M. Lescure. L’épargne en France, p
sa structure économique se modifie, et au terme de cette évolution il cesse d’être un client pour devenir un concurrent.
Il est rare néanmoins que cette hypothèse se réalise parfaitement, car la plupart des industries en voie de formation, ne concurrencent pas en général celles du pays qui a fourni les capitaux. Au contraire, l’existence d’une nation riche rend plus avantageuses les relations ; un perfectionnement des moyens de transport les facilite : la création de chemins de fer et d’une marine marchande dans les divers États de l'Amérique du Sud à favorisé le commerce extérieur de ces pays. D'ailleurs, un pays neuf qui à besoin de capitaux trouvera, quoi qu’il en soit, une nation qui acceptera de les lui prêter ; il vaut mieux faire l’opération que de la laisser faire par d’autres, puisqu'elle procure au pays prêteur des intérêts plus élevés et des avantages économiques ou même politiques.
Une telle conception ne doit cependant pas faire perdre de vue l'intérêt des industries du pays pour lesquelles le développement d'industries concurrentes amènera une restriction des débouchés ; trop souvent, l'intérêt bien compris de l'Économie nationale s’efface devant des intérêts particuliers. Les industries textiles et les industries du cuir qui se sont développées aux Indes, afin de profiter des salaires peu élevés de la main-d'œuvre hindoue, accroissent le chômage en Angleterre dans les industries similaires et en précipitent la ruine.
Ces inconvénients semblent surtout insupportables, lorsque les commandes ne sont pas passées à l’industrie du pays où l’émission a lieu. Ce n’est pas la situation la plus fréquente, mais même ainsi, il n’est pas certain que l'opération soit désavantageuse pour l’épargne nationale
et que celle-ci serve à alimenter l’industrie étrangère ‘.
Une émission de valeurs étrangères n’est pas, en effet, suivie d’une exportation de capitaux sous forme d’or ou de monnaie ; les paiements des commandes passées dans un 3° pays avec le produit de l'émission sont effectués, par une vente dans ce pays, soit de valeurs mobilières, soit de coupons. Dans le premier cas, il y a eu un simple échange de titres, un arbitrage et en définitive, c’est le pays qui bénéficie des commandes qui en a avancé le prix, non pas en souscrivant les titres du pays emprunteur mais en acquérant les valeurs mobilières que le pays prêteur a écoulées sur son marché, valeurs internationales en général, dès que les banquiers chargés de l’émission ont dû solder
Jes achats. Le pays prêteur, de son côté, échange les valeurs
internationales qu’il possédait, contre les valeurs de la nation emprunteuse ; l'opération sera heureuse si les valeurs émises rapportent plus que les autres.
Aussi la répercussion de l’émission est-elle double d’une part, elle apporte des commandes à un pays étranger; de l’autre, elle se résoud, dans la nation où elle à lieu, à un arbitrage d’une valeur nouvelle contre une valeur ancienne.
Dans le second cas, le pays prêteur solde les dépenses par des coupons ; ceux-ci sont assimilables à des devises, c’est-à-dire à de la monnaie; c’est une perte pour l’activité nationale : le montant des coupons serait normalement entré dans le pays prêteur et dans le circuit industriel et commercial, tandis qu’il sert à alimenter l’industrie étrangère.
Il semble done que les placements étrangers souscrits
par la France avant la guerre aient été avantageux pour