B2 LES ÉMISSIONS DE VALEURS MOBILIÈRES
Une émission publique demande, en effet, un effort financier considérable dont la charge incombera ultérieurement à la Société : avec le produit de l’émission, celle-ci couvrira tous les frais de premier établissement, rémunération des intermédiaires, campagne de presse, dépenses d’études, etc... Mais quel que soit le soin avec lequel les fondateurs aient opéré, le public ne répondra peut-être pas à leur appel.
Le succès tient à des facteurs psychologiques, dont la prévision s’avère difficile ; il faut profiter de l’engouement du public pour une forme déterminée d’investissement. En raison de l’inconstance particulière de celui-ci la dernière émission portant sur des affaires qui viennent de perdre sa faveur à peu de chances de réussir.
D'autre part, entre le moment où les promoteurs ont décidé la création de la Société et celui où l’appel à l'épargne se produit, certains événements peuvent survenir : une hausse du loyer de l’argent, un resserrement soudain du marché monétaire, un scandale financier, une campagne de presse, de mauvaises nouvelles, la crainte de troubles politiques ou sociaux , sont des exemples qui ont empêché, ces dernières années, une réponse favorable à des émissions parfaitement saines.
C’est l’existence d’un Syndicat qui à permis le développement de nombreuses entreprises dont les titres n'avaient été souscrits qu’en partie par ie public.
Comme le capital n’avait pas été entièrement souscrit, toutes les sommes versées auraient dû retourner aux souscripteurs ; les dépenses d'émission auraient été supportées par les promoteurs et leffet déplorable qui en serait résulté aurait été un obstacle à un lancement ultérieur de l'affaire.
Pour le public, la formation d’un Syndicat, malgré les abus auxquels ont donné lieu les opérations syndicales, peut présenter certains avantages de sécurité, particulièrement dans les nations qui n’exigent pas la souscription intégrale du capital.
En Angleterre, le Syndicat donne aux souscripteurs éventuels, la certitude que la Société aura un fonds de roulement suffisant.
Quant aux membres du Syndicat, leur point de vue est simple : ils assurent un risque pour lequel ils sont rémunérés.
La souscription du public ou l'écoulement de leurs titres par l’intermédiaire des Banques ou de la Bourse, récompensent la justesse de leur jugement ; l’impossibilité de se défaire de leurs valeurs ou l'obligation d’accepter de les vendre à perte, sont les conséquences du risque qu’ils encourent.
Si l’existence des Syndicats est très utile aux fondateurs qu’ils assurent contre le risque d’émission, la structure financière de la plupart des pays la rend indispensable au développement économique de ceux-ci.
L'émission par souscription publique, qui était le premier mode de constitution des Sociétés, exige un appel à l’épargne dont l’insuccès est susceptible de ralentir à l’excès le développement des entreprises concentrées, qui ont rendu possible le progrès économique du siècle dernier.
Cet inconvénient est surtout sensible, dans les nations pauvres en capitaux, comme l'Allemagne et l'Italie.
La nécessité de mobiliser tous les capitaux pour l’activité industrielle et commerciale, à conduit à donner aux Syndicats un rôle primordial.
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Loin de les montrer comme des organismes parasitaires, l'analyse de leur fonction économique établit les bienfaits de leur institution.
Le Syndicat financier, sous ses divers aspects, est un moyen de concentrer des capitaux, surtout des capitaux flottants, pour les diriger vers un objet industriel ou économique.
Un groupe de détenteurs de capitaux qui ne désirent pas entrer dans une Société pour une durée prolongée, peut être disposé à immobiliser son capital flottant pour une durée déterminée, variant de quelques mois à une année. Ces capitaux peuvent être obtenus par une opération préalable, ou au contraire, être détenus par les membres du groupe financier ; dans tous les cas, le Syndicat attire des capitaux flottants pour un placement momentané.
Ce groupement n’apparaîtra pas forcément sur la liste des souscripteurs ; il provoquera la formation de couches successives d’acquéreurs, chargés plus spécialement du placement des titres.
Il est composé habituellement de personnes jouissant d’un grand crédit et qui agiront comme des assureurs : elles n’ont à verser qu’une partie peu importante du capital à souscrire, mais elles engagent leur crédit personnel.
Lorsque ce premier groupement ne se charge pas de l'écoulement des valeurs dans le public, il s'adresse à un second Syndicat ou à un sous-syndicat, qui fournira les fonds nécessaires à la souscription dans la mesure où le publie ne souscrit pas, sans pour cela les immobiliser . pour longtemps.
