CHAPITRE SEPTIÈME
it
La graDd'mère (Suite.)
Cette chambre, où l'on s'efforçait aussi d'entretenir une scrupuleuse propreté, était encombrée de meubles qui avaient pu être luxueux vingt ou trente ans au-
180 LES ÉittlGRANTS.
paravant, mais qui, malgré des raccommodages successifs, se trouvaient alors dans un délabrement complet. Cependant, leur maîtresse semblait les voir encore tels qu'ils avaient été dans l'éclat de leur jeunesse, et elle s'en montrait glorieuse et fière. On avait clos les fenêtres à cause du vent frais qui venait des montagnes, et d'épais rideaux ne laissaient pénétrer dans la chambre qu'un jour affaibli.
La dame de céans était assise dans un grand fauteuil de velours d'Utrecht jaune, rembourré de duvet. Elle avait
LXS ÉMIGRANTS. 161
plus de quatre-vingt ans, et sa taille voûtée, son teint couperosée, son nez bourgeonnant, sa bouche flétrie et complètement dégarnie de dents, he démentaient pas cet âge.
Cependant sa mise et ses manières trahissaient des prétentions ridicules.
Un tour de cheveux blonds, soigneusement bouclés, encadrait sa figure, que surmontait un ample bonnet de gaze enjolivé de rubans aux couleurs éclatantes. Son châle, tout passé, était drapé avec une recherche qui visait à
18â LES ÉMIGRANXS.
l'élégaace : ses manchettes et sa collerette empesée annonçaient encore des velléités de coquetterie. Devant elle était posé un léger guéridon, soi-disant en laque de Chine, qu'elle renversa réguUèrement chaque fois qu'elle se levait ou qu'elle s'asseyait, et, sur ce guéridon, se trouvait à demeure un livre usé et déchiré dont la grand'mère, des lunettes de cornes sur le nez, faisait son occupation ordinaire : ce livre était un volume dépareillé de Pigault-Lebrun.
Depuis plusieurs années, Mme Dietrich parcourait le même volume, et elle le recommençait bravement quand elle
LES ÊMIGRANTS. 183
avait achevé de le lire, vu qu'elle l'avait déjà oublié.
L'histoire de Mme Dietrich ne pouvait inspirer une vive sympathie pour elle.
Belle et «recherchée dans sa jeunesse, elle avait eu deux maris, doat le premier avait été commissaire des guerres sous la répubhque. Elle avait mené longtemps, soit à Paris, soit à Strasbourg, où elle s'était retirée plus tard, une existence brillante et un grand train ; mais nulle part elle ne s'était con-
164 ^ LES BMIGRAJirS.
cilié l'estime des honnêtes gens. Au contraire, ses galanteries, ses dissipations, son égoïsme révoltant avaient soulevé contre elle la réprobation publique. Sa conduite fut surtout odieuse envers sa fille unique, Madeleine, la mère de Kretle et de Julia. Jalouse de la beauté de Madeleine, cette femme sans cœur ne lui avait manifesté que de l'aversion et l'avait constamment tenue loin d'elle. Madeleine, à qui sa mère, riche alors»
rrfusait une dot, s'était donc trouvée fort heureuse d'épouser Reber, dont la condition était inférieure à la sienne, mais qui, malgré la rusticité de ses ma-
LES ÉHI«RANTS. 185
nières, l'avait bien aimée et lui avait donné des jours paisibles. De son côté, Mme Dietrich n*avait pas été fâchée de se débarrasser d'une fille dont la beauté et les vertus étaient comme une insulte pour elle; mais, rougissant d'avouer pour gendre un paysan tel que Reber, elle n'avait pas .tardé à rompre toutes relations avec les deux époux.
