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Et il désignait deux ou trois animaux de grande taille, d*aspect farouche, qui se dirigeaient en bondissant vers la rivière pour se désaltérer, suivant l'habitude des bêtes sauvages aux approches de (a nuit»
— Chut! pas de bruit, ce sont des bisons, s'écria Saunders en armant sa carabine et en se mettant à courir dans la direction de la rivière.
— Des bisons! des bisons î s*écria
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Burgwillers , qui recouvra subitement toutes ses espérances; il y a des bœufs sauvages sur mes terres ! On ne m'avait donc pas trompé !
Et il suivit Saunders de toute sa vitesse. Les autres chasseurs ne tardèrent pas à se mettre de la partie, et M. Jones les y excita lui-même, dans l'espoir d'avoir une succulente bosse de bison pour son souper. Mais cette chasse improvisée ne devait pas réussir : les défiants animaux ne tardèrent pas à éven-
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ter l'homme, et, prenant la fuite, disparurent bientôt dans l'immensité du désert. Les chasseurs revinrent trèsfatigués et très-désappointés.
— N'importe ! dit Burgwiilers encore tout haletant, les bœufs sauvages ne paraissent pas manquer ici, et c'est le point capital. Cette prairie, j'en couriens, ne ressemble pas à nos pacages de là bas, et elle n'est pas tout à fait ce que j'imaginais,quoique les herbes soient yéritablement aussi hautes qu'un hom-
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me à cheval, comme le disait Hermann; mais, tout bien considéré, j'accepte mon lot, et je compte en tirer bon parti.
Et comme sa sœur, moins enthousiaste, se répandait en lamentations :
'■ —Tais-toi, sotte! dit-il avec rudesse, de quoi te plains-tu? avant six mois nous aurons le plus beau troupeau qui soit au monde, je te le promets.
Les illusions de l'ancien marquard taient robustes et tenaces, comme on le Toit.
Deux heures plus tard, la caravane avait établi son campement sur la lisière du bois, et les voyageurs, après un frugal repas, s'étaient retirés pour se livrer au repos. Un grand feu, auprès duquel se tenaient deux sentinelles, armées de carabines, projetait une lumière inégale sur Içs chariots et les tentes q\j| ser-
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Talent de demeure aux nouveaux colons. Rien ne remuait dans le camp, et Ton eût pu croire que les sentinelles seules veillaient; mais ni Reber ni ses filles ne pouvaient dormir. Kretle et Julia, blotties dans leur vagon, soûleraient de temps en temps la toile qui ea fermait l'entrée, et tout les frappait d'épouvante. Une nuit épaisse couvrait la nature; le vent continuait de se déchaîner avec fureur sur la prairie, ou de s'engouffrer avec des bruits étranges sous les arceaux séculaires de la forêt. Les jeunes filîes croyaient disting;'uéi''ie
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hurlement des Indiens qui s'avançaient pour attaquer la caravane, des rauquenaents de panthères ou des grondements d'ours dans les taillis. A chaque instant il leur semblait voir des yeux étincelants briller dans l'ombre ; elles s'attendaient à entendre l'explosion des carabines, les cris des sentinelles qui allaient donner l'alarme. Il n'y avait de réel dans ces sons menaçants que les glapissements des coyotes et les gémissements des oiseaux de nuit qui se mêlaient au fracas de la tempête; mais Kretle et Julia n'en étaient pas moins
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inquiètes, agitées, palpitantes, et cette première nuit passée sur leur domaine devait leur laisser de longs souvenirs de terreur.
TEÔISIÈM?, PâRTIE.
CUAPITRE PREMIER,
La Colonie.
Six mois s'étaient écoulés depuis que Reber et sa famille étaient venus s'établir sur le bord de la rivière Jaune, dans le Kansa^:
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L* aspect de cette portion du pays, située, comme nous savons, sur la limite du désert, avait bien changé dans cet intervalle. On se trouvait maintenant à la fin de l'hiver, et quoique le dégel fût prochain, quoique des bouffées chaudes du midi se fissent déjà sentir, la neige molle qui couvrait encore la terre, la rivière encore emprisonnée sous une épaisse croûte de glace, témoignaient que cet hiver avait été particulièrement long et rigoureux.
Mais la main de Thomme, plus que la
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saison, avait complètement modifié l'apparence des lieux. La pointe de forêt qui s'avançait autrefois vers le monticule voisin de la rivière avait disparu ; à sa place on apercevait seulement des troncs d'arbre coupés à trois pieds audessus du sol, des piles de bois de chauffage et de construction, enfin des enceintes de palissades destinées à garantir les cultures contre les déprédations des bêtes sauvages. Aussi le paysage semblait-il s'être élargi du côté de Stockton, et la forêt avait reculé respectueusement devant un nouveau
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maître. Le bois se trouvait maintenant à un demi-mille plus loin . et formait comme un mur sombre, malgré la neige éblouissante qui faisait plier ses branches entrelacées .