Les capitalistes qui entrent dans un Syndicat d’émis-
sion envisagent, en général, la possibilité de se défaire de leur engagement à bref échéance.
Il y a done entre les fondateurs et le public, superposition de plusieurs groupements, caractérisés par ce trait commun, de ne pas pouvoir immobiliser leurs fonds pour une durée prolongée.
C’est que bien souvent, ils ne sont pas propriétaires des capitaux qu’ils engagent dans l'opération syndicale,
Celle-ci utilise des capitaux à court terme pour lesquels interviennent naturellement, soit comme membres d’un Syndicat, soit par les avances qu’elles consentent aux syndicataires, les Banques.
Aussi, la structure financière du pays est-elle le facteur déterminant de l’orientation prise par les Syndicats et de l’influence qu’ils exercent sur le mode de placement.
Une émission par souscription publique ayant peu de chances de réussir dans un pays dont l'épargne est peu abondante, l'intervention d’un Syndicat y est toujours nécessaire.
La rareté des épargnes oblige à se servir de tous les capitaux disponibles, dont une grande partie est drainée par les Banques.
IL en résulte que le concours de celles-ci est nécessaire au lancement de toutes les affaires de quelque importance et que le mode de constitution auquel recourent les Sociétés est la formation simultanée.
Le Syndicat d'émission en AlWemagne, comprend plusieurs banquiers qui souscrivent tout le capital.
Il leur est d’autant plus facile de le faire qu’il n'existe aucune spécialisation bancaire qui entraînerait pour les dépôts à court terme une gestion plus prudente que pour les disponibilités des Banques d’affaires.
Ensuite les actions sont écoulées dans le public par l’intermédiaire des établissements de crédit et des Banques, mais les actions des entreprises naissantes ne sont pas placées directement dans le public.
Il n’est donc pas étonnant que l’organisation syndicale allemande ait été la plus parfaite et qu’elle ait donné aux hommes d’affaires un esprit d’entreprise remarquable.
Là question apparaît, en France, sous un aspect différent du fait de la spécialisation bancaire et de l’abondance des capitaux.
La formation simultanée est, sans doute, le mode le plus fréquent de constitution des Sociétés, parce qu’elle procure des profits plus substantiels, mais un grand nombre d’entre elles se sont cependant créées à la suite d’une souscription publique rendue possible par la richesse de l’épargne française.
Dans les deux hypothèses, l'intervention d’un Syndicat se produit habituellement pour courir le risque d'émission et pour faciliter la réunion des capitaux nécessaires à l’entreprise et dont le montant est avancé dans l’attente d’un placement ultérieur.
Si le souci, parfois critiqué, de conserver la liquidité de leurs dépôts interdit aux établissements de crédit, de participer directement aux opérations syndicales, ils accordent, en général, une aïde indirecte aux Banques d’affaires qui se chargent de ce soin.
Celles-ci se sont justement créées dans ce but, depuis la disparition du « crédit mobilier » des frères Pereire, qui s'était le premier occupé du lancement d’affaires industrielles.
Les deux plus importantes, la Banque de Paris et des
Pays-Bas, et la Banque de l’Union Parisienne, ont d’ailleurs acquis une réputation universelle, en substituant leur crédit à celui des fondateurs de nouvelles affaires.
Les capitaux à la disposition des Banques d’affaires, ne sont pas toujours suffisants pour les besoins auxquels elles ont à faire face.
Elles préfèrent d’autre part, partager le risque qu’elles assument.
C’est pourquoi’, elles utilisent divers procédés pour obtenir les capitaux nécessaires, soit en s'adressant à un consortium de banques qui répartissent entre elles le montant des participations, soit en agissant directement sur leur clientèle ou leurs relations d’affaires, soit en sollicitant le concours d’un établissement de crédit qui met ses guichets à leur disposition.
L'importance des participations des grands établissements financiers français est liée étroitement à l’abondance de l’épargne française à laquelle de nombreux pays étrangers ont fait appel, par leur intermédiaire.
Une certaine répartition de la clientèle, par zone d’influences s’est même établie, tandis que se précisait une spécialisation par branches d'industries.
Le développement des Banques d’affaires n’a pas cependant, entravé l’activité des Syndicats qui s’affranchissent de l'obligation de s’adresser aux grands établissements de crédit pour se procurer des capitaux.
C’est que l’importance des capitaux flottants laisse encore dés ressources à la disposition des Syndicats qui veulent se maintenir malgré la concurrence des Banques.
Ils ont même progressé depuis la guerre, sous leffet