Plusieurs années s'écoulèrent, et le temps, qui change tant de choses, parut enfin changer le cœur de la coquette surannée- Elle était vieille ; on la disait ruinée ; le luxe et les amans étaient
partis depuis longtemps. Un jour, une lettre arriva dans la tranquille maison de l'Arche : Mme Dietrich reconnaissait ses torts envers ceux qu'elle voulait bien, pour la première fois, appeler ses enfants ; elle était souffrante, isolée, et demandait asile à la ferme pour la fin de ses jours. Les époux Reber, en cette circonstance, ne méconnurent pas leur devoir; oubliant des griefs légitimes, ils accueillirent leur mère comme si elle eût toujours été tendre et généreuse à leur égard. On ne lui demanda jamj^is compte du passé ; on poussa la délicatesse jusqu'à ne pas l'interroger sur Tu-
LES ÉMIGRVNrt>. 187
sage qu'elle avait fait d'une fortune autrefois considérable ; on eut l'air de ne pas s'apercevoir Iqu'elle possédait encore des ressources, pendant que la famille vivait souvent dans la gêne. Depuis plus de douze ans cette^ noble conduite ne s'était pas démentie ; et quand la pauvre Madeleine était morte à la peine, peu d'années avant le jour où commence cette histoire , ses deux filles avaient continué son œuvre de pieux dévouement enyers leur aïeule.
Tel était donc le passé de la vieille femme qui paraissait en train de lire
en ce moment ; l'occasion était favorable pour l'aborder, car elle se montrait rarement aussi calme. D'ordinaire elle allait et venait en tâtonnant dans tous les coins de sa chambre, et en marmottant des paroles inintelligibles. Souvent même, lorsqu'elle trouvait la porte ouverte, elle parcourait de même la maison, touchant à tout et grondant sans cause apparente. A la suite de ces promenades de loup garou, il était rare qu'un objet de quelque valeur ou du moins brillant n'eût pas disparu, et on finissait toujours par le retrouver dans des endroits où l'on se fût le moins
LES ÉMIGRVNTS. 18f
avisé de le chercher. Si Ton en faisait des reproches à la grand'mère, elle affirmait avec aigreur qu'elle ne savait ce qu'on voulait lui dire ; et en effet, elle était souvent la première à se plaindre (le la disparition des choses qu'elle avait si bien cachées.
Reber conçut donc quelque espoir en voyant la vieille femme si tranquille, mais cet espoir dura peu. Mme Dietrich s* était retournée au bruit, et avait posé la main au-dessus de ses yeux afin de mieux voir ; puis, renversant le frêle guéridon, selon son usage invariable,
190 LES ÉMIGBANTS.
elle se leva, fit une cérémonieuse révéence, et dit de sa voix cassée :
— Entrez, monsieur et madame....
enchantée de vous voir. Je reçois si rarement des visites dans ce maudit pays ! C'est pour moi une bonne fortune.
Reber s'arrêta découragé.
— Elle ne nous reconnaît plus ! dit-il.
— La chambre est si obscure, repli-
LES ÉUIGRÀNTS. 191
qua Julia, et grand'mère a de si mauvais yeux !
Puis, courant à la vieille femme, elle lui dit avec douceur:
— Eh bien ! grand'maman, à quoi songez-vous donc? Ce ne sont pas des visites qui vous arrivent; vous vous croyez toujours à Strasbourg ou à Paris oîi vous receviez beaucoup de monde C'est nous, votre gendre et votre petitefille : il est inutile de vous déranger.
Et elle releva le guéridon, que la grand' mère s'empressa de renverser de nouveau en se rasseyant.
— Ma petite-fille, répéta-t-elle d'un air pensif ; oui, oui, cette enfant-là doit être ma petite-fille, car ellelie me quitte pas : et il y en a encore une autre qui va et vient autour de moi... Mais qui donc est mon gendre ici ?
Le fermier perdit patience.
— Eh bien ! et moi, maman Dietrich,
demanda-t-il avec rudesse, pour qui diable ine prenez-vous ?
Si la grand'mère ne reconnaissait pas les traits de son gendre, en revanche elle reconnut parfaitement sa voix, dont l'accent sévère ne manquait jamais de résonner derrière elle quand elle avait commis un méfait. Elle devint humble tout à coup.
