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— Moi ! Ai-jedit quelque chose? répliqua la vieille toujours en alerte; on ne doit pas trop s'en rapporter à mes bavardages, vois-tu, car il est des moments où la mémoire... Je n'ai pourtant rien dit de mal, je pense ?
Evidemment les craintes de Julia se réalisaient, et Mme Dietrich n'était plus dans son quart-d'heure de confiance.
— Laisse-la, reprit Reber découragé ; décidément, il n'y a plus rien à tirer d'elle. Jusqu'à son dernier jour elle sera pour nous un sujet d'affliction! Tiens,
9lt UES ÉMIGRANTS.
je sors. Quant à toi. reste avec elle, et invente quelque moyen de lui délier la langue ; je m*en rapporte à toi, car véritablement la jeune fille la plus innocente s'entend mieux que l'homme le plus madré à confesser les gens !
Julia sourit de ce singulier éloge ; mais reprenant aussitôt sa contenance mélancolique :
— Mon père, dit-elle, il est une personne qui connaît mieux le caractère de grand*maman et qui serait bien plus habile à pénétrer son secret.
LIS AVIGRANTS. 219
— Qui donc, mon enfant ?
— C'est... Ne vous fâchez pas... c'est ma pauvre sœur.
— Ne me parle pas d'elle ! s*écria le fermier avec violence ; je n'ai pas besoin de ses services ; j'aimerais mieux perdre cet argent que de le devoir à l'intervention de cette/ maudite créature.
Mais, tu m'y fais songer, son tour est venu; j'ai besoin d'avoir avec elle un bout de conversation.
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— Mon père, je vous en conjure, permettez-moi de vous accompagner.
— Reste avec la grand'mère; je dois dire à Vautre des choses qui ne peuvent pas être entendues par une honnête jeune fille telle que loi.
— Du moins, répliqua Julia en se pendant au cou de Reber et en l'embrassant, soyez indulgent pour elle.
C'est votre plus jeune enfant, c'était la favorite de notre excellente mère que vous aimiez tant ; ne l'oubliez pas, par pitié! Il y a dans le malheur de cette
LES ÈUICRAISTS. "^'iï
pauvre Kretle un myytère que je ne puis comprendre; mais, j'en suis sûre, elle est moins coupable qu elle ne le paraît. Soyez bon pour elle, je vous le demande à mains jointes.
— Nous verrons, laisse-moi, répondit Reber, ému malgré lui de ces touchantes supplications ; si elle se montre obéissante et soumise, je pourrai peut, être lui pardonner encore ; mais si elle me résiste comme par le passé...
— Mon père, mon bon père, promet-
â22 las BiUGRAeiTs.
tez-moi de lui pardonner dans tous les cas.
— Allons ! c'est assez, interrompit je fermier en écartant sa fille aînée avec un peu de rudesse, j'agirai pour le mieux.
Sans vouloir écouter Juiia davantage, li traversa la salle du poêle, et entra dans la chambre voisine.