CHAPITRE TROISIÈME
Le pauvre Schmid' (Suite)»
—Toi, de ton côté, Schmidt continua le fermier Relier, ne sou[»çonnerais-tu pas quel est ton rival? Voyons, cherche bien; les amoureux ont des yeux plus
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perçants que les aiUres, tu dois avoir arrêté ton idée sur quelqu'un.
— Mon Dien! non, monsieur Reber.
Mlle Kretle est maîtresse de ses actions; j'aurais craint de lui manquer en scrutant ses pensées et ses paroles.
— Tu es un drôle d'amoureux! Moi, quand je faisais la cour à la pauvre Madeleine, la mère de ces enfants, j'étais toujours disposé à regarder de travers quiconque s'approchait d'elle. Tu ne
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peux pas être amoureux sans être un peu jaloux. Allons, réfléchis; parmi les jeunes gens qui fréquentaient notre maison, qui invitaient le plus souvent Kretle à la danse, ne devines-tu pas qui a pu t'enlever les bonnes grâces de cette petite?
— Que vous dirai-je, monsieur Reher?
J'étais trop mal mis pour aller à la danse; quant aux jeunes gens qui venaient à la ferme, vous êtes bien mieux que moi en état de juger...
— Eh! morbleu! c'est parce que je I â
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n'ai pas jugé, ou parce que je juge mal, que je te consulte, innocent garçon. Si tu savais de quoi il retourne... Encore une fois, dis^moi ton idée... ton idée à toi.
— Eii bien donc ! monsieur Reber, il ine semble que M. Albert Lovendal , le fils de ce gros manufacturier qui demeure à une lieue d'ici, venait autrefois bien souvent chez vous, et qu'il n'était pas mal accueilli. C'est un beau jeune homme, riche, instruit, spirituel.
— M. Albert! répliqua le fermier avee
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amertume ; en effet, ses assiduités chez moi avaient frappé tout le monde, et l'on a cru un moment... mais il a cessé tout à covtp de venir- Sans doute il a eu vent de nos revers, et il aura craint que notre malheur ne fut contagieux; peut-être aussi son père, qui est si orgueilleux de sa fortune, lui a-t-il interdit notre maison. Quoi qu'il en soit, tu oublies, Schmidt, qu'Albert Lovendal s'occupait uniquement de Julia, ma fille aînée ; peut-être même Julia pense-t-elle encore à ce jeune homme plus qu'il ne conviendrait... mais, sûrement, Albert n'a jamais songé à Kretle
— Alors, que diriez-vous de ce M. Hermann, qui est parti pour T Amérique, il y a quelques années, avec une pacotille, et qui est de retour à l'Arche depuis peu? [1 fait grand bruit de sa fortune, de ses aventures, et il se présente comme associé d'une des plus riches maisons de New-York pour le transport des émigrans dans le nouveau monde. Il est bien de sa personne, avec ses favoris taillés à la mode; d'ailleurs il a de beaux habits, une montre, une chaîne d'or, et il parle avec une facilité incroyable.
Krefcle m'a paru plusieurs fois l'écouter avec plaisir.
— Lui! Hermann, ce menteur, ce vantard ridicule qui a tout tué, tout pris, tout vaincu là-bas dans les îles? Fi donc! ses histoires ne contiennent pas un mot de vérité, et il a beau faire sonner l'arî^ent de son gousset, je ne crois pas plus à sa richesse qu*à ses fameuses aventures. Kretle, malgré sa frivolité, a été la première à tourner en ridicule les forfanteries d'Hcrmann.
— Alors, je ne vois pas...
— Tu cherches seulement parmi ceux
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qui sont riches et bien vêtus, car tu t imagines, pauvre garçon, que la richesse et la mise élégante peuvent seules plaire à une femme, et, je dois en convenir, cela se trouve vrai assez souvent; mais tu ne songes pas à Jean Muller, le fils de l'aubergiste?
Il est trop grossier.
Et M. Chopin, le clerc du notaire*
— C'est un ivrogne.
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— Me voilà bien avancé ! Il faut pourtant que je sache le nom de ce misérable !
Cette nouvelle explosion de fureur consterna le pauvre Schmidt, qui n'osa pas en demander la cause. Bientôt îe fermier se leva brusquement :
— Que je le veuille ou non, repritil avec rudesse, il me faut bien rentrer à la ferme ; mais écoute, Schmidt • cette rencontre sur laquelle je ne comptais pas ne sera peut-être pas entièrement perdue pour toi.... Aimes-tu vraiment
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ma fille Kretle plus que tout au inonde?
— Pouvez-vous en douter, monsieur Reber? Pour elle je donnerais ma vie.
— Ce n'est pas ta vie qu'on te demanderait ; mais te dévouerais-tu pour |elle d'une manière complète, absolue? Te résignerais- tu aux plus pénibles sacrifices?
—Je me dévouerais, je me résignerais, i'écria Schmidt avec énergie; mais.
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de grâce, monsieur Reber, apprenezmoi?...
— Ne te réjouis pas ; lu auras, au contraire, l'occasion de répandre toutes les larmes de tes yeux. Viens me trouver dans deux heures à la ferme, et tu sauras ce dont il s'agit.
En même temps le fermier détacha son cheval.
•— Monsieur Reber, dit le pauvre Schmidt, en le suivant les mains jointes.
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je VOUS en conjure, ne me laissez pas s: longtemps dans une mortelle incertitude. Pourri ez-vous, en effet, consentir à m'accorder, malgré ma pauvreté, la main de votre fille?
— Peut-être; mais, encore une tbis^ garde-toi de te réjouir, car ce ne serait un bonheur ni pour toi ni pour l'autre. Tu sauras assez tôt la vérité, maintenant, laisse-moi. Dans deux heures, si tu persistes, viens me trouver à la ferme, j'y serai.
'^'out en parlant, il était remonté sur
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son cheval. Bien que la pauvre bête déferrée ne pût courir avec facilité, il la lança de toute sa vitesse vers le bourg, au risque d'une chute, et il ne tarda pas à disparaître derrière l'arcade de rochers. Quant à Schmidt, il demeurait confondu d'étonnement et de crainte, en présence des horizons nouveaux que les paroles mystérieuses du fermier venaient d'ouvrir à son imafjination.