— Vous... mon gendre ? répliqua- t-elle doucement. C'est possible après tout, car ma pauvre mémoire commence à s'en aller... Mais, je vous en prie, ne
19* ,1ES ÉWIGRANTS.
me grondez pas , je n'offensepersoune...
mon Dieu! je suis là bien tranquille à lire un roman... Est-ce que vraiment j'aurais fait encore quelque sottise ?
Mme Dietrich n'était pas bien sûre d'elle-même, comme on le voit ; mais Reber ne s'amusa pas à la rassurer.
— Laissons cela, grand'maman, ditil d'une .voix grave en prenant place devant elle, et tâchez de recueillir vos idées pour bien me comprendre, car il s'agit de choses de la plus haute importance : il s'agit de l'honneur, de
LES ÊMIGRANTS. 195
rexistence même de votre famille....
Voyons, m'avez-vous bien entendu ?
— Certainement, certainement. . . mais je vous assure que je n'ai rien fait; je suis innocente comme l'enfant qui vient de naître.
— Un enfant, vous ne croyez pas dire si vi*ai ! répliqua Reber avec amertume ; mais ne perdons pas de temps... Sachez, mère, que, par suite de circonstances malheureuses, je suis complètement ruiné. Si personne ne vient à mon secourst moi, mes filles et vous-*même
nous en serons réduits à la mendicité ; nous mourrons tous de faim... Est-ce clair, cela?
Cette affreuse nouvelle ne produisit pas sur la vieille l'effet attendu.
— Ce n'est pas moi qui ai pris les chandeliers plaqués en argent, réponditelle ; il est venu un voleur qui les a emportés... Pouvais-je 'm'y opposer, moi, pauvre femme?
Julia jeta un regard vers la cheminée.
,LES tMlGRANTS. 197
— Il est vrai, les chandeliers plaqués ne sont plus à leur place, dit-elle à demi-voix; je gage qu'elle les aura encore cachés entre ses matelas !
— A tous les diables les chandeliers ! s'écria Reber en frappant du pied; qui s'inquiète de pareilles fadaises ! Maman Dietrich, si les chagrins de mes enfants et les miens ne vous touchent pas, songez du moins à vous-même... On vendra ces vieux meubles, débris de votre richesse passée, auxquels vous tenei tant; on vous chassera de cette chambre, et il vous faudra chercher un asile
lilS LES EUIGRANp.
je ne sais où... Vous ne connaîtrez plus le bien-être; |yous aurez peut-être à souffrir de la faim et du froid...
M'entendez-vous? me comprenez- vous bien? .. Je m'exprime pourtant assez nettement.
Cette fois la grand'mère parut avoir une vague perception de la réalité; elle se redressa et répondit d'un ton fier :
,— Vendre mes meubles ! me chasser !
me priver du nécessaire! Qui aurait ce pouvoir? |Ne suis-je pas ma maîtresse?
— A la bonne heure! voilà enfin quelque chose qui a l'ombre du sens commun. Eh bien ! maman Dietrich, pouvez-vous me venir en aide?
— Je vous recommenderai volontiers aux personnages en crédit de ma connaissance, et...
— Ne me recommandez à personne et tirez-moi d'affaire vous-même, j'aime mieux cela; je vous en aurai une reconnaissance éternelle, et vous nous sauverez tous. Écoutez : On dit que vous aviez de l'argent quand vous êtes venue
VOUS installer chez nous, il y a dix ou douze ans; je n'en sais rien, car Madeleine et moi, nous fûmes trop délicats pour vous questionner à ce sujet. Mais il est certain que vous avez reçu, depuis trois ans environ, de M. Marais, le notaire de TArche, une somme de trente mille francs qui vous revenait de votre douaire ; cette somme, je n'ai pas voulu vous la garder, bien que votre esprit commençât à baisser beaucoup dès ce temps-là ; maintenant le malheur des temps m'oblige à vous demander cet argent, sans lequel je suis perdu à tout jamais. Qu'en avez-vous fait? On
ne le retrouve plus. Vous n*avez pu ni le dépenser ni l'aliéner; où donc l'avezvous caché? Je vous en prie, réfléchissez; fouillez dans votre mémoire.