Sur toutes les autres parties du tableau l'œil ne rencontrait que la plaine onduleuse, dont la neige effaçait les teintes et les contours. La rivière ellemême ne se distinguait en rien de la prairie, cachée qu'elle était sous cette
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enveloppe blanche et monotone. L^s gigantesques roseaux qui autrefois en défendaient les abords n'existaient plus, et le terrain situé entre le monticule et la forêt semblait avoir été nettoyé par le £eu. Dans tout cet espace, il n'y avait plus trace de ces hautes touffes d'armoise ou de sauge qui,^ pendant des siècles peut-être, avaient couvert le sol. et quelques rangées de palis, établies non loin de la rivière, prouvaient qu'on ne désespérait pas d'y voir naître du gazon vert au printemps pour servir à la nourritiirç des bestiaux. En revanche,
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hors des limites de !a propriété de Reber et sur lé territoire appartenant à Burgwillers, le désert reprenait ses droits: les sauges reparaissaient, entremêlées d'arbustes cbétifs, et se prolongeaient à une grande distance au-delà de l'horizon.
L'habitation de Reber avait été construite vers le sommet du monticule dont nous avons parlé, la façade tournée vers la rivière. Elle consistait en
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plusieurs huttes de bois ou log-cabins relices entre elles au moyen de galeries légères. Les abords de ces bâtiments étaient défendus par des palissades fort solides, profondément enfoncées dans le sol, qui devaient être un rempart suffisant contre les malfaiteurs et contre les animaux féroces. Ces palissades, dans lesquelles une porte solide donnait entrée, formaient ainsi une vaste enceinte, destinée à devenir plus tard cour ou jardin. L'étable des vache» et l'écurie du cheval consistaient en un
hangar couvert en planches et situé inté» YII 6
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rieurement près de la porte d entrée; un second hangar, réservé aux charriots et aux instruments de labourage, s'élevait de l'autre côté. Malgré l'imperfection, la grossièreté même de ces divers ouvrages, on pouvait à bon droit s'étonner qu'ils fussent comme sortis de terre en si peu de temps, et qu'il eût suffi de quelques mois à un petit nombre d'hommes pour vaincre cette nature înclémente.
Tel était donc l'état des choses, par
■uae sornbre journée de mars, deux heures environ avant le coucher du soleil.
A riieure dont nous parlons , une solitude morne, rég^nait autour de l'habitation et dans Timmensité de la prairie.
Excfipté les oiseaux de proie qui tournoyaient dans le ciel brumeux, excepté les craquements sourds qui se faisaien parfois dans la rivière et annonçaient une débâcle prochaine des glaces, excepté enfin les frémis-^emenis lointains de la forêt quand un vent tiè le, venu du l^olfe de Mexique, agitait les feuilles sèches, rien ne troublait le calme solennel
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'de ces frontières de la civilisation américaine. Les défrichements semblaient abandonnés; l'habitation elle-même, ensevelie sous sa coache de neige, paraissait déserte ; les portes en étaient soigneusement fermées, et nul être humain ne se m^ontrait dans l'enclos. Cependant des beuglements sonores qui par intervalles partaient de l'étable, les "aboiements d'un chien chargé de garder l'entrée da logis, et surtout des flocons ^e fumée qui s'élevaient du toit de la maison, témoignaient que cet abandon était plus apparent que réel.
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lES ÉMiGKANtS. 85
En effet, dans la hutte principale,
placée au centre des constructions, nous
trouverons deux personnes de notre
connaissance. Cette hutte était revêtue
en dedans d'une glaise fort dure qui
donnait aux murailles toute la soHdité
désirable; un papier de tenture appliqué
j sur les pans prêtait à la pièce un air d6
comfort. Le sol qu'on n'avait pas encore eu le temps de recouvrir d'un plancher, était enduit de la même glaise, qui, bien battue et bien unie, ne conservait aucune humidité. Les fenêtres, tort étroites, étaient garnies, au lieu de vitres
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d'une sorte de baudruche transparente»
Un grand poêle de fonte, installé dans un massif de maçonnerie, entretenait autour de lui une température douce et constante. Le mobilier, simple et primitif, consistait en une table et en quelques sièges de bois. Des caisses, des coSfres, étaient disposés le long des murs, auxquels on voyait suspendus un grand nombre d'ustensiles disparates, mais tous d'une indispensable utilité.
Cette pièce servait de salon et de lieu
de réunion à la famille Reber ; elle formait, avec deux autres huttes, l'une destinée aux jeunes filles et contenant leurs couchettes , l'autre commune à Reber et à Schmidt, l'appartement des colons. Quant à la cuisine, elle consistait en un petit appentis dressé dans la cour, un peu a récatrt, afin de protéger contre toute chance d'incendie ces constructions de terre et de troncs d'arbres.