‹ Les émigrans (la colonie du Kansas) (volume 3)Chapitre 8 sur 19 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

hà colonie (saile).

Kretle et Julia se trouvaient seules en ce moment à l'habitation. Reber était parti le matin pour Stockton et ne devait rentrer que le soir; Schmidt était

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allé fourrager à la forêt, afin de donner la nourriture aux vaches, qui ne pou* vaient chercher leur nourriture sous cette neige épaisse. C'était là, avec les deux jeunes filles, tout le personnel de la colonie, car les travailleurs à gages qui avaient aidé Reber et Schmidt à créer cette ferme avaient été congédiés depuis longtemps. Quant à Burgwil- 1ers, il s*était construit dans la prairie une habitation qu'il occupait avec sa sœur, et où ils vivaient dans une profonde sohtude.

'^ Kretle et Julia, assises devant le poè-

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le, s*occupaient de raccommoder des vêtements appartenant à leur père. La cadette semblait fraîche et bien portante ; mais les beaux traits de l'aînée avaient une teinte de mélancolie plus marquée qu'autiefois, et la langueur de ses mou.'ements témoignait d'une peine constante et secrète. Elles portaient l'une et l'autre un costume bizarre que les exigences du climat et l'isolement de l'habitation leur avaient fait adopter. Par dessus leurs robes de laine elles avaient un espèce de mantelet court en écureuil gris ; leurs jambes étaient en-

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ve!oppées de bottines en pea» de daim qu'enjolivaient des broderies à la mode mexicaine; et leurs têtes, aux cheveux bouclés, étaient protégés par des toquets légers en peau de castor qui rappelaient un peu la coiffure des femmes polonaises. Les peaux d'écureuil, celles de daim et de castor, étaient des produits de l'industrie de Schmidt, qui était devenu trappeur habile en même tempg qu'adroit chasseur. Malgré ces ornements un peu sauvages, les deux sœurs conservaient cet air coquet et gracieux qui semble inné chez les Françaises, et

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SOUS leurs épaisses fourrures, la figure noble et douce, la mélancolie touchante de Julia, la physionomie espiègle, la bouche mutine, l'œil souriant de Kretîe , n'avaient rien perdu de leur eharme.

Julia restait pensive, tandis que sa sœur fredonnait distraitement une vieille chanson allemande, i^ sbo^i^âiénts du

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chien attirèrent bientôt leur attention.

— Entends-tu, Kretle, dit Julia en interrompant son travail et en prêtant Foreiile, comme ce pauvre Polack crie làbas dans sa niche? Peut-être sent- il quelqu'un s'approcher de la ferme?

— Bon ! répliqua Kretle avec légère-

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té, ne crois-tu pas, Julia, que nous allons recevoir des visites ? Le temps des visites est passé, ma chère, à moins que ce ne soient celles des ours et des loups de la prairie. Si Poîack devient si bruyant, c'est qu'il meurt de faim. Il a eu ce matin pour unique déjeuner les os du pigeon que Schmidt avait tué hier, et ce pigeon avait déjà fourni un repas à toute la famille ; Polak a bien ses raisons pour crier !

— ^. IN 'importe! dit Juha en se ievaui Vil T

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et en allan^ appliquer son front contre une des fenêtres de la sdle, il se fait tard; et notre père n'arrive pas... Les chemins doivent être affreux; le dégel se déclare... Si notre cher voyageur s'était égaré dans la forêt 1

— Bon Dieu! ma sœur, répliqua Kretle en se levant à son tour, comme tu es ingénieuse à te tourmenter! Tout t'inquiète et t*alarme. Notre père avait

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de gfrands intérêts à débattre avec ce vidil hypocrite de M. Joaes,,et la négOT ciation aura pu n'être pas aisée. Je l'attends seuleai^^nt à la chute du jour, et tu vois que le soleil est encore haut. Quant à s'égarer dans la forêt, la chose ne paraît guère possible. La route est sufiisa.mment tracée maintenant, et iors même que notre père serait capable dé se perdre, le cheval saurait bien seul revenir à son écurie.

— Où la pauvre bête fatiguée ne .trou-

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vera pourtant ni foin, ni paille, ni avoine afin de réparer ses forces ! acheva tristement Julia.

— Bah! Schmidt lui donnera ure brassée de ces herbes qu'il est allé couper dans le bois pour nos vaches, qui brament aussi la faim de leur côté ; et puis le cheval aura mangé sans doute à Stockton.

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— Fort biea^ ma sœur ; mt,is si tu vois avec tant de détachement les souffrances des animaux domestiques, pourraistu du moins me dire ce que nous offrirons pour souper à notre père et à Schmidt, quand ils vont rentrer épuisés de fatigue?

-— Ainsi donc, Julia, il ne reste plus rien de toutes ces provisions que nous

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son sec? Il reste bien tout au moins un biscuit que nous pourrions faire tremper dans une écuelle de lait ?

— Rien, Kretle, absolument rien; pas un morceau de salaison, pas un biscuit.... Quant au peu de lait que nous ont donné aujourd'hui nos pauvres vaches affamées, je comptais que tu en ferais toi-même ton repas du soir,.. Ghétif repas, ma sœur, car tout le lait de la journée pourrait tenir dans un verre à boire !

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— Et pourquoi, s'il y en a si peu, demanda Kretle avec vivacité, en profiterais-je plutôt que toi, ma sœur? Tu ne peux supporter aucune autre nourriture; et le lait sera pour toi ou je me fâcherai.

— Oh ! moi, Kretle, répliqua Julia avec embarras, je n'ai besoin de rien aujourd'hui: Sans être réellement malade, je suis énervée, souffrante. .

— Cela veut dire, reprit Kretle émaie.

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son sec? Il reste bien tout au moins un biscuit que nous pourrions faire tremper dans une écuelle de lait ?

— Rien, Kretle, absolument rien; pas un morceau de salaison, pas un biscuit..-. Quant au peu de lait que nous ont donné aujourd'hui nos pauvres vaches affamées, je comptais que tu en ferais toi-même ton repas du soir... Chétif repas, ma sœur, car tout le lait de la journée pourrait tenir dans un verre à boire !

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— Et pourquoi, s'il y en a si peu, demanda Kretle avec vivacité, en profîterais-je plutôt que toi, ma sœur? Tu ne peux supporter aucune autre nourriture; et le lait sera pour toi ou je me fâcherai.

— Oh ! moi, Kretle, répliqua Julia avec embarras, je n'ai besoin de rien aujourd'hui: Sans être réellement malade, je suis énervée, souffrante. .

— Cela veut dire, reprit Kretle émue.

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que tu te laisses (gagner par le chagrin» que tu te désoles, que tu te désespères en dedans de toi-même, quoi que je dise etquoi que je fasse ..Voyons, ma sœur, je t'en supplie, sois raisonnable; notre situation est triste j'en conviens ; mais elle deviendra meilleure. Tiens, aujourd'hui, par exemple, notre père sera p?irvénù sans doute à emprunter à M. Jones la somme dont il a be=;oin, et comme il sait notre détresse, il aura, j'en suis sûre, acheté de nouvelles pro' visions. Ce soir, peut-être, nous nous trouverons dans l'abondconqe . Et puis.

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ma sœur, ajouta Kretle, en posant sa figure espiègle sur l'épaule de Julia et en baissant la voix, comme si quelque indiscret eût pu l'entendre, as-tu songé que notre père aura trouvé peut-èlre à la ville des lettres de nos amis de France?. , Tu sais bien de qui je veux parler.

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