Trente mille franc en billets de banque, cela ne tient pas beaucoup de place ; où les avez-vous mis? Il faut les trouver, les trouver aujourd'hui, à l'instant même, ou il va nous arriver malheur.
La vieille eut l'air de se creuser l'esprit; mais bientôt, fatiguée de cet effort, elle dit avec impatience :
— Je n'ai pas d'argent; adressez-vous
202 L»-.S ÉMIGRANIS.
à mes hommes d'' affaires; laissez-moi.
— Mais, tonnerre! s'écria le fermier, songez donc que depuis plus de vingt ans vous n'avez plus d'hommes d'affaires ! Vous qui vous souvenez si bien de ce qui s'est passé dans votre jeunesse, ne pouvez-vous vous souvenir aussi de ce qui s'est passé à une époque si récente? Allons, parlez.
— Je ne me souviens pas, répliqua Mme Dietrich d'un air hébété; je n'ai pas d'argent, on m'a tout pris.
— Qui donc ?
— Je ne sais.
— A d'autres ! s'écria Reber furieux Eh bien ! puisque vous ne pouvez pas entendre la voix de la raison, j'agirai d'autorité. Vous n'avez pas le droit de priver votre tamille de cette somme considérable, et, dans votre propre intérêt, je vous ordonne de me dire où vous l' avez cachée.
— Mon père!...
T— Laisse-moi! elle peut nous sauver tous en se sauvant elle-même. Parlerez-
S04 LES ÉHiaRANTS*
VOUS, mère sans entrailles ! Encore une fois, qu'est devenu cet argent?
Le ton formidable de Reber eut pour unique résultat de frapper de terreur Mme Dietrich. Elle se renfonça dans son fauteuil et dit avec imbécilité :
— Je n*ai rien fait ; ne me maltraitez pas!
Le fermier se jeta sur un siège, prit sa tête dans ses mains, et se mit à rugir de douleur, d'impuissance et de rage.
LES ÉHIGRANTS. 30S
Julia reprit timidement :
— Mon père, vous n'obtiendrez rien d'elle de cette manière. La peur paralyse ses facultés. Laiss€e-moi essayer à mon tour.
— Essaye, répliqua Reber avec accablement; mais comment tirer de la musique d'un violon- cassé? C'est à de-
venir fou comme elle .
Julia le pria de garder le silence et de demeurer immobile. Elle-même attendit quelques instants; puis quand elle
206 LES ÉHIGRANTS.
vit les traits, ridés de Mme Dietrich reprendre leur placidité ordinaire, signe certain que la scène précédente était déjà oubliée, elle demanda d'un ton caressant :
— Eh l grand'maman, pourquoi donc ne me montrez-vous plus le beau portrait en miniature qui vous représente à Tâge de vingt ans ? Savez- vous que vous étiez fort jolie?
Un sourire se joua sur les lèvres flétries de Mme Dietrich.
" Jolie, oui, j'étais jolie, {^pominelat-elle en clignant des yeux; quant au portrait, il doit être par là... je l'aurai serré quelque part... je te le montrerai quand je le retrouverai.
— Quoiqu'il ait été fait il y a longtemps, on vous reconnaît très-bien encore. Vous avez de grands airs, des manières nobles. .. Je gage que si vous aviez voulu, vous eussiez trouvé encore à vous marier?
Julia ne paraissait pas prendre le
SOS LES ÉUIGRANTS.
chemin le plus direct pour arriver à son but, et'Reber s'agitait sur sa chaise.' La jeune fille lui adressa un signe suppliant pour l'engager à la patience.
La grand'mère, douceuient chatouillée par ces questions flatteuses, hochait la tête avec complaisance.
— Me marier! répéta-(-elle, et pourquoi ne me marierais -je pas? Il n'y a pas longtemps qu'il s'est présenté un galant. Oui, oui, il y en avait un, il y en avait deux... je ne sais plus combien.
LES EMIGAANTS. 209
— Pourquoi pas tout un régiment !
gronda Reber entre ses dents.
