerf était réputé excellent gibier, et que la chair de celui-ci serait une merveilleuse ressource pour son monde, en attendant l'arrivée des provisions. A peine cette réflexion se fut-elle présentée à son esprit, qu'il porta sa carabine à l'épaule et tira. Quand la fumée du coup se fut dissipée, il eut la joie de voir le pauvre animal renversé sur la neige et se débattant dans les dernières convulsions de l'agonie.

Le bruit de l'explosion, répété par les

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mille échos de la forêt, imposa d'abord silence aux coyotes en leur révélant la présence de l'homme, et ils disparurent tous. Mais bientôt l'odeur du sang et la faim l'emportant sur la crainte, ils recommencèrent leurs hurlements lamentables, comme pour demander une part de cette magnifique proie. Reber, connaissant de longue date la lâcheté de ces mendiants, ne s'inquiéta pas plus de leurs plaintes que de, leurs menaces; tout heureux et tout fiçr, osant à peine

croire à sa victoire, il courut s'emparer

de sa conquête.

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C'était un cerf de Virginie, au poil doux et soyeux , aux formes élégantes ; son bois naissant se trouvait recouvert a cette époque de Tannée d'une peau douce' et fine à laquelle les chasseurs donnent le nom de velours. Il était d'une grande taille et pouvait peser une centaine de livres. -noo /l'Jii

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Lener, après i avoir examiné avec complaisance, songea aux moyens de ]e ti'ansporter chez lui; maïs là naquîf

une difficulté. Son pauvre cheval, fatigué, était incapable de porter et son maître et ce surcroit de charge jusqu'à l'habitation ; d'un autre côté, laisser la pièce de venaison à la place où elle était pour revenir la chercher le lendemain»

c'était fournir un festin à tous les coyotes de la contrée. Aussi le colon ne vit-il qu'un parti à prendre : c'était de mettre le cerf en travers de la selle, tandis que lui-même achèverait la route à pied.

■ -; i L .Jiiîiroj'iHrjtjij bhov Il traîna donc la bête jusqu'à l'endroit

OÙ il avait attaché son cheval; et il était en train de" l'assujettir sur la selle, quand une voix rude et irritée s'éleva derrière lui :

— Mordieu! l'ami, disait-on en anglais, vous n'êtes pas gêné, à ce qu'il paraît... Avant de vous emparer de ce gibier, vous auriez dû au moins vous assurer s'il vous appartenait. Allons!

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jetez cette bête par terre et montre?^ipo^^ les talons bien vit©*> -aj^^^ ,jtj*i0i ai «fiLb

Reber, au premier bruit, avait interrompu sa besogne et s'était retourné brusquement; alors il aperçut en face de lui un homme de mine peu rassurante et armé d*un rifle de longueur démesurée.

Ce personnage, autant qu'on pouvait

en juger au jour affaibli qui pénétrait dans la forêt, était de taille moyenne, mais trapu, carré des épaules, et d'une force peu commune. Son visage parcheminé, hérissé d'une barbe inculte, avait une teinte si foncée qu'on se demandait s'il appartenait à un Indien ou bien à un mdividu de race blanche \ et ' ses yeux, cachés sous d'épais sourcils, exprimaient, en ce moment surtout qu*ils étaient emiammes par la colère, une sorte de férocité. 11 portait le costume des coureurs des bois : blouse de peau de daim à capuchon, leggins de cuir et

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mocassins à la mode indienne ; il avait sur la tête un bonnet en peau de raton, dont la queue lui servait d*aigrette. Un vieux carnier, souillé de graisse et de sang, un couteau de chasse à manche de corne, suspendu à son côté, et sa formidable carabine, complétaient son équipage, qui annonçait un de ces chasseurs farouches, étrangers à la civilisation et souvent en guerre avec elle.

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