Julia le supplia encore de garder le silence.
— Ainsi, grand rnaman, vous pensez toujours au mariage? reprit elle de son ton câlin ; voyez«-vous ça ! Mais pour se marier il faut une dot, et vous n'avez pas de dot, je gage !
— Eh! eh! qu'en sais-tu? reprit la vieille en se dandinant.
310 LES ÉMiGRArrrs.
Reber commençait à comprendre la pensée de sa fille, et ne songeait plus à rinterrompre.
— Vous, une dot? reprit Julia en affectant une incrédulité extrême; allons donc ! grand'maman, vous voulez vous moquer de moi... Depuis bien longtemps vous n'avez plus d'argent à votre disposition.
— Tu crois cela? et, sans parler du reste, ces trente mille livres en billets de caisse ne suffiront-ils pas pour se marier à la campagne?
Julia échangea un regard avec son père.
— Tenez, grand*maman, dit-elle avec légèreté, vous vous moquez encore de moi, et ce n'est pas bien... Ces billets de banque, vous les avez perdus, brûlés,
que sais je! enfin, ils ne se retrouvent plus.
— On les retrouvera, répondit la grand'mère en ricanant.
— Bon ! vous vous vantez, car vous avez mauvaise mémoire et vous ne par-
'2i^ LES ÉMIGAAMTS.
viendrez jamais à découvrir cet argent... Or, croyez-vous que les épouseurs se contenteront d'un propos en Tair, d'une vague promesse? Ce n'est plus aujourd'hui comme autrefois : les prétendants exigent des espèces sonnantes, et les filles pauvres n'ont pas beaucoup de l'hancès de se mettre en ménage.
— Ta, ta, ta, tu es une petite sotte. Yeux-tu donc m'apprendre comme il faut se conduire ? Mon futur verra ma dot, je te le garantis.
Rebern'y tint plus.
LES JËMIGnANTS 132
— Eh?jnorbl9u! s'écria-t-il, pourquoi Alors ne me la montrez-vous pas, à moi?
Le son de cette voix redoutée ne manqua pas sur la vieille son effet ordinaire. Mme Dietrich se blottit dans son fauteuil et balbutia :
— Je., je n*ai rien fait... ne me grondez pas.
— Mon père, vous avez tout gkié, dit Julia en soupirant; nous ne tirerons plus rien d'elle aujourd'hui.
214 LEt imCRANTS.
— Ta as raison, je le crains, répliqua Reberunpeu honteux; mais je n*ai pu garder mon sang-froid en voyant cette vieille momie faire des projets de mariage. Cependant, parle-lui encore, ma fille ; tâche de lui arracher la vérité : cette fois, je te le promets, je ne t'interromprai plus.
— C'est inutile; son esprit est fatigué. Depuis longtemps elle n'avait soutenu de conversation aussi longue sans déraisonner ; c'est que le sujet était de son goût. D'ailleurs, la voilà sur ses gardes maintenant, et il faut attendre
LES ÉHIGRANTS. S*^*
qne ses idées aienf eu le temps de se rasseoir.
— Eh! pouvons-nous attendre? Le juif va venir... Encore un effort, mon enfant, je t'en conjure !
Julia consentit par condescendance pour son père, bien qu'elle n'espérât rien d'une nouvelle épreuve. Après une longue pause, elle reprit de son ton insinuant, en se penchant vers l'aïeule :
— Ah çà î grand'maman, il est donc vrai que que nous allons bientôt danser à votre noce ?
2i6 Lis ÉMtGRANTS.
— A ma noce, petite ? répliqua froidement Mme Dietr*ich; que dis- tu donc ? Est-ce qu'on se marie à mon âge ? C'est bon au tien.
— Alors , pourquoi vous êtes-vous économisée une dot ?
— Une dot, à moi ' Où la prendraisje, bon Dieu ! Je suis une pauvre vieille femme qui est à la charge de sa famille, j'en ai grand'peur.
— Cependant vous me disiez tout k l'heure...